DOSSIER Banques françaises

Retour à l’économie réelle

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les groupes bancaires se targuent de bons résultats et affichent des encours de crédit en hausse.

C’est sûr, les banques françaises se portent mieux. Elles ont annoncé pour 2010 des résultats tels qu’ils feraient oublier la crise. Société Générale et BPCE affichent un bénéfice net quasiment multiplié par six pour la première et par sept pour la seconde (voir le tableau). BNP Paribas frôle le seuil psychologique des 8 milliards d’euros. Quant au groupe Crédit Agricole, où les réseaux en France (caisses régionales et LCL) représentent plus de 50 % du produit net bancaire, il améliore son résultat d'exploitation de 58 % à près de 8,2 milliards d'euros, bénéficiant, comme ses concurrents, d’une baisse significative du coût du risque (-20 %).

Ces bons résultats n’ont pas été réalisés au détriment du crédit. « Nous avons exercé plus que jamais notre responsabilité de premier financeur de l’économie », se targue Jean-Marie Sander, président de Crédit Agricole SA (CASA), qui comptabilise 455 milliards d’encours sur les 1.800 milliards que représente le marché français. Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale, précise : « Nous avons tenu nos engagements de financement de l’économie en augmentant nos crédits de 4 %. » La croissance des encours est comparable dans la plupart des réseaux français. Les chiffres de production sont plus intéressants, mais peu les dévoilent. Les caisses régionales du Crédit Agricole ont ainsi accordé 68 milliards d’euros de prêts l’an dernier, un chiffre en croissance de 18,4 % par rapport à 2009 et à un niveau proche de 2007 (lire l’entretien page 26).

Synergies

Reste que les éléments de stock, sur lesquels tous communiquent, masquent des réalités différentes. Chez BPCE, par exemple, la croissance des encours s’élève à 8,7 % en moyenne pour 2010, mais à 11 % pour les collectivités, 10 % pour les ménages et… 5 % pour les entreprises. Et ce malgré une progression de 13 % auprès de cette clientèle dans le réseau de l’Ecureuil : « Un chiffre plus élevé (qu’aux Banques Populaires, NDLR), mais sur une base plus faible », explique Olivier Klein, directeur général en charge de la banque commerciale et de l'assurance. De même, les encours de prêts à l’habitat de Société Générale augmentent à eux seuls de 6,7 %, lorsqu’ils sont en hausse de 8,1 % chez BNP Paribas pour une croissance globale de 3,6 % dans le réseau français de ce groupe. Certes, les prêts hypothécaires ont été dynamisés par la baisse des taux d'intérêt et la loi Scellier. Mais pour les banques, le financement des entreprises n’est pas en reste. « L’engagement pris auprès des pouvoirs publics français de financer activement les PME a été largement respecté », estime pour sa part Société Générale. « Bien que la demande des entreprises reste faible dans l’ensemble (les encours baissent de 1,5 point par rapport à 2009, NDLR), le succès des initiatives déployées à destination des entrepreneurs, des TPE et des PME a permis une reprise de leur demande de crédits en fin d’année (+3,5 % par rapport au 31 décembre 2009) », souligne-t-on chez BNP Paribas.

D’un côté, les défaillances d’entreprises ont reculé en 2010, avec un effet favorable sur le coût du risque, de l’autre, le redémarrage des investissements a tardé et les encours de crédits moyen-long terme ont suivi la tendance. A l’inverse, l'affacturage, utilisé par les entreprises pour gérer leur poste clients et étroitement lié à la croissance économique, a retrouvé son dynamisme d'avant-crise, avec une progression de 19,4 % selon les données de l’Association française des sociétés financières. Crédit Agricole, mastodonte du métier avec sa filiale Eurofactor, parle même d’une « année record ».

Ces activités de flux assurant des revenus récurrents intéressent particulièrement les banques françaises. Elles constituent d’ailleurs un large pan des synergies de revenus attendues entre les réseaux de BPCE et sa banque de gros Natixis. Le groupe souligne déjà la « progression soutenue du crédit-bail et de l’activité de cautions et garanties ». Société Générale va de son côté lancer le mois prochain son projet Global Transaction Banking pour mieux coordonner son offre européenne et asiatique à destination des grandes entreprises, des ETI (entreprises de taille intermédiaire) exportatrices et des banques locales des pays émergents. Il veut davantage tirer profit de ses positions en gestion de trésorerie, financement export (crédits documentaires, garanties), « banque de correspondant » (dont la compensation des règlements) et affacturage. Il devra pour cela rationaliser ses outils informatiques, ses équipes étant dispersées au sein des réseaux et de la banque de financement et d’investissement (BFI).

Ce projet rappelle celui de BNP Paribas qui a inauguré le mois dernier sa plate-forme européenne de produits de flux (gestion de trésorerie, crédit classique et export, location longue durée et affacturage) qui compte 150 centres d’affaires répartis dans 23 pays, sur les bases du maillage de Fortis. Le groupe a toutefois nettoyé le portefeuille de prêts aux petits clients de l’ancienne banque franco-belge pour se concentrer sur les filiales de grands corporates et les sociétés de plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. BNP Paribas estime à 7 milliards les revenus annuels qu’il tire des entreprises en Europe, avec un potentiel de hausse de 1 à 1,5 point supérieur à la croissance économique du continent. Il veut pour cela renforcer ses capacités, par exemple dans l’affacturage au Royaume-Uni, en Pologne et aux Pays-Bas.

Les groupes français comptent aussi garder des positions fortes dans les crédits syndiqués et structurés. BNP Paribas et Crédit Agricole Corporate and Invesment Bank (CACIB) sont les plus dynamiques avec des revenus dans les financements en hausse de respectivement 22,1 % et 35 % en 2010. CACIB a notamment connu un troisième trimestre « historique » sur les prêts structurés. Natixis a quant à lui multiplié par 2,8 sa production de crédits aux grandes entreprises sur l’année.

Désintermédiation

Pour autant, tous les groupes souhaitent optimiser l’allocation de leurs fonds propres en perspective des normes prudentielle Bâle III. Pousser leurs gros clients à faire davantage appel aux marchés via des placements obligataires y participe. BNP Paribas occupe déjà la première place sur les émissions en euros. Société Générale, traditionnellement tourné vers les marchés actions, vise le Top 5 européen et a élargi son offre en obtenant le statut de spécialiste en valeurs du Trésor en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis début 2011. Natixis a de son côté regroupé ses activités de prêts structurés et d’émissions obligataires dans un pôle unique, pour favoriser les ventes croisées.

Ces dernières sont devenues le leitmotiv des BFI françaises qui veulent accroître les revenus tirés de chaque client, grâce aux produits de flux et au conseil en fusions-acquisitions et marchés de capitaux. C’est pourquoi la plupart d’entre elles ont revu la structure ou le profil des banquiers en couverture clients (coverage). De la création de la division Investment Banking Europe chez BNP Paribas à celle d’un coverage transversal chapeautant les lignes métiers de la BFI de Natixis, de nombreux chantiers sont en cours. Reste à savoir quelle sera l’option choisie par CACIB. Elle pourrait être dévoilée le 17 mars, lors de la journée investisseurs de CASA.

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