Les restructurations bancaires se multiplient en Italie

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Les banques italiennes sont pénalisées par la crise et par la fragilité du pays.

Une succursale de MPS sur une avenue de Milan. La troisième banque du pays entend fermer 400 agences.

Début juillet, un mouvement de grève a paralysé Intesa Sanpaolo, première banque de détail d’Italie. Les syndicats se sont mobilisés pour protester contre la nouvelle vague de fermetures d’agences qui s’annonce. Selon eux, Intesa Sanpaolo aurait prévu d’en supprimer environ mille. Un chiffre démenti par la direction de la banque, qui affirme n’avoir aucun plan de restructuration à l’étude. Mais les syndicats mettent en garde : « Cette grève est la première d’une longue série, qui touchera d’autres banques, car les plans industriels prédisposés jusqu’ici ne contiennent que des sacrifices pour les travailleurs, sans que les vrais responsables soient jamais touchés. » UniCredit et Monte dei Paschi di Siena (MPS) sont ainsi les prochaines sur la liste « pour une grève d’un jour, voire plus ».

Selon les estimations syndicales, 10.000 suppressions d’emplois sont prévues au sein des quatre premières banques italiennes. En dix ans, le nombre des employés bancaires est passé de 350.000 à 310.000. « Avec les départs en préretraite et le fonds de solidarité du secteur, ces réductions n’ont jamais créé de problèmes sociaux, constate Giulio Romani, secrétaire général de Fiba-Cisl, l’un des principaux syndicats des banques. Nous avons même assisté cette dernière décennie à une forte augmentation du nombre d’agences sur le territoire. Mais depuis deux trois ans, avec la crise, c’est différent. S’appuyant sur des prévisions économiques qui ne se sont pas réalisées, les plans industriels ne sont plus applicables et doivent être révisés. La réforme des retraites est en train de surcroît de compromettre tous les accords que nous avions passés. »

Conjoncture difficile, rentabilité en berne, réformes pénalisantes… Le secteur bancaire traverse une phase de tensions, qui se sont accrues avec la présentation, le 27 juin, du plan drastique de MPS. Fondée en 1472, la troisième banque du pays, qui a accusé une perte de 4,69 milliards d’euros en 2011, a axé son plan industriel triennal (2012-2015) « sur la réduction de la base des coûts » en annonçant la suppression de 4.600 postes ainsi que la fermeture de 400 agences, soit 13,8 % de son réseau. Et l'Etat pourrait prendre une participation à son capital cette année dans le cas où une perte empêcherait l'établissement de verser des intérêts attachés aux obligations vendues au gouvernement au plus fort de la crise financière en 2009 (pour 1,9 milliard d’euros). Cela porterait l'aide totale de l'Etat à la banque à 3,4 milliards.

UniCredit, l’autre grand groupe bancaire du pays, pourrait être à son tour amené à revoir son plan industriel. Il avait lancé en 2010 son projet de banque unique visant à simplifier sa structure et à rationaliser ses coûts, assorti d’un plan stratégique prévoyant la réduction de 6.500 postes sur la période 2010-2015. Dès fin 2010, près de 3.000 départs ont été réalisés avec l’accord des syndicats, tandis que 800 agences ont été fermées en deux ans.

Rétention des clients

Des négociations sont actuellement en cours chez UniCredit concernant le départ de 3.500 autres personnes d’ici à 2015. « Nous ne sommes pas si loin des chiffres de MPS. Avec la pression actuelle, c’est inévitable, indique le patron du groupe, Federico Ghizzoni. Pour notre part, nous poursuivons notre processus de simplification en maintenant notre cap du point de vue stratégique. Mais nous devons discuter avec les syndicats du deuxième pas à franchir dans la restructuration. » Selon lui, la situation actuelle pourrait néanmoins être bénéfique pour le secteur : « Au terme de ce processus, nous aurons une base de coûts bien inférieure à celle d’aujourd’hui et nous aurons des banques contraintes à être plus compétitives. » Encore faut-il être capable de réinventer un nouveau modèle.

« Le problème, ce n’est pas la fermeture des agences, mais celui de ne pas perdre nos clients. Plus que le réseau, c’est le modèle qu’il faut restructurer, en proposant de nouveaux services et solutions », analyse Federico Ghizzoni, qui note l’importance d’investir dans le multicanal, « car le client se déplace toujours plus vers un système intégré ». Aujourd’hui, l’Italie compte 33.600 agences, soit 55,5 pour 100.000 habitants. « Il y a trop d’agences en Italie. Il faudrait en fermer encore 8.000, soit réduire le réseau de 20 % car l’avenir n’est plus le 'retail' comme nous le concevons aujourd’hui. Avec la croissance d’internet et des services en ligne, la fréquentation des agences a diminué », constate le patron d’Ubi Banca Vittorio Messiah, qui a procédé pour sa part à la réduction de 9 % de son réseau en passant de 2.000 à 1.800 agences et qui compte poursuivre dans cette direction. Banco Popolare aussi. Après avoir achevé fin 2011 l’intégration en son sein de sept petites banques locales, cet institut bancaire s’apprête à fermer plus de 60 agences. Par ailleurs, 2.150 suppressions d’emplois ont été programmées sur la période 2010-2015. La réduction des coûts est plus que jamais le nouveau credo des banques italiennes.

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