La restructuration de Groupama doit se poursuivre

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Ménage des participations financières et redressement de la rentabilité sont au menu de 2012.

Le siège de Groupama.

L’année 2011 a tourné au cauchemar pour Groupama. Plombé par ses expositions à la dette grecque (1,55 milliard d’euros d’impact net) et aux marchés boursiers (1,5 milliard d’euros d’impact), l’assureur mutualiste a enregistré une perte inédite de 1,8 milliard d’euros. Conséquence, ses fonds propres ont fondu, passant en un an de 7 milliards à 5,3 milliards d’euros. Quant à sa marge de solvabilité, elle franchit de justesse le cap des 100 % réglementaires, à 107 %, grâce à l’apport de la fusion Silic-Icade et à la souscription par la Caisse des dépôts de 300 millions d’euros d’actions de préférence dans Gan Eurocourtage.

Si les dirigeants du groupe estiment que « le plus dur est derrière nous », les observateurs attendent pourtant des « actions fortes et immédiates » pour résoudre la faiblesse chronique de son capital économique (lire l’entretien). « Groupama est encore dans une situation financière extrêmement délicate », note Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures.

Revue stratégique

Pour sortir de l’ornière, le groupe - qui vise une marge de solvabilité de 140 % à fin 2014 - s’apprête donc à faire le grand ménage dans ses participations financières. Groupama compte ainsi poursuivre les cessions d’actifs immobiliers pour engranger de nécessaires plus-values. Surtout, le groupe veut réduire drastiquement sa poche actions, revenue à 12,8 % fin 2011 contre 15,9 % un an plus tôt. L’objectif, déjà affiché dans le passé sans que le groupe soit passé à l’acte, est de la réduire à 5 % dans les deux à trois ans à venir. « D’ici à fin 2012, nous voulons désensibiliser 40 % de notre portefeuille actions », a avancé Thierry Martel, directeur général de Groupama. Ses participations stratégiques dans Société Générale, Veolia ou encore Mediobanca devraient en faire les frais. « Elles n’ont pas vocation à rester éternellement dans le bilan de Groupama », a reconnu Thierry Martel.

Du ménage, l’assureur va également en faire dans son périmètre d’activités. Souhaitant concentrer ses efforts sur ses principaux marchés, la France et l’Italie en particulier, Groupama mène une revue stratégique de ses activités. « Nous allons céder des filiales pour diminuer notre besoin de marge de solvabilité et nous redonner des marges de manœuvres financières », n’a pas caché Thierry Martel. Groupama travaille déjà aux cessions de Gan Eurocourtage, Groupama UK, Proama en Pologne et Groupama Private Equity, dont le groupe espère se désengager d’ici à fin 2012. Des mesures pourtant jugées insuffisantes par certains analystes. « Les cessions en cours ne vont pas résoudre le problème de Groupama car c’est trop peu », juge Cyrille Chartier-Kastler. D’autres ventes ne sont donc pas à exclure, notamment à l’international. « Il faut être opportuniste, a esquivé Thierry Martel. Si dans tel ou tel pays, le potentiel financier est meilleur en cédant qu’en gardant, on se posera la question. » Talon d’Achille, le groupe détient un stock conséquent de goodwills (écarts d’acquisition) dont il n’a déprécié que 90 millions d’euros sur ses filiales roumaine et grecque en 2011 sur un total de 3,1 milliards d’euros. « Les sommes sont considérables et il est peu probable que Groupama puisse revendre ses filiales au prix où il les a acquises », remarque Cyrille Chartier-Kastler.

Finalement, le salut de Groupama passera par sa capacité à générer rapidement de substantiels bénéfices. De fait, la compagnie entend aujourd’hui renforcer sa performance opérationnelle en 2012, avec un objectif de ratio combiné inférieur à 98 %. Meilleure sélection des risques et hausses tarifaires sont donc au menu. Or « il n’est pas simple d’avoir une stratégie de rentabilité sur le marché des particuliers », remarque Cyrille Chartier-Kastler, qui évoque « le risque d’enregistrer des pertes sur leurs portefeuilles de clients dans un contexte de forte concurrence ». En outre, les cessions d’activités pourraient obérer la rentabilité future. « En diminuant la base de risques et donc l’exigence de capital, Groupama diminuerait aussi sa base de profits », reconnaît Marc-Philippe Juilliard, directeur senior chez Fitch Ratings.

Pour cette raison, l’assureur mise beaucoup sur son plan d’économies de 400 millions d’euros à horizon 2014. Une nécessité pour un groupe qui a « une base de coûts élevée », selon Cyrille Chartier-Kastler. Or les mesures avancées - réductions des budgets publicitaires et de sponsoring sportif, chasse au gaspillage dans les dépenses informatiques, gestion du turnover naturel pour stabiliser, voire diminuer les effectifs - paraissent bien légères au regard des enjeux du groupe. « Il faut aller beaucoup plus loin, juge Cyrille Chartier-Kastler. Ils doivent notamment dégager des synergies opérationnelles et industrielles significatives, notamment entre les caisses régionales, ce qui n’a pas été fait jusque-là. » Mais comme le nuance Marc-Philippe Juilliard, « l’intention est louable et le groupe va devoir démonter sa capacité de mise en œuvre ». Telle est la condition pour que Groupama retrouve la faveur du marché.

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