La restructuration bancaire pèsera durablement sur l’emploi en France

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Si les activités de financement peuvent renouer avec les embauches, celles de la banque de détail sont structurellement affectées.

Porter son regard à l’horizon peut mener à un certain optimisme. C’est en tout cas le point de vue d’Ariane Obolensky lorsqu’il s’agit d’emploi : « Nous verrons peut-être une reprise des embauches dans les BFI (banques de financement et d’investissement, NDLR), estime la directrice générale de la Fédération bancaire française. Après la nécessaire adaptation à Bâle III, le développement des financements directs poussera les activités de marché. » En attendant, les BFI ont réduit de 4,6 % le nombre de leurs collaborateurs en France, à environ 30.000, et en leur sein de 14 % celui des professionnels en trading, courtage, analyse, prospection et réalisation, à environ 6.000.

Plus inquiétant, des facteurs durables pèsent sur l’effectif global des banques en France qui a baissé de 1,6 % en 2012 - pour atteindre environ 370.000 personnes. La tendance devrait être la même cette année. Outre « l’évolution du produit intérieur brut (auquel les banques participent à hauteur de 3 %, NDLR) qui a une incidence sur les activités et le nombre d’embauches, souligne Ariane Obolensky, deux facteurs sont propres au secteur : le cadre réglementaire qui renchérit le coût d’intervention des banques et l’évolution structurelle de la demande des clients en banque de détail. » Le premier a conduit les groupes bancaires à mettre en place des plans d’efficacité qui ne sont pas étrangers à la baisse du taux d'embauche - passé de 8,8 % en 2011 à 5,7 % en 2012, alors que le taux de départs est resté à peu près stable, à 7,8 %. Société Générale a ainsi présenté aux syndicats des projets de réorganisation, notamment des services du siège en France, après avoir signé un accord de méthode pour gérer sa restructuration : 550 à 700 postes seraient touchés dans l’Hexagone. Chez Natixis (groupe BPCE), où départs volontaires et mobilité ont déjà permis de supprimer près de 110 postes en un an et demi (après le plan social de 2009), des discussions comparables débutent avec les représentants du personnel.

Des métiers sensibles

Si la réduction des effectifs a surtout touché les BFI et les fonctions supports jusqu’à présent, les réseaux ne sont désormais plus épargnés. Le 17 juin, les membres de l’Association française des banques (AFB, hors réseaux mutualistes et coopératifs) et les partenaires sociaux tireront les premières leçons de leur groupe de travail sur la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GEPC). Objectif : « Mieux anticiper, appréhender et gérer les évolutions tant quantitatives que qualitatives des ressources humaines ». Car la banque présente un nouveau profil, avec des métiers « en tension », comme le contrôle de gestion qui a « de réelles difficultés de recrutement », et d’autres « sensibles » du fait de « fortes variations » en termes soit d’effectifs, soit d’activités exercées et de compétences mises en œuvre (lire aussi page 42). C’est le cas dans les agences bancaires des chargés d'accueil, premiers sacrifiés sur l’autel de la réorganisation des réseaux. Or cette fonction était jusqu’à présent un tremplin vers d’autres métiers commerciaux pour des jeunes (64 % des recrutés en 2012 ont moins de 30 ans) qui pouvaient profiter d’une généreuse formation continue, les banques y consacrant près de 2.000 euros par an et par salarié (4 % de la masse salariale) contre 800 euros toutes branches confondues.

Dans la banque de détail, qui emploie près de 70 % des salariés du secteur, les commerciaux représentant près de 52 % des effectifs, « les métiers les moins qualifiés sont les plus menacés en termes de recrutement », reconnaît Jean-Claude Guéry, directeur des affaires sociales de l’AFB, qui se garde de la moindre évaluation. Les dirigeants de banque ne donnent guère plus de précisions, mais aucun ne nie la tendance. Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, évoque ainsi « un niveau important de départs à la retraite » conduisant, faute d’être compensés par les embauches, à une baisse des effectifs. Les caisses régionales du Crédit Agricole prévoient aussi cette année plus de 4.000 départs pour 3.000 recrutements. Quant à la branche CM 11-CIC du Crédit Mutuel, elle a déjà de la sorte supprimé 304 postes en net l’an dernier.

A lire aussi