DOSSIER Banques françaises à l'international

Les réseaux patinent en Europe de l'Est

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

L’eldorado tarde à délivrer ses pépites. Cela ne fait exception pour aucun groupe français.

Publicité pour la banque KB du groupe Société Générale à Prague en République Tchèque.

La crise a durement sapé les espoirs de performances en Europe centrale et orientale. Les banques françaises en tirent les leçons. Et adaptent leurs dispositifs, marché par marché. En Russie, Standard & Poor’s ne leur prévoit rien de bon dans l’immédiat. L’agence a estimé le 16 février que la croissance devrait ralentir en 2012, à 3,5 % du produit intérieur brut, avec l'accélération de l'inflation et la restriction du crédit bancaire. Or les banques publiques détiennent des positions dominantes, laissant moins de 3 % de part de marché à chacun des plus importants acteurs étrangers. Dans ce contexte, BNP Paribas, qui n’avait que 26 agences en Russie, en partant de rien en 2007, a décidé de se retirer de la banque de détail mais de garder un pied dans le pays en signant en décembre avec Sberbank un partenariat qui devrait être opérationnel au troisième trimestre 2012 : « En conjuguant notre savoir-faire et la puissance de Sberbank, avec ses dépôts, nous pourrons devenir un leader du crédit à la consommation en Russie, notamment sur le lieu de vente », soutient Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, qui souligne que cette opération ne pèse ni sur les liquidités ni sur le capital de son groupe.

Société Générale, qui a obtenu dès 1993 une licence de plein exercice pour la BSGV, s’est au contraire renforcé dans le pays, mais en s’assurant aussi d’un partenariat local (lire page 29). Le groupe de La Défense est en outre celui qui dispose du plus grand nombre d’implantations en Europe centrale et orientale, mais avec des succès variés. Komercni Banka, en République Tchèque, est la plus importante et la seule dont le ratio crédits sur dépôts est inférieur à 100 % (77,4 % à fin décembre 2011). « C’est une banque exemplaire, tant par son efficacité que par sa place sur le marché (troisième par le total de bilan), souligne Bernardo Sanchez Incera, directeur général délégué (DGD) en charge du pôle banque de détail à l'international et services financiers spécialisés. Ses perspectives de croissance reflètent celles d’un pays très structuré » (voir le tableau). Les relais sont donc à chercher ailleurs. Mais la partie n’est pas facile. En Roumanie, où Société Générale détient la première banque de capitaux privés, avec 15 % de part de marché, la situation s’est dégradée entre 2010 et 2011, avec un produit net bancaire en baisse à 648 millions d’euros, un coût du risque croissant à 288 millions et un résultat net part de groupe passé de 77 millions à 5 millions. « Nous avions prévu une stabilisation du coût du risque, reconnaît Bernardo Sanchez Incera. Mais avec notre réalité locale de disposer de nombreux crédits garantis par des biens réels, souvent immobiliers, la profondeur de la crise nous a amenés à revoir à la baisse la valeur desdites garanties et à doter des provisions complémentaires pour en tenir compte. Cela a été fait notamment au quatrième trimestre. Et nous avons lancé des actions de réduction de coûts qui auront un impact cette année. »

Réorganisations en Pologne

Société Générale dispose par ailleurs de beaucoup plus petites implantations, en Croatie, Slovénie, Serbie, Macédoine, Albanie, Bulgarie ou au Montenegro, d’où elle aurait pu se retirer. Mais « notre présence dans ces pays est un atout pour nos grands clients européens intéressés par cette zone, relève le DGD du groupe. Le fait est que nos parts de marché y sont de l’ordre de 4 % à 7 %, mais la situation concurrentielle a changé depuis deux ans : les banques autrichiennes, grecques et italiennes qui y sont puissantes ont besoin de liquidités. Nous sommes donc attentifs car il pourrait y avoir des parts de marché moins onéreuses à acquérir. »

Il n’y a qu’en Pologne que se côtoient les trois groupes bancaires français, mais avec des dispositifs différents. Société Générale n’y a pas à proprement parler de banque universelle puisqu’elle n’y couvre pas le marché des PME et que la banque de financement et d'investissement est logée dans une entité à part : « Notre activité est hybride, spécialisée dans les particuliers, avec du crédit à la consommation, des dépôts et une gamme de services de base, précise le DGD. La forte montée du coût du risque depuis 2009 nous a poussés à une large restructuration. Toutefois, le pays est prometteur et nous n’avons pas décidé de vendre. » Crédit Agricole a pour sa part amorcé la transformation de sa filiale spécialisée dans le crédit à la consommation, Lukas Bank. « 2011 a été marquée par la construction de la banque de proximité en s’appuyant sur l’expertise des caisses régionales et de LCL, rappelle Crédit Agricole SA (CASA). Depuis l’automne, cette activité s’exerce sous la marque Crédit Agricole Pologne (ex-Lukas bank), au côté de l’activité de crédit à la consommation sur laquelle le groupe veut rester leader avec la marque Lukas. Parallèlement, Crédit Agricole Bank Polska développe et rénove son réseau d’agences. Par ailleurs, EFL, leader du crédit-bail en Pologne, a lui aussi changé de nom et de logo pour renforcer son appartenance au groupe, devenant EFL-Groupe Crédit Agricole ». Quant à BNP Paribas, qui a fusionné Bank Polska et Dominet Bank après le rachat de Fortis, il a préféré écarter les occasions de croissance externe. Le groupe, qui disposait déjà des activités de Cardif, d’Arval (gestion de flottes automobiles) et de leasing, espère toutefois y trouver des relais de croissance pour sa branche Personal Finance, comme en République Tchèque.

CASA et BNP Paribas ont aussi en commun d’être présents en Ukraine. Et tous deux y ont subi les mêmes problèmes. « Nous avons adapté la banque à la nouvelle situation économique avec une augmentation des défaillances d’entreprises et les difficultés des particuliers à rembourser des crédits en euros et en dollars, explique Jean-Laurent Bonnafé. Les circonstances depuis trois ans ne sont pas formidables, mais nous disposons en Ukraine d’une bonne banque, complète, que nous pensons voir à l’équilibre en 2012. » Alors que le groupe a procédé à un complément de provision et à la cession de crédits douteux, la production de prêts y a baissé de 18,9 % entre 2010 et 2011, lorsqu’elle a augmenté de 7,3 % pour l’ensemble du pôle Europe Méditerranée (voir le graphique). Et l’on a peine à croire à un retour à l’équilibre de Ukrsibbank en 2012, tel que Jean-Laurent Bonnafé l’annonçait encore en mai dernier (L’Agefi Hebdo du 6 mai 2011). CASA doit aussi s’adapter. Au printemps dernier, sa filiale Index Bank a pris le nom de Crédit Agricole. « C’est une étape importante dans la transformation de cette banque qui a été profondément restructurée depuis son entrée dans le groupe, indique-t-on chez CASA. Le 'business model' repose aujourd’hui sur un développement en banque de proximité prudent adossé à l’activité des entreprises. Sur les crédits spécialisés aux particuliers, Crédit Agricole en Ukraine occupe une des premières positions grâce à des partenariats structurés avec tous les principaux constructeurs automobiles. En outre, la banque se développe de façon prudente mais résolue sur le secteur agroalimentaire. » Ce secteur constitue aussi l’axe majeur de l’activité du groupe en Serbie. L’ex-Méridian Bank y a été rebaptisée Crédit Agricole Srbija et prépare à son tour la construction d’une « banque de proximité ». Quels que soient leurs efforts, il faudra néanmoins du temps avant que les implantations des groupes bancaires français en Europe de l'Est se traduisent par de véritables succès.

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