Dossier Afrique subsaharienne

Les réseaux de microfinance, acteurs de la professionnalisation

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Moins développée qu’en Asie ou en Amérique latine, la microfinance africaine renferme un grand potentiel de croissance et de structuration.

La première semaine africaine de la microfinance se tiendra début décembre à Arusha en Tanzanie, avec pour thème principal « La régulation de la microfinance en Afrique, bilan 20 ans après ». Seront abordés les thèmes classiques de l’impact sur la clientèle, de l’appropriation par les acteurs du secteur, des sources de financement mais aussi des nouveaux modèles d’inclusion financière. Le continent africain est l'objet de nombreuses expérimentations et pour partager les résultats de ces essais mais aussi les meilleures pratiques ou les standards de performance sociale, rien de tel que les réseaux de microfinance au nombre de 39 sur le continent africain selon le Mix Market, qui collecte les données sur la microfinance et ses institutions dans le monde entier. Tous n’ont pas forcément une multitude de membres, mais l’Afrique renferme un grand potentiel de croissance et de structuration pour la microfinance, les services financiers classiques restant inaccessibles à l’immense majorité des populations.

Les premières initiatives remontent à plus de trente ans. Un des pionniers est le Crédit Mutuel français, sollicité par des organisations non gouvernementales ou des institutionnels, ou encore une coopérative de prêtres au Burkina Faso pour apporter son savoir-faire dans la création et la gestion de coopératives locales d’épargne et de crédit. Le Centre International du Crédit Mutuel (CICM) est ainsi présent dans cinq pays d’Afrique - Congo, Cameroun, Niger, Centrafrique et Burkina Faso - ainsi qu’aux Philippines et au Cambodge. « A chaque fois, nous avons créé un réseau ex nihilo après étude de faisabilité, explique Patricia Lavocat, chargée de mission au CICM. Une personne du Crédit Mutuel a été détachée sur place pour constituer le réseau avec les objectifs de couvrir tout le pays, de transférer le savoir-faire jusqu’à l’autonomie et la viabilité de la structure locale. Par exemple, le Crédit Mutuel du Sénégal fondé il y a 25 ans fonctionne aujourd’hui sans aide de notre part. Au Congo, où nous sommes présents depuis plus de 30 ans, les Mutuelles Congolaises d’Epargne et de Crédit sont le seul réseau qui ne s’est pas effondré durant les deux guerres civiles, et au Niger, nous avons participé à la création du Crédit Mutuel du Niger qui compte aujourd’hui près de 20.000 sociétaires. » Le Crédit Mutuel intervient avec ses valeurs (priorité à l’épargne) mais sait adapter le concept au contexte socio-culturel de chaque pays et apporter des outils technologiques à travers la Siimec, SSII (société de services en ingénierie informatique) qui a développé un logiciel bancaire pour ces réseaux.

Améliorer la performance sociale

Nombreuses sont les institutions de microfinance (IMF) africaines à s'être réunies en réseaux depuis une quinzaine d’années. L’Afmin, African Microfinance Network, est une association de 22 réseaux de microfinance créée en 2000 pour développer des normes communes de performance, renforcer les réseaux nationaux et constituer un poids politique. Sa dernière conférence annuelle s’est tenue en octobre 2012 en Ouganda, réunissant des praticiens de la microfinance, des investisseurs sociaux, des décideurs politiques, des partenaires du développement et des fournisseurs de services techniques pour partager leurs expériences en matière de gestion de la performance sociale. Le Microfinance African Institutions Network (MAIN) s’est structuré à peu près au même moment et compte 90 IMF membres issues de 23 pays. Son but est de soutenir ses membres par la formation et la professionnalisation et de leur offrir un espace de réflexion et d’échange. Autre initiative : la Confédération des institutions financières (CIF) fondée en 2007 par six coopératives d’épargne et de crédit d’Afrique de l’Ouest représente aujourd’hui près de 3 millions d’emprunteurs et travaille sur le développement de produits, l’informatisation, le management des ressources humaines et la performance sociale. Depuis 2011, elle a mis en place des outils d’évaluation et un programme d’actions pour aider ses membres à améliorer leurs pratiques de protection des clients avec l’aide de Cerise, réseau d’échange sur la microfinance basé en France.

Ce faisant, les réseaux travaillent à la diffusion des standards internationaux de performance sociale et à l’amélioration des pratiques, en lien avec les nombreux organismes de tous pays fournisseurs d'assistance technique. Garant d'une exigence d'éthique, African Microfinance Transparency, qui promeut l’évaluation et la notation des IMF, a également vu le jour en 2003 afin d’aider la microfinance africaine à se développer et à se professionnaliser. 

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