La reprise en zone euro passe par le nettoyage des bilans bancaires

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Le moment de vérité approche. La Banque centrale européenne va procéder à la revue générale des actifs des banques début 2014.

La reprise en zone euro passe par le nettoyage des bilans bancaires

La zone euro n’a plus connu un trimestre de croissance du PIB positif depuis mi-2011. Si les économistes sont de plus en plus nombreux à voir les prémices d’une sortie de récession dans différents indicateurs avancés pour les mois à venir, ils n’en attendent pas grand-chose, tout au plus une croissance molle autour de zéro. Leur raisonnement est le suivant : à la différence des Etats-Unis, la zone euro est bien loin d’avoir assaini son secteur bancaire. Et sans assainissement bancaire, il est inutile d’espérer une véritable reprise économique, créatrice d’emplois autant que de richesse.

« Les banques jouent un rôle clé dans l’intermédiation financière en Europe et leur capacité restreinte à prêter actuellement est une des raisons » de la faiblesse de la reprise économique, explique une étude de Standard & Poor’s consacrée à la lenteur de la réduction de la taille des bilans bancaires. Le « deleveraging » réalisé jusqu’ici l’a été pour des motifs de régulation et de renforcement des fonds propres. Désormais, le « secteur bancaire pris globalement » va devoir tailler dans les actifs en réponse à la crise des dettes souveraines et de la récession, fait savoir l’agence de notation. Le véritable nettoyage des bilans peut commencer.

« Nettoyer les bilans des banques n’est pas seulement souhaitable, c’est une condition pour sortir de la crise... », a déclaré Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) à l’occasion de Paris Europlace. « Les banques européennes restent encore trop ‘leveragées’ et vont devoir réduire la taille de leurs bilans. Tout laisse penser qu’elles vont réduire leur activité de prêts dans la perspective de la revue générale des bilans bancaires qui sera réalisée par la BCE au début de l’année prochaine », estime Philippe Gudin, chef économiste Europe de Barclays. « Au premier trimestre 2014, la banque centrale fera sa revue des actifs des banques, puis à partir de mars et d’avril, il est prévu que se mettent en place le superviseur unique et un 'restructureur' unique », indique Eric Chaney, chef économiste d’Axa, pour qui la reprise économique en zone euro est conditionnée aux progrès de l’union bancaire et à la transparence des actifs bancaires de mauvaise qualité. Tout particulièrement en Italie et en Espagne.

Contraintes

La mauvaise transmission de la politique monétaire de la BCE et la fragmentation du crédit en zone euro, c’est-à-dire les coûts de financement beaucoup plus élevés dans les pays du sud de la zone que dans les pays du cœur, s’expliquent plus par « les contraintes qui pèsent sur les bilans des banques que par le coût de refinancement de ces banques », observe Mathilde Lemoine, économiste en chef de HSBC France. La part des prêts non performants aux entreprises atteignait 16,1 % des encours totaux en Espagne fin 2012 (11,6 % un an plus tôt). En Italie, les créances douteuses concernant les prêts aux entreprises représentaient 10,3 % des encours fin mars. « La part des marges dans les nouveaux prêts accordés par les banques périphériques est plus importante que celle des coûts de financement, ajoute Mathilde Lemoine. La raison réside dans les fortes contraintes qui pèsent sur leurs bilans. » Moins bien capitalisées que leurs homologues du cœur de la zone et confrontées à une montée en force des créances de mauvaises qualité, les banques périphériques ont tardé à opérer un véritable assainissement bancaire ; et « ce retard est le principal facteur limitant leur capacité à faire de nouveaux crédits », note l’économiste de HSBC.

La transparence et l’apurement des bilans bancaires sont incontournables pour créer les conditions de la reprise économique en zone euro.

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