Dossier IT dans l'asset management

Le « reporting » aux référentiels centraux s'annonce complexe

le 03/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Pour se conformer à cette obligation, les sociétés de gestion doivent arbitrer entre deux options : la gestion en interne ou l’externalisation.

En février prochain, l’obligation de reporting aux trade repositories (référentiels centraux) sur l’ensemble des contrats dérivés OTC (de gré à gré) inscrite dans Emir (European Market Infrastructure Regulation) s’imposera aux sociétés de gestion. Des sociétés de gestion qui ne savent pas encore pour la plupart sur quel pied danser, comme l’explique Gaspard Bonin, associé en charge de la problématique Emir au cabinet Equinox. « La plupart pensaient qu’elles allaient tout simplement pouvoir désigner un tiers pour assurer ce 'reporting', comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis. Mais en Europe, où la délégation sera aussi autorisée, elles seront responsables des données communiquées en matière de valorisation des contrats et des 'collateraux'. Elles sont donc en train de s’apercevoir qu’elles ne pourront pas se contenter d’attendre que leurs contreparties effectuent ce 'reporting', car elles ne pourront pas toutes les contrôler. »

D’autant que les enjeux SI qui se cachent derrière cette nouvelle réglementation ne sont pas à prendre à la légère, d’après Stewart Macbeth, président de DTCC Derivatives Repository Ltd (DDRL). « Le 'reporting' de toutes les catégories d’instruments dérivés de gré à gré en une seule journée représentera un projet gigantesque pour les acteurs du 'buy-side'. Il est important qu’ils prennent des mesures maintenant, pour être prêts pour la date limite fixée en février prochain. »

Deux stratégies bien distinctes

Pour se conformer à cette nouvelle obligation de reporting aux trade repositories, les sociétés de gestion auront le choix entre deux stratégies bien distinctes. « Celles qui disposent d’une plate-forme intégrée leur permettant de maîtriser toutes les données liées aux 'trades', à la valorisation, au 'collateral' et au 'reporting' décideront probablement de gérer ce dossier en interne », pronostique Gaspard Bonin. Une option confirmée par Bernard Fripiat, responsable avant-vente de SimCorp : « A travers le monde, 20 clients effectuent d’ores et déjà leur 'reporting' via notre solution SimCorp Dimension, et nous avons de plus en plus de demandes sur ce sujet. » D’autres pourraient profiter de cette nouvelle obligation pour externaliser l’ensemble de leur reporting car, comme le rappelle Gaspard Bonin, « Emir imposera assi une contre-valorisation quotidienne de l’ensemble des dérivés OTC, ainsi qu’une 'collaterisation' renforcée en montant et en fréquence ». Les premiers à se positionner sur ce créneau devraient être les spécialistes de l’asset servicing comme BNP Paribas Securities Services, Société Générale Securities Services ou Caceis. « D’après ce que je sais, la plupart proposent déjà des offres à leurs clients, confie Gaspard Bonin. En revanche, je ne vois pas comment les plates-formes 'pre-trade' pour l’exécution et 'post-trade' pour l’affirmation pourraient s’inviter sur ce marché. Elles ne disposent pas des données de 'collateral' et ne suivent pas la valorisation quotidienne des 'trades' qui passent par leur intermédiaire. »

Déjà prêts

Au dernier maillon de la chaîne, les futurs trade repositories (DTCC, Regis TR, ICE, CME, Unavista, Traiana…) fourbissent leurs armes, les enregistrements auprès de l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) étant prévus pour le 7 novembre prochain. Chez DTCC, l’offre est déjà prête, comme l’explique Stewart Macbeth : « DTCC est le seul référentiel central mondial qui offre des solutions de 'reporting' de transactions pour l’ensemble des cinq catégories d’actifs de produits dérivés, qu’ils soient négociés en Bourse ou de gré à gré, les deux étant exigés par Emir. » Le moteur de notification de transactions de DTCC a été conçu pour traiter un grand nombre de formats de messages différents au travers de canaux de communication multiples, l’objectif étant de permettre la distribution des données en temps réel. « Les gestionnaires d’actifs pourront soumettre à notre référentiel central des messages en format FpML ou CSV, en se connectant via MQ, Web Services, (S)FTP, NDM ou Web », détaille Stewart Macbeth, qui conseille aussi aux sociétés de gestion de ne pas attendre le dernier moment pour transmettre les opérations en cours au 16 août 2012 ou négociées après cette date, qui devront elles aussi être notifiées aux référentiels centraux. « Pour faciliter le 'reporting' en continu, notamment à des fins de réconciliation, il ne faudra pas attendre la date limite, qui devrait intervenir en février prochain, pour télécharger l’historique des opérations en cours. En sachant toutefois qu’aucune transaction ne pourra être soumise avant que les référentiels centraux n’aient été approuvés par l’Esma », conclut Stewart Macbeth.

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