DOSSIER Microfinance

Renforcer les normes de responsabilité

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Des principes sont largement diffusés mais doivent encore être appliqués au plus près des clients.

Contrat de crédit au Bangaldesh. Photo: ©G.M.B. AKASH/PANOS-REA

Microfinance et responsabilité devraient aller de pair, et pourtant, plusieurs crises ont montré que la microfinance n’est pas toujours un instrument de lutte contre la pauvreté et peut aussi être une cause de surendettement. C’est pourquoi le thème de la responsabilité, si présent dans les débats, trouve son expression dans les principes de protection des clients diffusés par la Smart Campaign, ceux formalisés par la Social Performance Task Force (SPTF), ou encore dans l’Appel de Paris pour une microfinance responsable lancé en 2011. Objectif : recentrer les institutions de microfinance sur les clients et sur leur mission sociale en leur donnant des outils de gestion de leur performance sociale (voir le tableau).

Parmi les principes de base, les institutions de microfinance (IMF) devraient vérifier qu’elles servent bien les clients ciblés, à savoir les plus pauvres, ce qu’elle peuvent faire grâce au PPI, ou Progress out of Poverty Index, qui permet d’évaluer et de suivre ensuite l’évolution du niveau de pauvreté des emprunteurs. Cerise, le réseau d’échange en microfinance, met à leur disposition gratuitement SPI, un outil plus global d’auto-évaluation de leur performance sociale. Quatre organismes de notation spécialisés se penchent aussi sur la performance sociale des IMF et contribuent ainsi à généraliser l’idée d'une microfinance responsable. « Les IMF ont également pris conscience de la nécessité de gérer le risque au niveau de leurs clients, autrement dit le surendettement, la méconnaissance des produits, le mécontentement... pour améliorer à long terme la qualité de leur portefeuille et la relation client et pour assurer une croissance saine de leurs activités », souligne Cécile Lapenu, directrice de Cerise.

Critères de performance sociale et certification

Les investisseurs participent à cette évolution en incorporant dans leurs processus de sélection des critères de performance sociale, une manière de sécuriser leur investissement. Oikocredit, par exemple, coopérative de financement de la microfinance et des entreprises sociales (530 millions d’euros), a créé ses propres outils d’évaluation pour bien choisir ses partenaires et consacre une part de ses financements à la formation et à l’accompagnement des IMF qui ont besoin de se recentrer sur leur mission sociale ou d’apprendre à utiliser certains outils d’évaluation. La coopérative a d’ailleurs créé en 2011 son « Social Performance Mentoring Program », formation intensive déjà suivie par cinq IMF au Kenya.

Au-delà des initiatives individuelles, qui vont dans le même sens, les équipes de la Smart Campaign ont mis en place une certification des IMF réalisée par les quatre organismes de notation, M-Cril, MicroFinanza, MicroRate et Planet Rating. Pour l’heure, cinq IMF ont été certifiées, deux en Bosnie et trois en Inde. « Nous pensons qu’environ 10 % des IMF que nous notons sont déjà au niveau de la certification, estime Emmanuelle Javoy, directrice générale de Planet Rating. Ce qui est à la fois peu et beaucoup. Mais force est de constater que beaucoup reste à faire. » Dans les pays où le contexte juridique n’est pas sécurisé pour les IMF, il est parfois difficile d’établir la limite entre un recouvrement éthique et la protection du prêteur pour assurer ses remboursements, note Cécile Lapenu. La prévention du surendettement nécessite de former les agents de crédit à une bonne analyse des capacités de remboursement des clients dont l’activité est souvent informelle, sans comptabilité établie. Dans les zones à forte concurrence entre IMF, certaines doivent changer de stratégie et limiter leur développement, ajoute Emmanuelle Javoy, la réorientation peut être douloureuse.

Surtout, la transparence des taux d’intérêt reste cruciale. Dans certains pays, les taux peuvent atteindre 50 % à 70 % pour que l’IMF puisse juste être à l’équilibre économique. Certaines rechignent d’ailleurs à afficher de tels taux et préfèrent une expression par mois ou communiquent auprès de leurs clients sur d’autres données. Microfinance Transparency, qui collecte les taux et harmonise l’information, vient de passer un accord avec Planet Rating pour enrichir sa base et a lancé une initiative pour la transparence des prix au Maroc encourageant les IMF à partager leurs tarifs.

Mais toutes ces actions, aussi larges soient-elles, ont leurs limites. « Compte tenu du nombre d’IMF dans le monde, entre 3.000 et 10.000, il est évident que les dérives existent, admet Olivier Arroua, fondateur de Selenis. Il faudrait aligner l’intérêt des prêteurs sur celui des emprunteurs, par exemple en indexant le taux d’intérêt sur la rentabilité du projet financé. » Une idée à tester. Néanmoins, la responsabilité des IMF est aussi du domaine des régulateurs qui ont encore beaucoup à faire.

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