Rencontre avec… Philippe Bordenave, directeur général délégué de BNP Paribas

«La réglementation s’oppose à une croissance externe poussée»

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquer une ambition de rentabilité pour vos fonds propres (RoE) aussi modeste que 10 % en 2016 ?

On ne peut qualifier ce plan de modeste. C’est au contraire une ambition exigeante, à la fois en termes de revenus et de coûts. Cet objectif doit en effet être apprécié au regard du nouvel environnement réglementaire qui encadre désormais les activités bancaires et qui est extrêmement contraignant. Je vous rappelle notamment que depuis 2007 nos fonds propres ont plus que doublé tandis que la taille de notre bilan a diminué. Dans ce cadre, se fixer un objectif de rendement des fonds propres supérieur à 10 % nous paraît à la fois réaliste et suffisamment ambitieux pour couvrir le coût du capital. Atteindre cet objectif nécessite d’être extrêmement rigoureux à l’égard des activités les moins rentables dans le cadre de la nouvelle réglementation. Plusieurs ont dû entreprendre de gros efforts d’adaptation à l’environnement actuel. Nous espérons par ailleurs que le coût du capital va baisser, non seulement parce que les taux vont rester bas, mais aussi parce qu’il y a de moins en moins de risques à investir dans une banque dès lors qu’elle répond aux nouvelles exigences de fonds propres, désormais plus de deux fois supérieurs aux niveaux d’avant-crise à activité égale. De ce point de vue, BNP Paribas fait partie des meilleurs élèves puisque son ratio de Bâle III, à 10,3 %, excède les nouvelles normes.

A quels critères l’allocation à terme de vos fonds propres répond-elle?

Notre modèle de banque universelle a démontré son efficacité et sa résistance dans la crise et il est un atout précieux dans le contexte de la nouvelle réglementation. Nous allons donc continuer de nous appuyer sur nos trois piliers : la banque de détail à laquelle sera consacrée environ la moitié de nos fonds propres, Investment Solutions* avec un sixième des fonds propres alloués, et la banque de financement et d’investissement (BFI) qui mobilisera un tiers de notre capital. Bien qu’elle incorpore tous les changements de réglementation et toutes les adaptations d’activité, cette ventilation cible de 2016 n’est finalement pas très différente de celle d’avant-crise.

BNP Paribas répondant déjà aux ratios de Bâle III, allez-vous réaliser des acquisitions ?

BNP Paribas a eu l’opportunité d’intégrer la banque Fortis pendant la crise et est ainsi devenue la plus grande banque de la zone euro. Nous avons annoncé notre intention de racheter BGZ qui nous place en septième position sur le marché polonais. Nous pouvons réaliser certaines acquisitions ciblées. Mais deux tendances de la réglementation s’opposent à une croissance externe plus poussée : notre taille actuelle nous fait déjà figurer parmi les établissements les plus importants, et le focus sur le contrôle national dans chaque pays. Nous privilégions plutôt la croissance organique et les ventes croisées.

* Gestion d’actifs, banque privée, services immobiliers, assurance, services titres.

A lire aussi