L’avis de… Eric Delannoy, vice-président de Weave, cabinet de conseil en stratégie opérationnelle

« La réforme de l’usure aura un impact majeur »

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelles seront les conséquences de la réforme de l’usure ?

L’impact financier de la réforme de l’usure sera majeur, même si la mise en œuvre progressive sur deux ans peut adoucir la transition. Certains établissements spécialisés dont 60 % des encours sont formés de crédits supérieurs à 6.000 euros vendus à des taux de plus de 20 % vont subir un choc de plein fouet quand les taux vont baisser, ce qui risque de leur faire perdre des centaines de millions d’euros. Toutefois, les taux seront assez proches pour les petits prêts, et restent les plus élevés puisqu’ils doivent couvrir les frais fixes qui pèsent sur les crédits. Les taux d’intérêt sont construits par addition du taux de refinancement - bas aujourd’hui mais dont on anticipe l’augmentation prochaine -, des coûts de gestion qui sont trois fois plus élevés pour le revolving que pour l’amortissable, et du coût du risque qui pèse jusqu’à six fois plus lourd sur le renouvelable que sur l’amortissable. A cela s’ajoute la marge que s’octroie chaque établissement, raisonnablement autour de 3 points, et le taux atteint alors facilement 12 % à 14 %.

Le crédit renouvelable a-t-il une chance de survivre à cette réforme ?

Les établissements financiers vont devoir le repositionner et développer une nouvelle pédagogie autour de ce produit afin d’en montrer les vertus. C’est un outil d’ajustement de trésorerie à court terme, et l’un de ses intérêts particuliers réside dans le remboursement anticipé sans pénalités. Jusqu’alors, les établissements ne l’ont jamais promu avec cet argument pour éviter de fragiliser leurs encours, car les remboursements anticipés induisent une volatilité qui se marie mal avec la gestion planifiée de leur refinancement. Ils devront désormais inciter les clients à bien l’utiliser et adapter leur gestion.

Quelle est l’attitude des banques sur le crédit à la consommation ?

Elles sont en plein développement des cartes débit-crédit qui sont un vrai succès commercial : le crédit est toujours géré par les établissements spécialisés, mais la relation client reste aux mains des banques et leur permet de capter une clientèle jusqu’alors plutôt réticente au crédit conso. Les établissements spécialisés, qui gagnent nettement moins d’argent comme simples sous-traitants, cherchent par ailleurs à instaurer un nouveau rapport avec leurs propres clients en leur proposant de nouveaux produits.

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