Rencontre avec... Philippe Brassac, secrétaire général de la Fédération nationale du Crédit Agricole et directeur général du Crédit Agricole Provence Côte d’Azur

« Des réemplois au bénéfice de l'économie des territoires »

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi mettre en avant le financement des territoires dans le projet du groupe Crédit Agricole ?

C'est une réaffirmation de nos valeurs et de nos finalités. Le cœur de notre métier a toujours été, et restera, celui de gérer et sécuriser les placements de nos clients pour les réemployer sous forme de financements destinés aux particuliers, entreprises et collectivités locales. Dans le cas des caisses régionales, nous pouvons en plus garantir que ces réemplois se font au bénéfice de l'économie des territoires sur lesquels nous avons collecté les dépôts et l'épargne nécessaires. Notre projet de groupe met aussi en évidence notre souhait de jouer collectif, de manière à conjuguer proximité et accès aux expertises spécialisées. Ce modèle de « banque universelle de proximité », c’est ce qu’attendent les sociétés.

La Caisse Provence Côte d’Azur que vous dirigez a-t-elle dû adapter ses volumes de crédits à la crise ?

Absolument pas : nos encours à fin 2010 s’élèvent à 12 milliards d’euros, en croissance de 12,5 %. Entre 2008 et 2009, ils avaient déjà augmenté de 10,5 %. Cette année-là, nous avions eu quarante dossiers portés devant le médiateur du crédit, dont quinze à vingt ont finalement été accordés. Mais nous avions répondu favorablement à 40.000 dossiers dans l’année. Nous avons toujours fait du crédit. En 2010, nos crédits d’équipement s'élèvent à plus de 3,2 milliards, ceux de trésorerie à 1 milliard d’euros. Toutefois, l’avenir réglementaire nous préoccupe.

Quel est le point noir ?

Le ratio de liquidité à court terme exclut les crédits mobilisables auprès de la banque centrale. Si un établissement bancaire ne peut plus ajuster ses liquidités de la sorte, soit il réduit ses volumes de prêts, soit il les titrise, soit il accompagne les entreprises ou les collectivités vers le marché. Cette réglementation, plus favorable à la banque d'affaires qu’à celle d'intermédiation, apparaît « contre-intuitive » sur les enseignements à tirer de la crise provoquée par la titrisation des crédits subprime américains. Nous espérons une prise de conscience politique sur ce point.

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