Recomposition annoncée pour la banque britannique

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La forme définitive du secteur dépendra du degré de concurrence dans le pays, mais aussi de la réglementation.

C’est comme si nous disions que notre formidable médecine cardiovasculaire n’arrêtera pas le cancer. Il est possible que cela n’apporte pas la solution à tous les problèmes, mais cela pourrait en résoudre quelques-uns », rétorquait Martin Taylor, l’un des membres de la commission bancaire indépendante (ICB), au feu des critiques du Treasury Select Committee, une commission parlementaire qui l’interrogeait fin mai. Maladroite, l’image a néanmoins le mérite de mettre en évidence l’essence même du rapport d’étape publié en avril par l’ICB, sous la houlette de son président, Sir John Vickers : soigner le secteur bancaire britannique sans garantir une guérison totale. « L’une des priorités incluses dans le rapport Vickers est probablement la reconnaissance que le secteur bancaire est devenu trop gros et qu’il faut nécessairement en réduire la taille, mettant ainsi un terme au ‘too big to fail’ mais aussi au ‘too big to bail’ (littéralement trop gros pour faillir, mais aussi trop gros pour être sauvé, NDLR) », explique Tamara Burnell, responsable recherche institutions financières et souveraines au sein de M&G Investments. Document de compromis, le rapport, qui va dans le sens d’une filialisation des activités de marché et de réseaux préférée à une scission des deux activités, manque ainsi cruellement de détails sur les moyens d’y parvenir : « On ignore quels actifs seront filialisés, comment les activités de réseaux seront financées, ce que cela coûtera aux finances publiques ou encore aux banques », fait remarquer un observateur du secteur. Cette solution a cependant toutes les chances d’aboutir : à l’occasion de son discours annuel du 15 juin devant des représentants de la City, le chancelier de l’Echiquier George Osborne a fait part de son soutien sans restriction à l’hypothèse d’un cloisonnement de ces mêmes activités au sein des banques britanniques.

L’épée de Damoclès

La compétitivité du système bancaire, au regard de l’environnement international, est aussi en question : le rapport d’étape préconise un ratio de fonds propres sur les actifs pondérés équivalent à au moins 10 % pour les principales banques de détail outre-Manche, soit trois points de plus que le minimum requis par Bâle III : « L’un des principaux défis qui attend la banque britannique est de parvenir à un équilibre entre la nécessité d’un secteur plus sûr, un point qui fait l’unanimité, mais aussi la capacité de continuer à attirer les investisseurs, explique George Dallas, directeur en charge de la gouvernance corporate auprès de F&C. Or, la question est de savoir comment un secteur avec des règles de capitalisation plus ‘élevées’ que ses concurrents peut parvenir à attirer des investisseurs en recherche d’un bon retour sur capital. »

Point noir : le rapport Vickers, dont la version finale est attendue en septembre, ne règle pas la question de l’aide potentielle des contribuables au système bancaire britannique dans le futur. Si Sir John a assuré de la détermination de l’ICB à réduire l’aide de l’Etat aux banques, il n’a pas non plus éliminé totalement le recours possible de l’argent du contribuable au sauvetage de ces établissements. Sans attendre les conclusions définitives du rapport, l’agence de notation Moody’s a sauté le pas en indiquant qu’elle envisageait l’abaissement des notes de quatorze des établissements britanniques, dont font notamment partie Santander mais aussi RBS et Lloyd’s TSB, à la suite de la possibilité d’un moindre soutien de l’Etat en cas de nouvelle crise évoquée à la fois par la Banque d’Angleterre, la FSA (l’actuel superviseur du secteur) et le Trésor : « L’action de Moody’s n’aura pas forcément de conséquences dans la mesure où les investisseurs avaient compris depuis déjà quelques années que l’argent du contribuable ne pouvait éternellement être mis à contribution au service des banques », nuance cependant Tamara Burnell.

La nécessaire concurrence

Dans un secteur où les contours à venir restent plutôt flous, la nécessité d’insuffler un surcroît de concurrence apparaît néanmoins comme une priorité. L’annonce par George Osborne de la mise en vente de la banque nationalisée Northern Rock devrait ainsi permettre de redistribuer les cartes dans la banque de détail. Le groupe bancaire Lloyds Banking Group (LBG) va également devoir céder davantage que les 600 agences déjà exigées par la Commission européenne au titre de l’accession à l’aide de l’Etat britannique. La réticence de l’état-major de LBG à accéder à cette nouvelle requête de l’ICB pourrait même déclencher une nouvelle enquête sur l’état concurrentiel de la banque de détail dans les tous prochains mois. « Malgré les appels répétés à un surcroît de concurrence, nous n’avons pas vu jusqu’à présent une injection de compétition massive dans le secteur bancaire britannique : les barrières à l’entrée de nouveaux acteurs, à l’image par exemple des niveaux de capitaux requis, restent un obstacle considérable à l’offensive de nouveaux acteurs », observe Keith Bowman, analyste actions auprès de Hargreaves Lansdown.

A elle seule, la cession des agences de LBG, attendue d’ici à 2013, permettrait de créer de facto le numéro six du secteur en nombre d’agences, et donc un concurrent immédiat de Lloyds TSB. Sir Richard Branson, au travers de Virgin Money, a indiqué vouloir déposer une offre dès le mois de juillet sur ce réseau tout en signalant son intérêt concomitant pour Northern Rock, dont il avait raté de peu le rachat des agences avant sa nationalisation il y a trois ans. En août 2010, le groupe bancaire s’est également fait souffler par Santander un portefeuille de 300 agences appartenant à RBS. Mais les concurrents ne manquent pas : si Metro Bank reste un nouvel entrant modeste aux velléités de croissance organique, le véhicule d’investissement NBNK Investments, piloté par l’ancien président du Lloyd’s of London Lord Levene, a également manifesté par le passé ses appétits pour ce réseau d’agences. Le nom de National Australia Bank, propriétaire de Clydesdale et Yorkshire Banks, est régulièrement évoqué par la presse outre-Manche au titre d’acheteur potentiel.

Moins de marge de manœuvre

En attendant la recomposition annoncée du secteur, le monde bancaire devra aussi prendre la mesure de la nouvelle régulation financière, dont le projet de loi vient d’être publié : si la nouvelle architecture repose essentiellement sur le comité de politique financière (Financial Policy Committee), les établissements financiers devront également faire connaissance avec la PRA (Prudential Regulation Authority), la future autorité de supervision du système bancaire britannique en remplacement de la FSA dès fin 2012, mais aussi la Financial Conduct Authority (FCA), un organisme spécialisé dans la protection du consommateur et des marchés, toutes deux rattachées à la Banque d’Angleterre. Si dans sa forme, la PRA devrait s’inspirer des niveaux de sévérité entérinés par la FSA depuis la période post-crise, elle aura aussi pour vertu un surcroît de transparence : le précédent de l’affaire RBS ne sera pas réitéré. La PRA s’étant engagée à publier les enquêtes sur les dysfonctionnements et les faillites des principaux acteurs de l’industrie, « l’une des questions en suspens réside dans la nature de la supervision de la Bank of England des deux nouvelles entités et comment s’organisera le flux de communication entre les deux », ajoute George Dallas. Face à la nécessité d’un surcroît de concurrence et d’un durcissement de la réglementation, les banques britanniques auront sans conteste une marge de manœuvre de plus en plus serrée. Elles restent néanmoins les meilleures armes pour assurer une relance de l’économie britannique. Le secteur devra donc tenir compte de l’ensemble de tous ces nouveaux paramètres pour y parvenir. Une mission qui s’annonce délicate.

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