Dossier Régulation financière

Un rayon de lumière sur la finance de l'ombre

le 13/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Les recommandations du Conseil de stabilité financière sur le « shadow banking » sont attendues pour septembre 2013.

Un rayon de lumière sur la finance de l'ombre

La multiplication des rapports et des consultations en dit long sur les difficultés des régulateurs réunis au sein du Conseil de stabilité financière (FSB, Financial Stability Board) à circonscrire avec précision le shadow banking. Apparue en pleine lumière dès l’origine de la crise économique actuelle, un des hauts faits de cette finance de l’ombre a été de provoquer des « runs » massifs, des mouvements brutaux de fuite de la liquidité sur le marché monétaire américain au cours de l’été 2007 (dislocation du marché des ABCP - asset-backed commercial papers - et du financement des conduits et des SIV - special investment vehicles), tout comme lors de la faillite de Lehman Brothers treize mois plus tard.

C’est la Fed de New York qui lance les hostilités en juillet 2010 avec un document cherchant à faire le point et à définir les activités et les acteurs du shadow banking. Le G20 de Cannes en novembre 2011 donne une onction politique au contrôle de la finance non régulée et charge le FSB de faire des propositions. Ce dernier publiera une série de documents (octobre 2011, avril 2011, novembre 2012) affinant la définition du shadow banking, tout en reportant ses recommandations à l’automne 2013, soit deux ans après le G20 de Cannes. Entre-temps, la Banque centrale européenne (BCE) a étudié l’importance du sujet en zone euro (avril 2012), la Commission européenne a publié un Livre vert sur le système bancaire parallèle (mars 2012) et la Fed de New York a remis l’ouvrage sur le métier (octobre 2012). Le phénomène a une taille de 67.000 milliards de dollars, évalue le FSB, soit 25 % à 30 % du système financier et la moitié des actifs des banques. Dix ans auparavant, son volume n’était que de 26.000 milliards. Quant à la définition générale du FSB, elle décrit le shadow banking comme étant un système d’intermédiation du crédit non bancaire : « une intermédiation du crédit impliquant des activités (totalement ou partiellement) et des entités en dehors du système bancaire régulier ».

Séparer le bon grain de l'ivraie

Le spectre étant large, tout n’est toutefois pas à jeter avec la banque parallèle, loin de là : « Conduite de manière appropriée, ce type d’intermédiation fournit une alternative tout à fait valable au financement bancaire pour soutenir l’activité économique réelle », indique le FSB. Ainsi, un temps désignées en vrac dans certains documents comme shadow banking, les compagnies d'assurances et la gestion d’actifs, au travers des ETF (exchange-traded funds) et des hedge funds notamment, ne sont plus désignées comme tel que sous la loupe de l’effet de levier et des activités de repo. Le FSB rappelle que son travail consiste à repérer les activités et les acteurs à risques pour la stabilité financière sans inhiber tous les modèles de financement non bancaire qui ne portent pas ce type de risque. Le tout en sachant que « l’interconnectivité des marchés et la formidable capacité d’adaptation du système bancaire parallèle nécessitent d’être complet et précis : une approche incomplète ferait rapidement l’objet d’arbitrage », explique le FSB. A cet égard, le besoin « d’une régulation anticipatrice et adaptable aux risques montants » fait partie des principes généraux du FSB pour asseoir les futures mesures de régulation du shadow banking.

Complaisance

Avec cette définition, le secteur bancaire régulier semble lavé de tout reproche. « Où était le régulateur quand les banques ont fait de l’arbitrage de capital réglementaire en utilisant des SIV et en créant elles-mêmes le 'shadow banking' ?, s’interroge Jérôme Laurre, président du Cercle Stratégie & Finance. Les superviseurs ont été pour le moins complaisants, et en tout cas défaillants, en laissant les banques monter des structures en hors bilan (par exemple les SIV) pour y abriter des actifs longs qui se finançaient à court terme auprès des fonds monétaires, mais avec ces clauses de retour au bilan des banques au cas où le financement deviendrait problématique. Or les fonds monétaires ne peuvent détenir que des actifs sans risque et faisaient reposer leur décision d'investissement sur la seule note des agences de notation qui assimilait effectivement les SIV à des actifs sans risque. Dès que ces notes furent dégradées, les fonds monétaires ont dû cesser immédiatement le financement des SIV, avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. » Et par-dessus tout, poursuit Jérôme Laurre, les institutions financières ont usé et abusé en toute impunité de l’effet de levier, « jusqu’à 33 fois dans le cas d’AIG qui était devenue la contrepartie des banques pour des produits dérivés comme les CDS ('credit default swap') ».

Pour ses axes de travail, le FSB a choisi d’appréhender le shadow banking essentiellement sous sa forme d’activités financières (fonction économique) plutôt que sous celle des entités et des institutions. Ce qui donne des travaux, sousmis à consultation jusqu’à mi-janvier, orientés sur les points suivants : l’interconnexion des banques avec les entités du shadow banking qui reprend les travaux du Comité de Bâle (recommandations attendues mi-2013) ; les fonds monétaires qui sont au cœur de la chaîne de crédit non bancaire et de la crise de 2007 ; le marché de la titrisation et enfin le prêt de titres et les repo (opérations de pension livrée). Avec une promesse à la clé : les recommandations finales du FSB sont attendues pour septembre 2013.

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