Rabobank n’échappe pas aux conséquences de la crise financière

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

La banque coopérative néerlandaise, qui a perdu son triple A fin 2011, profite cependant du sort moins enviable de ses concurrents locaux.

Rabobank n’est plus l’exception qu’elle a été. La banque commerciale, qui pendant longtemps a été aussi bien notée que le mieux considéré des Etats, est en effet tombée de son piédestal. En novembre, le groupe coopératif néerlandais s’est vu retirer son « AAA » par Standard & Poor’s. L’aggravation de la crise souveraine à partir d’août 2011, ajoutée aux stress tests menés par l’Autorité bancaire européenne, a souligné l’imbrication entre risque bancaire et risque souverain. Mais le directeur financier de Rabobank relativise. « On s’habitue à tout, a ainsi déclaré Bert Bruggink. Apparemment, le double A est le nouveau triple A. »

La coopérative néerlandaise reste cependant un cas à part : à la fois très internationale, avec une présence dans 46 pays et un portefeuille de prêts dont un quart est non domestique, et étonnamment provinciale avec un conseil d’administration au recrutement étroitement régional. Elle n’est d’ailleurs pas jugée systémique. Très prisée des investisseurs, elle demeure foncièrement rétive à la cotation en Bourse, avec une gouvernance opaque et complexe basée sur 139 coopératives locales, et un sens tout relatif de la transparence. Le « Crédit Agricole » batave a cependant été rattrapé par la crise. « 2011 est une année à deux faces : une fantastique première moitié et une seconde moins prometteuse », a ainsi résumé Piet Moerland, son directeur général, lors de la présentation de ses résultats annuels le 1er

mars.

Même si la qualité de son portefeuille reste supérieure à la moyenne des banques européennes, elle souffre du trou d’air conjoncturel. « Les impayés ont été plus importants au second semestre », a-t-il reconnu. C’est la principale explication du recul relatif des résultats qui s’établit en 2011 à 2,6 milliards d’euros, en baisse de 5 % par rapport à 2010, malgré une croissance du bilan de 12 %. Le rendement sur fonds propres baisse à 7,6 % malgré des réductions de coûts, y compris salariaux. Certains métiers sont touchés. En France par exemple, sa filiale Robeco cesse de gérer des actifs sur place et remercie deux tiers de son personnel.

La crise a aussi du bon : Rabobank tire partie du sort encore moins enviable de ses concurrentes. A l’heure où la réputation d’ABN Amro et celle d’ING restent entachées par leur effondrement en 2008, elle bénéficie d’un « effet refuge » sur le marché de la banque de détail, souligne Piet Moerland. Les dépôts liquides auprès des 872 agences du groupe et de sa banque en ligne ont bondi de 10 % en 2011, à 330 milliards d’euros, dans un climat économique pourtant déprimé. La part de marché de la banque sur le marché du crédit immobilier néerlandais atteint désormais 31,7 %, soit près de 3 % de plus qu’en 2010.

Incertitudes pour 2012

A l’international, l’Amérique du Nord et du Sud, ainsi que l’Océanie, restent l’ancrage du groupe qui, essentiellement, y accompagne la puissante industrie agroalimentaire néerlandaise. Fin 2011, le groupe s’est pourtant séparé de la banque privée suisse Sarasin, juste avant que celle-ci soit rattrapée par la justice.

L’exercice 2012 s’ouvre cependant sur des incertitudes avec, notamment, de nouvelles pertes prévues dans la filiale immobilière irlandaise. Par ailleurs, l’expiration, aux Pays-Bas, d’un avantage fiscal sur les emprunts immobiliers a déclenché une vague de remboursements anticipés de « plusieurs centaines de millions d’euros », a confié Pier Moerland, sur un volume de prêts aux particuliers de plus de 200 milliards d’euros.

La dégradation de la situation budgétaire aux Pays-Bas et la faiblesse de la croissance continueront aussi à peser sur le groupe. « Outre l’abaissement du souverain (néerlandais), nous pourrions aussi abaisser la notation à long terme de Rabobank si les pertes pour impayés devaient augmenter dans un environnement économique plus faible », avertissait Standard & Poor’s fin 2011. En mai, les 2 millions de membres des coopératives se réuniront à Utrecht pour évoquer la stratégie du groupe.

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