Rabobank mise sur le financement de l’« agri-business »

le 03/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Le mutualiste néerlandais, qui a ouvert le marché des obligations convertibles conformes à Bâle III, affiche sa robustesse fondée sur un profil particulier.

Un ovni parcourt les cieux de la finance européenne. Il ravit les investisseurs, comme l’a montré sa récente émission de dette hybride (lire l’encadré). Il désespère l’industrie agroalimentaire française qui lui impute la formidable compétitivité de ses concurrents bataves. Mais surtout, il pourrait inspirer son cousin français, le Crédit Agricole. La banque verte a en effet annoncé se recentrer sur ses racines fin décembre, et placer le financement de la filière agricole et agroalimentaire au cœur de son projet de groupe, en France comme à l’international.

Omniprésence internationale

L’exemple de Rabobank a de quoi séduire. Certes, la banque ne figure pas dans les classements internationaux. Si elle le devait, ce serait quelque part autour de la dixième place entre Intesa Sanpaolo et Standard Chartered*, loin derrière sa cousine française. Cependant, elle affiche une robustesse étonnante et retourne en sa faveur ce qui, à première vue, pourrait jouer contre elle. C’est un groupe de coopératives dont aucun analyste ne se risquerait à critiquer la gouvernance. Une entreprise au capital étroitement verrouillé qui n’a jamais goûté aux actifs toxiques et dont le ratio Tier one a bondi de 11,2 % à 14,9 % entre 2008 et 2010. Mais elle est omniprésente à l’international. Son management est étonnamment stable et local. Parmi les membres de son conseil exécutif, la plupart, formés dans des universités néerlandaises, sont entrés à son service alors qu’ils avaient entre 23 et 25 ans. Seule exception : Piet Moerland, le premier d’entre eux, qui n’a longtemps été « que » professeur d’université. Rabobank est enfin une entreprise qui ne juge pas utile de répondre aux demandes de la presse tant elle s’estime inattaquable.

Domination renforcée

Pour les analystes d’ABN Amro, la « structure de groupe inhabituelle » fait partie des points forts de la banque, de même que sa « culture de prudence », sa « philosophie de gestion », son « profil stable ancré sur son leadership » aux Pays-Bas. Sa domination n’a été que renforcée par la déconfiture de Fortis et ING. Il semble loin le temps où, lors d’un Conseil des ministres des Finances informel à Scheveningen (Pays-Bas) en 2005, trois grands patrons de banques européennes pouvaient demander la « démutualisation » de l’industrie bancaire dans l’intérêt de l’économie européenne.

Rabobank cultive son profil particuler. Le groupe « a diversifié son activité agro à l’international, si bien que vous la trouvez dans la plupart des économies rurales, éventuellement par le biais de forts partenariats », note Roel Barnhoorn, global head bond strategy and research chez ABN Amro. Les réalisations de la banque néerlandaise à l’international sont impressionnantes : 534 implantations et 14.500 salariés (sur un total de 58.400 dans le groupe). Elles reposent presque exclusivement sur l’industrie agroalimentaire qu’elle a financée à 80 % aux Pays-Bas, selon ABN Amro, et plus particulièrement le développement des groupes néerlandais à l’export. Rabobank a récemment annoncé des « discussions » avec l’Agricultural Bank of China et reprenait 30 % de l’organisation faîtière de 138 coopératives brésiliennes. Avec une demande alimentaire mondiale susceptible de doubler d’ici à 2040 sous la pression démographique, elle est convaincue d’avoir choisi la bonne voie.

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