La prudence aide BBVA à résister à la tourmente

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le groupe espagnol garde les faveurs des investisseurs. Ses résultats ne devront pas les décevoir.

Une agence BBVA à Bilbao. Photo : Markel Redondo/Bloomberg

La deuxième banque espagnole entend aborder la présentation de ses résultats annuels, ce 2 février, avec une certaine sérénité. Durant toute l’année dernière, BBVA a bien résisté à la tempête boursière qui a soufflé sur les principales banques européennes : alors que ses pairs ont vu leurs capitalisations s’effondrer, sa valeur de marché n’a baissé que de 1 %, tandis que son compatriote Santander en perdait 22 %. Une performance, vu son exposition à la dette souveraine espagnole de 24 milliards d’euros au 26 octobre. Et le groupe ne se laisse pas ballotter par les événements récents. Une charge nette d’un milliard d’euros liée au rachat de Compass aux Etats-Unis en 2007 va affecter ses résultats du quatrième trimestre. Toutefois, les experts ne s’inquiètent pas outre mesure. Il s’agit d’un « ajustement purement comptable » pour un fonds de commerce qui a connu une évolution positive de son activité et de ses profits en 2011, précise le groupe. Par ailleurs, cette charge additionnelle n’affecte ni sa solvabilité, ni sa structure financière, ni ses liquidités. Mieux encore : elle aurait même, selon Francisco Lopez Berrocal, directeur de la chaire Cash Management à l’IE Business School, un impact positif de 400 millions d’euros sur son core capital, ce qui est une bonne nouvelle au vu des nouvelles exigences de recapitalisation auxquelles doivent se soumettre les acteurs du Vieux Continent. Toutefois, BBVA a la chance d’échapper au statut d’établissement systémique.

Expansion internationale

L’Autorité bancaire européenne (ABE) a estimé en octobre dernier que cinq établissements espagnols avaient besoin de 26,16 milliards d’euros de capitaux supplémentaires afin d’atteindre, en juin 2012, le seuil de 9 % de fonds propres durs, dont 7,1 milliards pour BBVA. Dès le mois de novembre, le groupe a renforcé son capital via une émission de bons convertibles en actions pour une valeur de 3,475 milliards d’euros, opération qui avait été bien accueillie par les marchés, souligne Irma Garrido, analyste chez Ahorro Corporación. Même constat pour les nouvelles exigences de provisions du gouvernement espagnol. Selon l’experte, BBVA aurait largement les moyens d’« affronter un scénario d’accélération des exigences de provisions prévues pour les prochaines années ». Elle chiffre à 2,5 milliards d’euros supplémentaires celles dont BBVA aurait besoin pour faire face à une dépréciation de la valeur des actifs immobiliers en Espagne.

Une bonne anticipation de son environnement macroéconomique a ainsi permis à BBVA de mieux provisionner ses risques et d’être moins exposé que d’autres entités espagnoles aux actifs du secteur immobilier. Résultat, le groupe détient moins d’actifs exposés que son principal concurrent, Santander. Bien sûr, il y a un effet de taille. Sur les neuf premiers mois de l’année 2011, BBVA détenait des actifs immobiliers achetés et adjugés estimés à 6,632 milliards d’euros alors que Santander en comptait 8,6 milliards. Néanmoins, sur les 176 milliards d’euros d’actifs immobiliers toxiques recensés par la Banque d’Espagne, son exposition s’élève à moins de 5,5 %, souligne Tomas Blasco, responsable des relations avec les investisseurs du groupe. A cela s’ajoute que BBVA serait aussi la seule entité espagnole à avoir réussi à faire passer son taux de créances douteuses de 5 % en 2010 à 4,8 % en 2011. Par ailleurs, la banque repose une base de dépôts significative (49 % du total de bilan).

Considéré comme une banque de détail traditionnelle, fortement ancrée sur son marché domestique, donc fortement exposée aux difficultés espagnoles, BBVA a su se diversifier internationalement, au même titre d’ailleurs que Santander. Selon les prévisions des experts pour 2013, 19 % de ses bénéfices proviendront de la péninsule ibérique, contre 12 % pour Santander. Désormais, BBVA revendique une part de marché moyenne de 20 % en Amérique du Sud. Le groupe espagnol est d’ailleurs l’un des premiers à s’être lancé à la conquête de marchés internationaux, souligne Francisco Lopez Berrocal. En choisissant de filialiser ses entités locales, ce qui contingente les risques.

En outre, BBVA ne s’est pas contenté du seul marché latino-américain. Il s’est récemment engagé sur des marchés émergents à fort taux de croissance comme la Turquie ou l’Asie. En 2010, il avait ainsi acheté une participation de 24,9 % dans Garanti, l’un des premiers groupes bancaires turcs, et avait porté à 15 % sa participation dans China Citic Bank en 2009. Ces marchés à forte croissance ont un impact positif sur les résultats du quatrième trimestre, propres à compenser une situation plutôt morose dans la péninsule ibérique.

Le secteur financier espagnol devra bientôt affronter une importante réforme qui supposera une réduction importante du nombre d’entités bancaires. Dans cette course à la consolidation, le nom de BBVA a été cité à plusieurs reprises comme potentiel candidat au rachat d’entités à assainir. Un tel scénario ne serait peut-être pas en ligne avec sa prudence historique.

A lire aussi