L'homme clé, Thierry Martel, directeur général de Groupama SA

« Le programme de cessions lié au rétablissement est terminé »

le 01/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Pour son premier anniversaire à la tête de Groupama, Thierry Martel n’est pas à la fête. En décidant, le 5 octobre, de ne pas verser un coupon de 63 millions d’euros sur des titres super-subordonnés arrivant à échéance, l’assureur mutualiste s’est de nouveau attiré les foudres des agences Fitch et Standard & Poor’s, qui ont toutes deux dégradé sa note de solidité financière. Au grand dam du directeur général, contraint de prendre son bâton de pèlerin pour rassurer sur la santé d’une compagnie en plein redressement. « Je peux comprendre que les investisseurs ne soient pas contents, mais nous sommes dans notre bon droit, explique ce pur produit de Groupama, présent dans l’entreprise depuis 22 ans. Nous sommes une société mutualiste à qui on a beaucoup reproché de s’être éloignée de ses racines. Or cette décision s’inscrit dans le cadre d’une politique globale de repositionnement sur nos valeurs mutualistes et nous mettons donc toutes les parties prenantes à contribution. »

Renforcer sa solvabilité

Le coup est d’autant plus rude que cette décision lui permet finalement de gagner environ un point de marge de solvabilité et que le groupe ne présente aucun risque de liquidité à court ou moyen terme. Groupama vient d’ailleurs de rembourser les 300 millions d’euros que la Caisse des dépôts avait injectés dans Gan Eurocourtage fin 2011. Mieux, ce 29 octobre, l’assureur a remboursé le coupon d’un titre subordonné arrivé à échéance. « Nous sommes largement excédentaires en termes de liquidité et de trésorerie et nos estimations de 'cash-flows' nous laissent penser que nous n’éprouverons pas de difficultés de ce point de vue », affirme Thierry Martel.

Depuis sa prise de fonction le 24 octobre 2011, date du limogeage de Jean Azéma, ce polytechnicien de 49 ans, actuaire de formation et ancien commissaire contrôleur des assurances, n’a pas ménagé sa peine pour sortir le groupe de l’ornière. « Ce fut une première année intense, reconnaît-il, avec un léger sourire. Le groupe a su rester soudé et prendre des décisions difficiles. Nous avons été secoués mais nous nous sommes recentrés sur l’essentiel, à savoir redresser la compagnie. » L’urgence était réelle après avoir accusé une perte historique de près de 1,8 milliard d’euros en 2011.

Dès les premiers mois, Thierry Martel a donc enterré les rêves de grandeur de son prédécesseur - fin du projet de cotation en Bourse et abandon de l’ambition de figurer dans le Top 10 européen - pour faire preuve de pragmatisme. Son credo est simple : passer d’une « stratégie de taille » à une « stratégie de performance » en concentrant ses efforts sur ses principaux marchés, la France et l’Italie. Sous sa houlette, le groupe a donc fait un grand ménage dans son périmètre d’activités. Après avoir adossé sa foncière Silic à Icade, filiale de la Caisse des dépôts, Groupama s’est délesté coup sur coup de Gan Eurocourtage, Groupama Transport, ses filiales espagnole et britannique et, enfin, sa succursale polonaise. « Le programme de cessions lié au rétablissement est terminé, confirme toutefois Thierry Martel. Désormais, le périmètre du groupe est stabilisé. » Ainsi, la compagnie n’entend pas se séparer de Groupama AM, ni de Groupama Banque. Reste toutefois à trouver preneur pour son activité de capital-investissement. « Un processus plus long et plus compliqué, mais moins stratégique », selon le directeur général.

Quoi qu’il en soit, les produits de ces cessions doivent permettre au groupe de renforcer significativement sa marge de solvabilité. Après avoir atteint un point bas à 107 % fin 2011, elle a légèrement retrouvé des couleurs en s’affichant à 113 % au premier semestre 2012. « La situation est donc redevenue normale », estime Thierry Martel, dont l’objectif est de la porter à 120 % fin 2012, puis à 140 % à horizon 2014. Seule ombre au tableau, Groupama reste fragilisé par un stock conséquent de goodwills (écarts d’acquisition). Ces survaleurs ressortaient à 2,36 milliards d’euros au 30 juin, contre 3 milliards fin 2011. Après avoir déprécié 90 millions d’euros sur ses filiales roumaine et grecque en 2011, l’assureur a refait de même au premier semestre pour un montant de 66 millions d’euros.

Nouvelle feuille de route

Thierry Martel s’est toutefois montré plus volontariste dans sa politique d’allégement de son portefeuille d’actions qui, l’an dernier, lui avait coûté 1,5 milliard d’euros. A l’image de la vente de la totalité de sa participation dans la société Bolloré, Groupama a cédé 1,6 milliard d’euros d’actions depuis le début de l’année, s’allégeant notamment sur Société Générale. La poche actions ne représente plus que 9,9 % de ses placements, contre 12,8 % fin 2011. « Notre exposition actions sera un peu en dessous de 7,5 % dans notre portefeuille à fin 2012 », avance Thierry Martel, dont l’ambition est de porter cette part à 5 % dans les deux ou trois ans à venir.

En attendant, l’assureur compte redoubler d’efforts pour mener à bien son programme de réduction de coûts. Objectif : dégager 400 millions d’euros d’économies d’ici à 2014. La direction n’a d’ailleurs pas hésité à tailler dans le vif en initiant trois plans de départs volontaires - chez Groupama SA, Gan Assurances et Groupama Supports et Services - portant sur 551 suppressions de postes.

Malgré cette nécessaire rigueur, Thierry Martel est déjà tourné vers l’avenir. Le nouvel homme fort de Groupama finalise actuellement sa nouvelle feuille de route. Son objectif est de pouvoir dévoiler son plan stratégique dans le courant du premier trimestre 2013. S’il reste volontairement discret sur la teneur de ce plan, sa vision est claire. « Nous restons un acteur français généraliste qui concentre ses efforts sur la rentabilité plus que sur le chiffre d’affaires, tout en faisant une pause sur la croissance externe », résume-t-il. Sans surprise donc, et à l’instar de ses concurrents, l’amélioration de sa rentabilité constituera la pierre angulaire de son plan de marche. A ce titre, la compagnie entend œuvrer d’arrache-pied au renforcement de ses politiques de souscription et de ses méthodes tarifaires. « Nous travaillons également sur la gestion des sinistres, la fraude et les frais généraux, avec la volonté de maîtriser nos coûts », insiste Thierry Martel. Toutes les composantes du groupe seront mises à contribution, et en particulier ses caisses régionales. « Nous avons demandé aux caisses régionales d’avancer rapidement sur l’amélioration des marges techniques tant sur les affaires nouvelles que sur nos portefeuilles, avec une plus grande rigueur à l’égard des clients qui ont une sinistralité aggravée », dévoile-t-il.

Thierry Martel n’entend pas négliger le développement commercial. Des relais de croissance ont d’ores et déjà été identifiés avec, comme priorité, les assurances de personnes, à savoir la santé individuelle et la prévoyance. « Notre croissance a un peu ralenti sur ces segments mais nous avons un vrai potentiel de rebond », confie-t-il. Acteur reconnu du monde agricole, Groupama souhaite poursuivre son développement en milieu urbain et attaquer davantage « le segment des commerçants et des artisans, qui demande une technicité plus élevée mais sur lequel nous avons des parts de marché à gagner », poursuit Thierry Martel. Sa feuille de route devrait également faire la part belle à l’épargne et à l’assurance-vie en incitant les réseaux commerciaux à se montrer plus conquérants. « Il faut réinventer un modèle au regard du contexte financier actuel, juge cependant Thierry Martel. Les plus belles heures du fonds euros sont derrière lui. Il va désormais falloir être plus créatif pour proposer des produits innovants. » Reste à savoir si ces initiatives permettront à Groupama de retrouver les faveurs des agences et du marché.

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