L'avis de... Edouard de Vitry, responsable du groupe institutions financières Europe, Moyen-Orient, Afrique chez UBS

« Le processus de cessions d’actifs sera long »

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Estimez-vous que les objectifs de cessions d’actifs des banques françaises sont atteignables ?

Les horizons annoncés par les banques françaises, mais aussi espagnoles ou italiennes, nous semblent difficiles à respecter étant donné les montants représentés par l’addition des programmes. Le processus sera long. Les bilans sont amenés à diminuer de 10 % à 15 % sur cinq à dix ans Dans un contexte d’incertitude, il y a peu d’acheteurs bancaires. Quant aux autres repreneurs potentiels, tels que des fonds spécialisés ou hedge funds, ils sont confrontés à la difficulté de trouver d’une part des financements pour bénéficier de l’effet de levier, et d’autre part un accord sur la valeur des actifs que les banques considèrent - à juste titre - être de bonne qualité.

Quelle est la solution ?

Une alternative peut être la réduction des engagements de crédits dans des secteurs très consommateurs de financement, tels que l’immobilier professionnel, les commodities, les flottes d’avions ou de bateaux, le crédit-bail ou l’affacturage, ainsi que les grands projets d’infrastructure et les collectivités locales. Evidemment, cela peut être pénalisant pour l’activité économique si ce n’est pas accompagné par la mise en place d’autres solutions.

Les banques françaises peuvent-elles y prendre part ?

Les banques françaises sont très présentes dans les financements structurés, où elles détiennent 20 % à 30 % de part de marché mondial pour certains secteurs : leur retrait pourrait profondément redistribuer les cartes. Dans le même temps, si elles se réorganisent pour cela, elles peuvent accompagner ces acteurs économiques vers un financement de marché de capitaux et non plus bilantiel. Mais c’est un changement de modèle profond. 80 % des financements corporate américains sont non bancaires alors qu’en Europe, le marché n’intervient que pour 20 % des encours. Le financement bancaire à trois ans que propose d’apporter la Banque centrale européenne va néanmoins faciliter la transition.

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