Entretien avec... Damien Leurent, associé responsable Industrie financière chez Deloitte

« Une première, réalisée dans le nouveau cadre de l'Union bancaire »

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Peut-on espérer des prochains tests de résistance (« stress tests ») européens une transparence totale sur le secteur bancaire ?

Outre les stress tests menés de manière habituelle par l'Autorité bancaire européenne (EBA), il y aura l’an prochain une revue de la qualité des actifs (asset quality review) réalisée sous l’égide de la Banque centrale européenne, dans le cadre de la mise en place de la supervision bancaire européenne unique. Cette fois, plutôt que de mener des tests de résistance selon les critères demandés par l’EBA, près de 140 établissements bancaires vont devoir transmettre aux régulateurs locaux un très grand nombre d’informations élémentaires sur leurs actifs afin qu’ils soient « stressés » selon une méthodologie définie au niveau européen. Cette approche est une première, réalisée dans le nouveau cadre de l'Union bancaire. Compte tenu d’un niveau de supervision très élevé mis en œuvre par le régulateur français, on peut penser que dans l’ensemble, il ne devrait pas y avoir de surprise.

L’absence d’homogénéité est justement pointée pour le calcul des actifs pondérés du risque (RWA). Et même mise en avant pour dire que le risque hypothécaire français est mal évalué. Est-ce votre point de vue ?

Au contraire. En France, nous avons essentiellement affaire à du crédit immobilier réalisé par les banques de détail dont l’historique montre la qualité. Les défaillances sont rares car le crédit est octroyé selon la capacité de remboursement du client basée sur les revenus, non sur la valeur du bien. Plus généralement, le calcul des RWA est fondé sur des historiques et des modèles internes. Ces derniers constituent la meilleure appréciation du risque. Les supprimer serait un retour en arrière. En outre, cette approche peut être complétée par celle du ratio de levier.

Un ratio de levier qui serait insuffisant dans les banques européennes…

Cette remarque me semble très prématurée ! En effet, le total du bilan selon les normes comptables américaines (US Gaap) est plus petit qu’en IFRS. En particulier, la compensation des soldes comptables liée aux produits dérivés est beaucoup plus stricte en normes internationales. Les banques européennes sont donc apparemment en moins bonne position. Toutefois, nous devrions voir apparaître un calcul comparatif entre les deux référentiels en vertu d’IFRS 7. Les banques européennes devraient publier dès les résultats de cette année l’impact de l’application des règles américaines sur leur total de bilan. Cela étant, le calage définitif des éléments relatifs au calcul du

leverage ratio ne sont attendus qu’en 2015 et son application ne deviendra obligatoire qu’à compter du 1er janvier 2018.

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