Le premier portefeuille bancaire électronique français voit le jour

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Trois groupes concurrents se sont unis. Mais sans avoir répondu à l’inversion du modèle des paiements.

Il faut saluer la démarche. BNP Paribas, La Banque Postale (LBP) et Société Générale se sont alliées pour fournir une nouvelle solution de paiement à leurs clients : Paylib. Et il ne leur a fallu qu’un an pour mettre au point ce portefeuille électronique (e-wallet). Adresse électronique (e-mail), mot de passe, identifiant, code secret : en évitant de saisir son numéro de carte et de passer par un intermédiaire non bancaire, l’objectif est de répondre « au besoin de simplicité sur tous les écrans et de sécurité des paiements », explique Bernard Roy, directeur de la stratégie de LBP. C’est donc une première en France, Kwixo (Crédit Agricole), S-Money (BPCE) et Pay2You (Crédit Mutuel Arkéa) étant « des porte-monnaie électroniques, issus de la directive Monnaie électronique 2 », souligne Jean-Philippe Poisson, associé chez Elia Consulting. Quant aux offres de MasterCard et de Visa (L’Agefi Hebdo du 21 mars 2013), elles n’ont toujours pas vu le jour. Toutefois, Paylib souffre d’une lacune comparé à ces dernières : son absence d’universalité. Les sites internet qui vont l’accepter entre cet automne et le premier trimestre 2014 ne sont que huit à ce jour.

Payer sur internet et mobile

Les banques ne veulent pas que le paiement leur échappe face « au développement du commerce sur internet - dont le chiffre d’affaires s’élève désormais à 45 milliards d’euros, soit 8 % du total hors alimentaire, et sur mobile - qui a progressé de 150 % en un an, avec un milliard d’achats, explique Marie-Claire Capobianco, directeur des réseaux France de BNP Paribas. Cela correspond aussi à l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché. » En ligne de mire, Paypal qui permet d'effectuer des transactions avec une adresse e-mail. La filiale d’Ebay compte 117,4 millions d’utilisateurs actifs dans le monde et 8 millions en France. Sachant que Kwixo, qui se vante de 16 millions de prospects, n’a effectivement que 450.000 clients, on peut douter que les trois partenaires français atteignent un jour les 23 millions d’utilisateurs potentiels qu’ils revendiquent : sur 10,6 millions de clients actifs de La Banque Postale, 7,2 millions disposent d’une carte, Société Générale recense 8,6 millions de clients particuliers et BNP Paribas près de 7 millions. Or il y aurait 5 % à 10 % de doublons entre eux, selon leur conseil Capgemini.

Paylib, « solution » de paiement - le « moyen » restant la carte bancaire (ce qui induit pour un client multibancarisé de s’enregistrer auprès de chaque partenaire) -, est né faute d’accord de place. Mais « cette solution est ouverte à d’autres acteurs bancaires, même hors de France », insiste Laurent Goutard, directeur de la banque de détail Société Générale. Crédit du Nord, du même groupe, voire l’italienne BNL (BNP Paribas) pourraient être associés. Mais quelle sera l’attitude du groupe Crédit Agricole dont les caisses régionales sont proches de MasterCard tandis que LCL pourrait rejoindre la solution de Visa qui aurait déjà séduit BPCE ? Et que décideront les différentes branches du Crédit Mutuel ? Les mutualistes doivent eux aussi prendre en compte la stagnation de leurs revenus (voir le tableau).

La démarche des banques impliquées dans Paylib est défensive, mais pourrait en effet générer du produit net bancaire supplémentaire, à condition d’admettre l’inversion du business model, estime Jean-Philippe Poisson. « Les banques se rémunèrent uniquement sur le paiement, tandis que les nouveaux entrants s’en servent comme d'un simple moyen de vendre des services aux commerçants grâce à leur connaissance fine des comportements d'achat, comme la traçabilité 'cross-canal' ou le 'couponing' personnalisé, explique-t-il. MasterCard a racheté un spécialiste de la fidélisation ciblée et Visa Europe a pris une participation dans une société d'analyse marketing, afin d'anticiper l'extension du domaine du paiement à ces nouveaux territoires. » Les banques pourraient faire de même avec des partenaires ou un interne, en suivant la bonne approche juridique, technique et commerciale.

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