La place de Paris prend position sur le marché du renminbi

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Services bancaires, opérations de change, émissions d’obligations… Les banques françaises développent leur offre en renminbi.

Londres n’est pas la seule place financière à relayer Hong Kong dans le développement du marché du renminbi en dehors de la Chine (offshore). A Paris aussi, les banques françaises et étrangères lancent des services libellés dans la devise chinoise, notamment pour les entreprises qui ont des liens commerciaux avec la Chine. La part des paiements en renminbi entre la France et la Chine et Hong Kong s’élève à 6,8 % (en avril), contre 11,1 % au Royaume-Uni, selon Swift.

Certaines banques sont à l’avant-garde, comme la succursale de Bank of China à Paris qui a accordé en juin un prêt de 600 millions de yuans à taux fixe, d’une durée de 7 ans, à Dalkia, une filiale de Veolia Environnement, afin de financer un investissement en Chine. Une première pour une telle maturité hors de Chine. De plus, Veolia s’est illustré en émettant les premières obligations « dim sum » à Paris (en droit français et cotées sur Euronext), pour 500 millions de yuans, à 5 ans. Les titres ont été livrés par Euroclear France. « Ces opérations ne portent pas sur des montants importants, mais elles participent de notre politique de diversification de nos financements dans différentes devises, explique Baptiste Janiaud, directeur financements et trésorerie. Nos actifs en Chine sont supérieurs à 10 milliards de yuans. » Une quinzaine d’entreprises françaises (EDF, Schneider Electric, Renault…) ont intégré la possibilité d’émettre des titres libellés en renminbi dans leurs programmes EMTN, indique Gilles Endréo, avocat associé de Linklaters.

Les succursales de Bank of China et d’ICBC à Paris, HSBC France et Société Générale, proposent à leurs clients (particuliers et/ou entreprises) d’ouvrir des comptes courants en renminbi et de contracter des crédits (en général jusqu’à 3 ans, voire 5 ans). BNP Paribas pourrait suivre en septembre. « Nous avons 3 milliards de yuans de dépôts et 10 milliards de crédits en moyenne, dont deux tiers sont des escomptes des effets de commerce et un tiers des prêts classiques, précise Zhao Hongtao, de Bank of China. Les crédits en renminbi représentent désormais un tiers de nos actifs ».

Société Générale a lancé une offre en juin à destination des entreprises. « Nos clients souhaitent de plus en plus se positionner sur des appels d’offres en renminbi ou régler leurs fournisseurs en renminbi, notamment à la demande de leurs partenaires chinois, constate Philippe Johann, directeur commercial du commerce international pour le réseau en France. Travailler en renminbi permet d’accroître sa compétitivité et d’avoir une plus grande maîtrise de sa marge commerciale. »

Plates-formes de trading

Les grandes banques peuvent également exécuter des opérations de change en renminbi au comptant et à terme, grâce à leurs plates-formes de trading en Chine, à Hong Kong, Singapour, Londres ou New York. Bank of China dispose même d’une plate-forme à Paris. « Au sein du groupe, notre succursale est la troisième plus active sur le marché des changes offshore, après Hong Kong et Macao qui ont un rôle de banques compensatrices, ce qui explique leurs premières places », souligne Philippe Bourguignon, responsable des marchés financiers. Ainsi, Bank of China a traité 243 milliards de yuans d’opérations de change au comptant et à terme en 2011. Quant à la succursale d’ICBC, créée l’an dernier, son objectif, à terme, est aussi d’avoir une plate-forme à Paris. « Nous souhaitons développer notre portefeuille de clients et faire jouer un panel plus large de contreparties », dit Rudy Benayoun, treasury trader.

Sur le marché de la dette en renminbi offshore, les banques françaises restent loin derrière les anglo-saxonnes et les chinoises. Cette année, HSBC, Bank of China et Standard Chartered forment le trio de tête, tandis que BNP Paribas est 11e et Société Générale 19e, selon Dealogic. « Nous avons de bons rapports avec les autorités chinoises, ce qui nous permet d’aider les entreprises à obtenir rapidement les autorisations de rapatriement des fonds ; et des succursales dans toutes les provinces de Chine, ce qui facilite les transferts de fonds », assure Paul Santucci, responsable de l’origination corporate de HSBC France.

A plus long terme, l’ouverture de la Chine pourrait faire de Shanghai le centre financier mondial pour la monnaie chinoise, ce qui laisserait moins de place aux centres offshore. « Pour le moment, le marché offshore devrait continuer à se développer pour répondre aux besoins des entreprises, estime Didier Latouche, responsable mondial de la vente de produits de change aux entreprises chez Société Générale CIB. Le rôle de Shanghai dépendra du développement des marchés de capitaux en Chine et de la convertibilité du renminbi. A ce moment-là, la coexistence des deux marchés n’aura plus de sens. »

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