Jean-Baptiste de Chatillon, président de Banque PSA Finance et directeur financier de PSA-Peugeot-Citroën

« Un pas en avant pour la rentabilité de la banque et la compétitivité du groupe »

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Près deux ans d’une intense mobilisation, le président de Banque PSA Finance (BPF), Jean-Baptiste de Chatillon, avoue souffler enfin avec le sentiment du devoir presque accompli. Depuis janvier 2012, il s’est activé sur tous les fronts pour remettre sur pied la captive de PSA Peugeot-Citroën mise à mal par les difficultés de sa maison mère. L’alliance conclue avec Santander Consumer Finance, la filiale de crédit à la consommation du groupe bancaire espagnol, marque le début d’une nouvelle histoire pour la banque. Ce rapprochement, prévu pour 2015 mais qui reste soumis à l’approbation des autorités compétentes, va lui permettre d’entrevoir sereinement son avenir. Et celui du groupe qui vient par ailleurs de rassurer sur sa pérennité en annonçant un accord financier avec l’Etat français et le chinois Dongfeng. Chargée de financer les ventes de véhicules ainsi que les stocks et pièces de rechange des réseaux de distribution des deux marques, Banque PSA Finance est le garde-fou du bon fonctionnement de la filière automobile. A condition, évidemment, que sa propre existence ne soit pas compromise.

Ce partenariat sur lequel s’est penché Jean-Baptiste de Chatillon depuis des mois se formalisera sous la forme de co-entreprises détenues et capitalisées à parité dans 11 pays européens, soit 90 % du périmètre actuel de Banque PSA Finance. Et ce, pour une durée initiale de dix ans sans modification possible. « Banque PSA Finance perdure et sa direction reste inchangée, déclare son président. En revanche, chaque entité locale disposera d’une gouvernance dédiée. » Un même schéma sera donc dupliqué en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Italie, en Belgique, aux Pays Bas, en Suisse, au Portugal, en Autriche, en Pologne et bien sûr en France, où la présence de BPF est la plus importante. « Santander est un partenaire qui connaît très bien le métier du financement automobile », explique-t-il. Et c’est justement par ce biais que le groupe espagnol a choisi de pénétrer le marché bancaire français. Il s’y était déjà aventuré en 2007 en se rapprochant de Banque Accord, mais le mariage avait été de courte durée.

Accès à 2 millions de clients finaux

Si l’activité commune ne portera que sur des nouveaux financements, sauf exceptions ponctuelles où Santander CF pourra racheter des portefeuilles, elle permettra à l’espagnol de consolider sa présence en Europe en mettant la main sur une importante base de prospects, de l’ordre de 2 millions de clients finaux et de 3.000 concessionnaires. En tant que directeur financier du groupe, son autre fonction, Jean-Baptiste de Chatillon n’a pas perdu de vue un élément essentiel : la nécessité de recapitaliser PSA Peugeot-Citroën. Cette association est l’occasion pour la banque de remonter au niveau du groupe près de la moitié de ses capitaux propres, soit 1,5 milliard d’euros, une fois l’encours actuel amorti, d’ici à 2018.

Quant à l’attribution des missions de chacun, la répartition est claire. Banque PSA Finance assurera le marketing et les ventes sous les marques Peugeot Finance et Citroën Finance tandis que Santander se chargera du financement - qui sera réalisé localement au niveau de chaque pays. C’est tout l’intérêt recherché par Jean-Baptiste de Chatillon dans cette coopération tant attendue : permettre à Banque PSA Finance de se refinancer à bas coûts afin d’être en mesure de proposer au client des offres commerciales attractives et augmenter les ventes de voitures du constructeur automobile.

Ce rapprochement sonne avant tout la fin de deux années d’une course effrénée contre la montre. Jean-Baptiste de Chatillon incarne cette parenthèse temporelle qu’il a consacrée au maintien à flots de l’activité de la banque soudainement privée de sa capacité à se refinancer (lire graphique). Le résultat de décisions prises par les agences de notation d’abaisser, en juillet 2012, les notes de court et long termes de BPF au regard de la situation de sa maison mère. « Ce sont des milliards d’euros immédiatement mobilisables qui ont manqué subitement à l’appel », rapporte Jean-Baptiste de Chatillon.

A défaut de trouver un partenaire bancaire auquel s’adosser comme le lui recommandait la Commission européenne, cet homme fidèle au groupe depuis vingt-cinq ans n’a eu d’autre choix que la garantie publique. En jeu, un montant de 7 milliards d’euros. Si l’autorité européenne a donné son feu vert pour 1,2 milliard d’euros en février 2013, elle n’a autorisé la France à garantir les 5,8 milliards d’euros restants que cinq mois plus tard. Le temps, pour les agences de notation, de classer la captive du constructeur automobile en catégorie spéculative. Si l’intervention de l’Etat a été vitale, la situation n’en était pas moins jugée « insatisfaisante ». La garantie n’est pas gratuite et elle grève une partie de la rentabilité de Banque PSA Finance. Le groupe espagnol va permettre à Banque PSA Finance de s’affranchir de la tutelle de l’Etat français d’ici à la fin de l’année 2015.

D’autres actions ont été menées en parallèle pour compenser les besoins de financement non satisfaits par les marchés financiers. A l’heure du bilan, l’opération semble réussie. Tout au long de ces deux années, Jean-Baptiste de Chatillon, entouré d’une équipe dont il salue l’engagement, a renégocié et renouvelé la dette bancaire. Doté d’un pôle d’analystes renforcé, il s’est engagé plus franchement dans la titrisation. A ce jour, celle-ci couvre 25 % du refinancement externe (qui représente 19,8 milliards d’euros) contre 18 % en 2011. Sans compter deux nouveautés : le recours à des financements auprès de la Banque centrale européenne (8,5 %) et la chasse aux dépôts (4,8 %). Ouverte en mars 2013, cette dernière a permis de collecter près d’un milliard d’euros sur un livret d’épargne lancé en partenariat avec le Crédit Mutuel Arkéa. Un rééquilibrage bienvenu qui couvre les besoins de la banque jusqu’à ce que s’écrive une nouvelle page de son histoire, l’année prochaine, aux côtés de Santander.

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