PAIEMENTS - 2013, le marché s’envole

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Paiement mobile, portefeuilles électroniques et paiements Sepa émergeront cette année au bénéfice des consommateurs.

Système de paiement « Flash’n Pay » dans un supermarché Auchan. credit photo : Franck CRUSIAUX/REA

Payer le stationnement avec Pay by Phone ou M-Parking de SFR, un ticket de bus avec Citizy, un sandwich avec Skimm à Paris ou S-Money à Bordeaux, un repas au McDonald’s avec Paypal, ses courses de la semaine avec Flash’n Pay, rembourser un ami avec Kwixo ou avec Mes Transferts, l’application mobile de BNP Paribas, recharger sa carte de cantine avec Buyster, transférer de l’argent à l’étranger sur mobile, ou via un distributeur automatique grâce à Monext et KCS Transfer… Toutes ces solutions de paiement mobile existent bel et bien aujourd’hui sous forme de pilotes ou d’offres commerciales pour peu que les consommateurs aient envie de les utiliser. D'autres modes de paiements apparaissent permettant de payer une facture d’électricité avec Sepamail, un abonnement à Club Med Gym avec Slimpay, son journal avec son doigt grâce à la biométrie, un jeu sur internet avec TicketSurf...

Ce foisonnement repose à la fois sur des technologies innovantes et sur l’appétit des marchands pour ces nouveaux modes de paiement dont ils espèrent qu’ils leur procureront un afflux de nouveaux clients. Les utilisateurs, eux, hésitent entre circonspection et engouement. Car les cas d’usage se multiplient et pourraient faire croire qu’à chaque type d’achat correspond un mode de paiement. Un consommateur devra-t-il alors s’enrôler auprès de chaque émetteur pour pouvoir bénéficier des avantages qui lui sont promis ?

Le rapport Pauget-Constans sur

L’Avenir des moyens de paiement en France(mars 2012) pointe plusieurs conditions à l’adhésion du public à un mode de paiement : la facilité d’usage, la sécurité, la gratuité et le caractère universel. Ce dernier critère revêt une importance particulière en France où l’interbancarité a permis aux cartes bancaires de se développer jusqu’à devenir le moyen de paiement préféré des Français (43 % des transactions). C’est là que le bât blesse. Les nouveaux moyens de paiement doivent construire en même temps leur réseau d’acceptation et la base d’utilisateurs. Pour eux, l’universalité n’existe pas. Mais ce n’est pas insurmontable, le succès de Paypal, principale alternative au paiement par carte bancaire, le prouve avec plus de 5 millions de comptes actifs en France et une part de marché de 10 % à 15 % dans l'e-commerce, et désormais dans le commerce mobile.

La fin du NFC ?

Cependant, l’universalité n’est pas une garantie de décollage : le développement du paiement mobile sans contact ou NFC (near field communication) pour les achats de proximité reste poussif malgré l’accord entre les six premières grandes banques et les trois grands opérateurs télécoms. Certes, en plus de quelques villes comme Nice, Strasbourg, Caen, Rennes, Marseille, Bordeaux où certaines banques font un peu de volontarisme, en déployant surtout des cartes sans contact, le paiement NFC est aussi promu par la grande distribution. Quelques enseignes (Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché…) équipent leurs lignes de caisses de terminaux de paiement sans contact, et leurs clients les plus fidèles de cartes sans contact. Mais les téléphones mobiles NFC restent encore peu répandus, en dépit du million de terminaux Citizy déjà sur le marché.

L’absence de puce NFC dans l’iPhone 5 a, semble-t-il, sonné le glas de cette technologie qui ne trouve pas son équilibre économique dans le paiement. Hormis Crédit Mutuel et sa filiale NRJ Mobile ainsi que BNP Paribas et Orange, banques et opérateurs ne parviennent pas à s’entendre sur le partage de la valeur. Même avec d’autres services (information, transport, fidélité), le paiement sans contact mobile ne pourra se généraliser que trop tard par rapport à d'autres offres. Le Gartner, conseil spécialisé dans les technologies, estime même qu’il pourrait être abandonné.

En effet, le paiement mobile existe déjà à travers de multiples offres de portefeuilles électroniques (wallets). « Le paiement mobile, c’est maintenant ! », affirmait récemment Olivier Binet, directeur de l’innovation de Paypal en France. Le groupe américain compte déjà 17 millions d’utilisateurs mobiles dans le monde. Sur ses 5 millions de comptes en France, entre 10 % et 17 % réalisent leurs achats sur mobile. Il est vrai que Paypal possède déjà un large réseau d’acceptation et procure une fluidité de paiement plus aisée sur mobile que la frappe d'un numéro de carte bancaire. En outre, Paypal collabore déjà avec des enseignes physiques, comme McDonald’s en France, pour offrir le paiement en point de vente, et développe d’autres solutions comme Check In, à intégrer sur les systèmes de caisses des restaurateurs afin de permettre aux clients de commander et de payer à l’aide de leur téléphone mobile à l’intérieur même du restaurant évitant ainsi l’attente.

Actuellement, Paypal se rapproche de nombreux commerçants afin d’élaborer avec eux de nouveaux parcours clients (paiement en cabine d’essayage pour le prêt-à-porter…). C’est ainsi qu’il peut offrir des solutions techniques qui font converger commerce physique et commerce en ligne, au bénéfice des marchands comme des clients.

Interbancarité introuvable

C’est un peu l’objectif du groupe BPCE avec S-Money, un porte-monnaie électronique (prépayé, il doit donc être chargé avant paiement) diffusé dans quatre villes depuis octobre 2012 qui a convaincu 500 commerçants et près de 10.000 utilisateurs. S-Money permettra de payer en points de vente ou en ligne et de transférer de l’argent entre particuliers. Sa généralisation à tout le territoire est prévue courant 2013. Là encore se pose la question de l’enrôlement des utilisateurs comme des commerçants.

Malgré son ancienneté puisqu’il a déjà 18 mois, Kwixo, le wallet du Crédit Agricole, n'a pas atteint la taille critique avec 310.000 utilisateurs et 800 commerçants. Cette solution a été examinée par les autres banques françaises afin d’en faire le wallet interbancaire de la place, mais son modèle « trois coins* », insuffisamment ouvert, l’en a empêché. La masse critique n’étant pas atteinte, Crédit Agricole envisagerait de céder Kwixo à Mastercard dont l’offre PayPass Wallet est en mesure d’intégrer d’autres wallets. Autre tentative de solution de place, BNP Paribas, Société Générale et La Banque Postale travaillent ensemble sur un wallet bancaire qui devrait sortir cette année.

Il y a urgence, selon Martina Weimert vice-présidente services financiers de Capgemini Consulting : « Après 2013, il sera trop tard ! PayPal, Google Wallet, Amazon Payments et Apple Passbook se développent et plus de 285 ‘wallets’ sont en préparation dans le monde afin d’accompagner la croissance de l’e- et du m-commerce. En France, cette hausse a atteint plus de 20 % en 2012. Il faut faire vite pour rester dans la course. Ne pouvant investir dans toutes les technologies, les banques ont intérêt à se concentrer sur le paiement mobile version ‘cloud’ (fonctionnant à partir d'un compte de paiement électronique, NDLR) et à l’enrichir avec d’autres services autour de leur relation client et l’exploitation des données pour bâtir un modèle économique viable. » D’autres l’ont bien compris et n’ont pas attendu.

Les opérateurs mobiles Orange, SFR et Bouygues Télécom, alliés à Atos, se sont ainsi positionnés avec Buyster dont le niveau compte désormais 450 e-commerçants. Pour augmenter le nombre d’utilisateurs, Buyster mise sur la communication de ses actionnaires et sur des opérations de cobranding (comarquage) réalisées avec certains marchands (réduction en cas d’achat avec Buyster) comme Price Minister, et bientôt avec Kiabi. Il développe de nouveaux cas d’usage comme l’achat de places de cinéma avec CGR, d’assurance des loisirs AssurSport et AssurSki, le rechargement de cartes de cantine avec Sodexo ou le paiement en fast-food. 20 % à 25 % des transactions sont d’ores et déjà réalisées sur mobile. En outre, SFR a lancé en septembre SFR PayCard, carte prépayée rechargeable sans contact en partenariat avec Mastercard : c’est une première étape avant son intégration sur mobile et sa transformation en porte-monnaie électronique. Et un de plus !

La grande distribution aussi

Le commerce n’est pas en reste. La grande distribution tente d’ailleurs de multiples expériences à l’image de Banque Accord, la filiale d’Auchan qui teste le paiement biométrique (empreinte digitale, réseau veineux du doigt) à Villeneuve d’Ascq et à Angoulême et s’apprête à lancer Flash’n Pay, un wallet mobile que la banque veut ouvrir aux autres acteurs de la distribution. Basé sur une application mobile gratuite, il intègre autant de moyens de paiement que le souhaite le client et gère également les coupons de réduction et autres offres fidélisantes proposées par les enseignes. Flash’n Pay a pour ambition de devenir un standard du marché. Parallèlement, Casino a testé des murs de shopping permettant aux consommateurs de flasher des produits à l’aide de leur mobile pour les commander en ligne (NFC ou QR Codes**) mais l’enseigne n’a pas encore fait de choix sur les moyens de paiement associés.

Cette guerre des wallets ne doit pas occulter les autres innovations en cours. L’intégration du Sepa (Single Euro Payments Area) avance un peu plus vite depuis que les dates-butoirs (1er février 2014) ont été fixées par l’Europe. Le « Sepamail », paiement par virement Sepa à partir de l’internet bancaire, est en cours de test par les banques françaises et quelques facturiers. Autre initiative similaire, la Bred (groupe BPCE) participe au pilote MyBank avec une cinquantaine d’autres banques européennes, l’idée étant de payer ses achats en ligne par l’intermédiaire du site web de sa banque. Surtout, le SDD (Sepa Direct Debit ou prélèvement) commence à émerger.

De nombreux appels d’offres de grandes entreprises sont en cours. Slimpay, établissement de paiement spécialisé dans le SDD avec 100.000 transactions gérées par mois sur 600.000, a déjà convaincu une cinquantaine de sociétés dont Price Minister, Club Med Gym et, plus récemment, Sanef pour la vente en ligne de badges Liber-T ou encore SFR pour son offre de télésurveillance. Progressivement, ces paiements alternatifs émergent, offrant de nouvelles expériences aux clients qui se laisseront peut-être séduire. La course à la taille critique ne fait que commencer. 

*Modèle de paiement privatif, l’émetteur gère les relations avec les utilisateurs et avec les marchands, contrairement au modèle « quatre coins » dans lequel les émetteurs reconnaissent mutuellement leurs moyens de paiements.

**Quick Response Code, technologie utilisant les codes-barres à deux dimensions.

A lire aussi