Le paiement mobile en effervescence

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Outre le paiement sans contact déployé à Nice, de multiples technologies et méthodes de paiement utilisant le téléphone portable émergent.

Le paiement mobile est pluriel. Le téléphone mobile peut être un moyen de régler ses achats dans les magasins équipés de terminaux de paiement adaptés, mais il peut aussi donner accès au paiement sur internet à travers une déclinaison spécifique pour le web mobile et permettre également le transfert d’argent entre particuliers dans un cadre domestique ou international. Conscients de cet état de fait, Visa et MasterCard multiplient les partenariats pour offrir des solutions de toutes sortes aux quatre coins du monde. « Il existe aujourd’hui autant de modèles possibles que de projets avec différentes composantes et différents acteurs, qui doivent d’abord identifier leurs objectifs et leurs rôles respectifs, se mettre d’accord sur le partage de la relation client et savoir quels services proposer à quels clients, estime François Gandon, directeur marketing de MasterCard en France. Le paiement et les services mobiles amènent à une réflexion plus large sur la chaîne de valeur dans laquelle MasterCard a un rôle essentiel à jouer, et c’est un domaine dans lequel nous souhaitons être leader. » C’est ainsi que les acteurs du paiement - banques, processeurs, fournisseurs de terminaux de paiement, créateurs de nouvelles technologies - s’allient ou se font concurrence au gré des projets, dont certains viennent d’ailleurs d’entreprises dont ce n’est pas le métier.

En France, le paiement mobile sans contact ou NFC (near field communication) est déployé à Nice depuis plus d’un an pour payer son café, son journal ou ses timbres en point de vente jusqu’à 20 euros, sans avoir à composer de code confidentiel. Ce n’est pas le seul système mais c’est le plus exposé. Bien que toutes les grandes banques françaises participent à l’aventure du sans contact à Nice, sous la marque Cityzi, seules deux d’entre elles proposent réellement de payer avec un téléphone mobile, BNP Paribas et Crédit Mutuel CIC, les autres ont privilégié l’usage de la carte sans contact présentée comme moyen d’accoutumer les consommateurs au « sans contact ». Dans ce modèle privilégiant la sécurité, le paiement mobile NFC repose sur un accord entre la banque et l’opérateur mobile qui héberge l’application de paiement et les coordonnées de la carte bancaire dans la carte SIM du téléphone. Les deux fournisseurs doivent donc régler la question du modèle économique et du partage de la relation client pour être en mesure de proposer quelque chose de viable.

Rythme bancaire

Le Crédit Mutuel, engagé dans des pilotes depuis 2006 à Strasbourg et depuis 2007 à Caen, est un acteur moteur sur le sujet. Son expérience l’a mené à opter pour un système universel, accessible aux cartes Visa et MasterCard, et à nouer des partenariats avec la grande distribution pour tester la solution - par exemple à Marseille avec le groupe Casino ou en région parisienne avec Disneyland. Des prototypes mis au point avec Ingénico sur les distributeurs automatiques sont aussi en cours de test dans les locaux de la banque. Selon elle, la technique est éprouvée, les consommateurs et les commerçants (1.800 équipés de terminaux sans contact à Strasbourg, les parcmètres bientôt également) semblent satisfaits. Il reste à diffuser des téléphones compatibles NFC pour créer un effet de masse. Les opérateurs mobiles se sont d’ailleurs engagés à mettre sur le marché français un million de ces téléphones dès cette année, et le modèle Cityzi (services sans contact) présent à Nice devrait être déployé dans huit autres villes, dont Paris. Entretemps, le groupe BPCE annonce un autre pilote de paiement mobile NFC dans deux villes dès l’automne, avec Visa et Oberthur.

En dépit de leur lenteur, les banques prennent des initiatives. L’arrivée des géants de l’internet sur le marché des paiements a de quoi les secouer. Le lancement de Google Wallet à New York et San Francisco fin mai bouleverse les idées reçues. Déjà présent sur le paiement en ligne avec Google Check-Out, le géant du web va offrir une application de paiement NFC sur téléphone mobile avec un modèle économique radicalement différent car fondé sur la fidélisation à travers Google Offers, un programme à base d’offres promotionnelles capable de générer du trafic dans les points de vente référencés et pour lequel Google sera rémunéré. Le paiement mobile n’est plus qu’une facilité offerte aux consommateurs comme aux marchands pour accélérer le passage en caisse. « Si Google et Amazon, par exemple, s’intéressent désormais au paiement de proximité, c’est parce qu’il complète leur solution de paiement en ligne, expliquent Philippe Tescher et Christophe Spoerry, directeur et manager senior chez Exton Consulting. Cela leur permet d’étendre leur activité en créant des passerelles vers le monde réel et de devenir des pourvoyeurs de flux de clientèle aussi dans les points de vente physique, où s’opère encore la plus grande part du commerce. Ils peuvent de ce fait monétiser les données clients et toucher des commissions significatives. » Ainsi, c’est le modèle web qui rejoint la vie réelle.

Solutions web mobiles

Mais le paiement mobile existe aussi sous la forme d’un paiement à distance : c’est le paiement sur internet décliné pour les téléphones mobiles dotés d’un accès web, avec une ergonomie soignée et une sécurité assise sur l’authentification du porteur. Un mode de paiement favorisé par l’arrivée massive des smartphones. Dans ce monde du e-commerce qui devient donc le m-commerce, les banques restent les principaux fournisseurs de paiement via la carte bancaire, mais les possibilités s’étoffent. Outre PayPal, qui offre ses applications pour smartphones depuis 2010, les opérateurs mobiles se sont associés avec Atos pour lancer Buyster, une solution de paiement distant utilisable sur l’internet fixe comme sur l’internet mobile et dans laquelle le numéro de téléphone couplé à un code secret sert à l’authentification. Agréé en tant qu’établissement de paiement, Buyster sera lancé en septembre avec une vingtaine de commerçants en ligne importants acceptant ce mode de règlement en contrepartie d’une commission à parts fixe et variable. Plus récemment, le Crédit Agricole a présenté Kwixo, dispositif de paiement sur internet fixe ou mobile accessible par simple enregistrement des coordonnées bancaires. Comme PayPal, Kwixo ne nécessite pas d’alimenter un compte mais réalise les transferts de fonds théoriquement en temps réel. Créé à partir de FIA-Net, filiale spécialisés dans la sécurisation des transactions web, Kwixo est également agréé en tant qu’établissement de paiement, mais au Luxembourg, et bénéficie du passeport européen. Installé en France depuis deux ans, Paybyphone s’est spécialisé dans le paiement de petits montants par carte bancaire pour le stationnement, la location de vélo ou l’auto-partage à partir du téléphone mobile, même sans accès à internet. Un service accessible à Nice, Vannes, Calais et Issy-les-Moulineaux pour la France et dans 150 villes dans le monde, qui mise sur les collectivités locales pour se développer.

Systèmes en boucle fermée

A côté de ces moyens de paiement ouverts, il existe des systèmes en boucle fermée à l’image d’iTunes d’Apple qui permet d’acheter des contenus numériques en créant un compte dans lequel sont enregistrées les coordonnées bancaires. Idem pour Amazon : une fois authentifié, l’internaute (ou le mobinaute en l’occurrence) peut acheter en un clic. De nombreux sites ou enseignes ont opté pour cette méthode et se doivent, par conséquent, d’assurer la sécurité des coordonnées bancaires de leurs clients en étant au minimum certifié PCI-DSS (normes de sécurité pour la conservation des données cartes). D’autres préparent leur entrée sur le marché, à l’image de Facebook qui propose ses Facebook Credits tout en lorgnant sur le e-commerce et même sur le commerce physique, avec sa toute nouvelle filiale dédiée aux paiements. Le déploiement de nouveaux modes de paiement dépend ensuite de la capacité de ses promoteurs à convaincre des marchands de les accepter, en échange d’une audience minimale et d’une commission. C’est le modèle de Groupon qui, s’il n’est pas un moyen de paiement, est capable de monnayer auprès des commerçants un flux de clients ciblés contre une forte commission. Ainsi, plus un acteur compte de clients ou d’adhérents, plus il est susceptible de monnayer une audience et de créer son propre mode de paiement.

Enfin, le paiement mobile existe aussi entre particuliers. PayPal et Kwixo le proposent et c’est aussi ce qu’offrent des opérateurs télécoms comme Orange Money en Afrique, M-Pesa au Kenya, Telefonica en Amérique latine avec Mastercard qui a également lancé un service de ce type avec Russian Standard Bank en Russie. Plus présent dans les pays du Sud, le paiement en P2P pourrait séduire les personnes moins bancarisées des pays matures. 

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