Le paiement biométrique expérimenté pour vaincre les réticences

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

A Villeneuve d’Ascq et à Angoulême, plusieurs banques évaluent la perception de ce dispositif par les consommateurs et les commerçants.

Payer avec son doigt, c’est désormais possible ! A condition de faire partie des 1.500 testeurs recrutés pour l’expérimentation de ce paiement biométrique qui, débuté en octobre, durera jusqu’en mars 2013. En pratique, la biométrie sert à authentifier le porteur et remplace la saisie du code confidentiel. Dans ce projet, chaque testeur détient une carte bancaire contenant ses données biométriques, réseau veineux du doigt pour les natifs du Nord et empreinte digitale à Angoulême. Ces données sont captées en agence et immédiatement intégrées dans la puce de la carte. Celle-ci doit être glissée dans un étui comprenant une batterie et une antenne qui lui permettront de communiquer avec le terminal de paiement des commerçants. Pour effectuer une transaction auprès des lignes de caisses d’Auchan à Villeneuve d’Ascq ou d’une cinquantaine de petits commerçants angoumoisins, les consommateurs n’auront qu’à poser leur doigt sur un capteur qui comparera leurs données biométriques avec celles contenues dans leur carte bancaire, grâce à un protocole de communication à moyenne distance (1,5 mètre) qui permet les échanges en mode crypté sans avoir à présenter la carte. Si la correspondance est bonne, la transaction est autorisée et c’est un paiement carte classique qui s’opère naturellement. Ce dispositif a été conçu dans le cadre de l’interbancarité : toutes les banques qui le souhaitent pourront proposer le paiement biométrique à leurs clients porteurs de cartes ou commerçants, car les spécifications leur sont ouvertes et le GIE Cartes Bancaires a validé sa compatibilité avec le système de carte français.

L’intérêt de ce dispositif réside dans la sécurité renforcée qu’il offre puisque les données biométriques sont extrêmement difficiles à falsifier, le paiement ne peut être effectué que par la personne à qui appartient la carte et en présence de la carte. L’authentification est forte car elle s’effectue avec une personne et un objet. En outre, la sécurité est d’autant plus effective que, dans ce dispositif mis au point par Natural Security, entreprise française basée à Lille, les informations biométriques ne sont stockées sur aucune base de données et ne transitent sur aucun réseau. Elles sont conservées uniquement dans la carte que le porteur est le seul à manipuler. C’est l’une des raisons qui ont poussé la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) à autoriser cette expérimentation temporaire.

Mais qui peut y trouver une valeur ajoutée ? Les banques participantes, Banque Accord, Crédit Mutuel Arkéa, Crédit Agricole et BNP Paribas, voient là un élément de modernité et de simplicité séduisant pour les consommateurs comme pour les commerçants, en plus de cette sécurité renforcée qui permettrait de réduire la fraude. Néanmoins, la fraude sur les paiements de proximité est bien maîtrisée aujourd’hui. C’est plutôt sur les transactions en ligne que ce dispositif apporterait une réelle valeur ajoutée, car la fraude progresse presque continuellement. Dans ce cas, les clients devront s’équiper d’un capteur et le brancher sur leur ordinateur, ce qui reste coûteux et parfois complexe. Des tablettes ou des smartphones intégrant un capteur biométrique commencent toutefois à apparaître, ce qui faciliterait la diffusion de ce type de paiement.

Etablir un modèle économique

L’intérêt de l’authentification biométrique apparaît surtout dès que d’autres usages sont envisagés : la validation des paiements par les trésoriers d’entreprise, la signature électronique de contrats, pour le paiement sur télévision connectée ou sur console de jeux, l’ouverture de portes, le transport… Les idées ne manquent pas, Natural Security participe d’ailleurs à diverses expérimentations dans d’autres pays. Pour l’heure, le modèle économique de ce système n’est pas encore établi. Un capteur biométrique produit en petite série coûte autour de 25 euros pour l’instant. On peut imaginer que le prix pourrait baisser sur de plus grandes séries, mais c’est un coût supplémentaire qu’il faudra bien répercuter. Par ailleurs, la sécurité biométrique pose encore de nombreuses questions au grand public de plus en plus sensibilisé à la protection des données personnelles. L’absence de base de données devrait être un argument en faveur de la technologie de Natural Security, mais les réticences seront sûrement coriaces car la biométrie est souvent associée dans l’imaginaire collectif à un contrôle excessif sur les personnes. Cela peut évoluer : ce test a en effet pour objectif de comprendre les freins à son utilisation et à trouver les bonnes mesures pédagogiques d’accompagnement. Premier bilan prévu en avril.

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