Paiement à distance, les banques poussées à agir

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Accord commercial, rachat, sous-traitance : tous les moyens sont bons pour se positionner.

Présentation des douze offres bancaires sur support mobile de BNP Paribas le 23 novembre 2011. Photo : Denis/REA

Pas question pour la Commission européenne de laisser du répit aux banques, que ce soit au sujet des commissions interbancaires ou de leur position dominante dans les paiements par cartes, internet et mobiles. Les conclusions de son enquête à ce sujet doivent faire l’objet d’un Livre vert attendu le 7 décembre. « C’est la question même du ‘leadership’ des groupes bancaires qui est aujourd’hui posée face à l’arrivée des nouveaux établissements de paiement non bancaires (opérateurs télécoms, Google, distribution…) dont les compétences (technologie, téléphonie mobile) représentent des atouts certains sur le segment des moyens de paiement », rappelle l’étude Cartes et nouveaux moyens de paiement de Xerfi-Precepta. BNP Paribas l’a compris et s’est associé à Orange. Mais « il ne s’agit pas d’un accord exclusif », précise Delphine Ermotte-Cunci, directrice exécutive d’Orange France qui revendique 27 millions de clients, à comparer aux 6 millions de comptes de particuliers chez BNP Paribas (lire l’entretien).

Avec les douze services de son offre bancaire mobile, BNP Paribas espère séduire « des centaines de milliers de clients », voire des prospects. Il tirera des revenus de la distribution de smartphones et surtout des forfaits, pour les applications qu’il fournit. Côté investissements, « le principal poste réside dans la formation de nos 15.000 conseillers qui va se généraliser en 2012 », affirme François Villeroy de Galhau, responsable de son réseau France. Il est vrai que ses applications de mobile banking (mon coffre, mes comptes, etc.) existaient avant le partenariat avec Orange. Quant au paiement sans contact, il repose sur l’application Kix déjà disponible sur ses cartes.

Un service embryonnaire

Régler un achat sans introduire sa carte dans un terminal de paiement électronique (TPE) reste toutefois un usage embryonnaire (voir le tableau). Sur les huit smartphones BNP Paribas-Orange, trois seulement sont équipés de la technologie NFC (near field communication) sur laquelle il repose. Ensuite, il faut se trouver face à un TPE lui-même équipé. Bien sûr, les divers tests de cartes sans contact auxquels participent les banques françaises depuis des années, ainsi que ceux de paiements mobiles sans contact, sous label Cityzi, permettent d’élargir le réseau d’acceptation. Déjà disponible à Nice et Strasbourg, Cityzi doit d’ailleurs être étendu à Marseille, puis Caen, Lille et Bordeaux l’an prochain. Mais« nous anticipons un peu, admet François Villeroy de Galhau. Nous sommes persuadés qu’un basculement aura lieu sous trois à cinq ans. Orange évalue à un million les téléphones NFC vendus en 2012. Les magasins Carrefour et Leroy Merlin équipent maintenant leurs caisses de cette technologie, et à compter du 1erjanvier, tous les renouvellements de TPE par BNP Paribas incluront le sans contact. » Fin 2012, 12.000 à 15.000 TPE de son parc (environ 25 %) pourraient ainsi être compatibles NFC. Si cet équipement est essentiel, l’alliance à un opérateur qui inclut le NFC dans sa carte SIM n’est en revanche pas une obligation pour les banques.

BPCE et Crédit Agricole expérimentent pour leur part la carte Micro SD de Visa Europe, qui s’ajoute au téléphone. Cela induit un autre modèle puisque la banque reste autonome par rapport aux opérateurs et aux constructeurs. Elle peut même aller plus loin en devenant opérateur mobile virtuel. Crédit Mutuel-CIC a fait ce choix en prenant 90 % de NRJ Mobile qui a passé, sous différentes marques, le million d’abonnés. Le mutualiste garde toutefois le silence sur une éventuelle convergence entre banque et mobile, alors que 88,5 % de ses contacts clients s’établissent déjà à distance. Pour l’heure, ses clients bancaires et mobiles peuvent gérer leurs comptes par internet mobile, voire, lorsque cela est possible, payer sans contact. BNP Paribas a la certitude que cette technologie aura « un effet sur le règlement de petits montants, d’autant plus important que la commission d’interchange (versée par les commerçants, NDLR) est remise en cause, explique François Villeroy de Galhau. La part des paiements en espèces va se réduire. » Et avec eux, les coûts du traitement de l’argent liquide.

L’offre de BNP Paribas-Orange inclut par ailleurs le transfert d’argent de mobile à mobile entre particuliers, même si le destinataire n’est pas client de la banque. Ce genre de service, également conçu pour remplacer les transactions de petits montants cash et chèque, est déjà proposé par Crédit Mutuel Arkéa, avec Pay2you, et par Fianet Europe (filiale de Crédit Agricole) avec Kwixo. Le premier, lancé en 2009 pour les seuls clients de la banque, a désormais une vocation élargie et devrait de nouveau faire parler de lui avec le lancement du paiement par internet. Son ambition : rallier un million d’utilisateurs d’ici à trois ans. Le second est à l’origine une start-up qui s’est lancée avec deux services autour des sites internet marchands, avant de proposer en 2006 un système de paiement à réception pour les internautes, tout en assurant l’avance de trésorerie aux commerçants. Pour cela, Fianet Europe a alors conclu un accord avec Sofinco (Crédit Agricole). En avril dernier, la société, 100 % Crédit Agricole depuis 2008, obtient son agrément d’établissement de paiement au Luxembourg et, en juin, lance Kwixo - « le paiement ‘so quick’ (qui) évoque la rapidité, la technologie, le dynamisme et la convivialité », relève l’agence Nomen, créatrice de la marque. « Les caisses régionales du Crédit Agricole ont souhaité réagir à la croissance de Paypal en France, indique Christophe Nepveux, directeur général de Fianet Europe. Kwixo permet les transferts d’argent entre particuliers, sans ouverture de compte, ainsi que les paiements sur internet avec un identifiant et un mot de passe après avoir enregistré son numéro de carte bancaire auprès de Kwixo qui le mémorise et le conserve de manière sécurisée, sans les transmettre au site marchand. »

Crédit Agricole en avance

Ainsi, 120.000 clients ont adopté Kwixo, s’ajoutant aux 600.000 qui avaient utilisé la précédente solution de FiaNet Europe. Un tiers de ses revenus vient des transferts entre particuliers, les deux tiers, des paiements sur internet. « Nous touchons une commission sur les achats. Notre panier moyen est déjà trois fois supérieur à celui de la Fevad (Fédération de la vente à distance, NDLR) : 268 euros contre 91 euros, se flatte Christophe Nepveux. Le point mort devrait être atteint sous quatre ans. A horizon 2015, nous estimons à 4 ou 5 millions le nombre de nos clients, grâce au rôle prescripteur des caisses régionales, au développement des achats sur internet et à l’usage du paiement internet lui-même. » Au premier semestre, l’e-commerce a dépassé les 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une croissance de 20 % par rapport aux six premiers mois de 2010, selon la Fevad. Le groupe Crédit Agricole, avec ses 17 millions de cartes émises, compte bien garder sa longueur d’avance. Outre les transferts d’argent rendus gratuits et un projet d’expansion au Luxembourg, Kwixo devrait développer son utilisation par téléphone. Car « on est en train de passer de la génération Y - celle des 18-38 ans dont le premier réflexe est d’aller sur internet pour tout achat - à la génération M qui passe par son ‘smartphone’ ou sa tablette », souligne Christophe Nepveux. La mutation des paiements à distance mène ainsi les banques à créer de nouvelles formes de partenariats ou à conclure des acquisitions ciblées. Tous les maillons du système en place veulent d’ailleurs tirer leur épingle du jeu. Le Groupement des Cartes Bancaires, qui a organisé l’interbancarité, cherche ainsi à promouvoir un service de paiement mobile et par internet, « I-CB ». Mais ses 136 établissements membres ne sont pas unanimes, les grands groupes gardant plusieurs fers au feu.

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