L’avis de… Philippe Picagne, responsable de la recherche assurance chez CreditSights

« On peut s’attendre à une dégradation de la solvabilité des assureurs européens »

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment analysez-vous l’exposition des assureurs aux dettes souveraines ?

En absolu, leurs actifs reflètent leurs passifs. En d’autres termes, quand ils ont une filiale dans un pays, ils investissent dans les obligations de ce pays, notamment pour servir de bons rendements aux détenteurs d’assurance-vie. A cet égard, plusieurs acteurs sont manifestement exposés aux pays à risque de la zone euro, ce qui explique qu’ils souffrent. Toutefois, pour nuancer la situation, les assureurs résistent plutôt bien car ils n’ont pas d’exposition directe à l’activité économique de ces pays. Certes, c’est un souci mais ce n’est pas un problème vital.

Que se passerait-il en cas de contagion à d’autres pays périphériques ?

Je ne crois pas à ce scénario. Toutefois, il y a un risque sur leurs expositions aux institutions financières. Globalement, les assureurs détiennent 40 % d’obligations d’institutions financières dans leur portefeuille d’obligations d’entreprise. Or en raison de l’écartement des spreads, ils devront passer des moins-values sur leur portefeuille obligataire, ce qui va affecter leur solvabilité et leurs fonds propres.

Comment seront affectés leurs résultats 2011 ?

L’assurance-vie en Europe connaît une situation très difficile, avec une baisse significative de la demande pour les produits d’épargne. Or c’est leur cœur de métier. Sur cette activité, on constate une baisse à la fois des volumes et des marges. En parallèle, nous allons voir une baisse de leurs fonds propres car, en vertu des normes IFRS, leurs actifs sont comptabilisés en valeur de marché, ce qui vient affecter les capitaux propres. On peut donc s’attendre à une dégradation des fonds propres et donc de la solvabilité. Seule bonne nouvelle, en assurance-dommages, on constate une nette amélioration du ratio combiné, portée par les hausses tarifaires et une moindre sinistralité sur le front des catastrophes naturelles. Cependant, les marges restent globalement faibles.

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