Entretien avec... Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève

« On ne peut pas avoir de monnaie unique sans supervision unique »

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

La « dénationalisation » de la supervision bancaire est-elle une réponse à la crise de l’euro ?

L’absence d’une autorité unique de résolution et de supervision était une des erreurs de construction de la zone euro. La Banque centrale européenne (BCE) ne peut injecter des sommes considérables dans des institutions dont elle n’a pas une connaissance intime. On ne peut pas avoir de monnaie unique sans supervision unique. Mais ce qui a été proposé avec la supervision intégrée sous le contrôle de la BCE est juste un pas dans la bonne direction. C’est une version « light ». On maintient les autorités nationales. Mon impression est qu’on n’en a pas réellement fait des filiales du superviseur européen. Ensuite, avoir la supervision sans la résolution n’est pas suffisant. Le rôle d’un superviseur est de dire : hélas, il faut fermer telle banque. Or ici, on laisse cette tâche aux autorités nationales qui sont elles-mêmes sous pression de leurs banques. Le choix qui a été fait souligne la vigueur de la résistance des lobbys bancaires. Cette proposition incomplète nous laisse dans une situation précaire.

Fallait-il choisir la BCE pour devenir le superviseur central ou créer une autre institution ?

Que ce soit la BCE ou pas est une question secondaire. L’important est d’avoir à terme une autorité de résolution européenne qui peut être ou ne pas être le superviseur et qui soit lié à un organisme qui garantit les dépôts bancaires. Cela pourrait être le Mécanisme européen de stabilité, si on lui donnait des compétences pour la résolution. Espérons que la supervision européenne créera un peu de dynamique et une évolution dans les années à venir vers une résolution européenne. Sinon, il faudra attendre une nouvelle crise pour avancer.

La BCE ne court-elle pas elle aussi le risque d’être à son tour captive des banques qu’elle supervise ?

On ne peut jamais être sûre qu’une autorité ne soit pas captive de puissants intérêts mais la BCE est la moins susceptible de l’être. En Europe, toutes les institutions sont soumises directement aux politiques. La seule indépendante du politique est la BCE. Parce qu’elle est la plus éloignée des intérêts particuliers, elle est la mieux placée pour devenir l’autorité de supervision, même si ce n’est pas idéal.

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