Oikocredit, la microfinance franchit une nouvelle étape

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

La coopérative de microfinance présente dans l’Hexagone depuis près de quarante ans prépare un nouveau produit pour séduire plus d'investisseurs.

Nous voulons changer d’échelle. Notre but est de développer la levée de fonds en permettant à des investisseurs de nous rejoindre parce qu’ils adhèrent à notre modèle d’investissement patient, rentable, 100 % éthique et solidaire. » Voilà la mission de Gaël Marteau, directeur France d’Oikocredit, une coopérative internationale d’origine hollandaise dédiée à la microfinance et à l’entrepreneuriat social. Peu connu en France, Oikocredit abrite pourtant le deuxième plus gros fonds mondial dédié à ce secteur avec 533 millions d’euros prêtés ou investis auprès de 589 institutions de microfinance. Issue de la mouvance protestante, la coopérative a été créée en 1975 aux Pays-Bas et s’est développée ensuite en Allemagne, en Suède, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Canada. Il existe ainsi une trentaine d’associations de soutien implantées dans quinze pays. En 1983, elle s’installe en France avec la création de la première association de soutien en Franche-Comté, suivie de quatre autres pour couvrir tout le territoire. Elles emploient des bénévoles chargés de faire connaître Oikocredit et d’assurer une relation de proximité avec les investisseurs. Le Crédit Coopératif accompagne également Oikocredit dans son développement, mettant à sa disposition son statut bancaire. En 2008, évolution réglementaire oblige, un bureau local est installé à Paris pour assurer la distribution et l’administration des produits d’investissement.

Rémunération stable et régulière

Fin 2012, la coopérative comptait 1.500 investisseurs en France et 48.000 dans le monde, essentiellement des particuliers mais aussi des personnes morales (autour de 6.000). Depuis leur création, les associations françaises ont apporté 15 millions d’euros sur les 625 millions collectés au niveau mondial. Des chiffres encore modestes qui s’expliquent par la vocation sociale du placement, une nouveauté en France, et par la complexité de la procédure de souscription nécessitant des explications assez poussées, notamment sur l’origine religieuse de l’établissement. Avant de faire un chèque, les épargnants veulent des précisions. En réponse, les bénévoles mettent en avant une démarche laïque et avant tout éthique. « Nous présentons Oikocredit comme une coopérative à fonds privés qui n’a jamais fait perdre un centime à ses investisseurs ni à ses membres et qui sert une rémunération régulière de 2 % par an, détaille Marc-Henri Stroh, président de l’association Oikocredit IFO qui couvre la moitié ouest de la France. La discussion porte sur la microfinance, partie prenante de l’économie sociale et solidaire, très en vogue depuis quelques années. Oikocredit est d’ailleurs labellisé Finansol. » Le modèle concilie ainsi performances sociale et financière. « Le taux de 2 % de rémunération structure le modèle d’affaires d’Oikocredit, souligne Gaël Marteau, c’est ce qui permet d’encaisser les coups durs et d’accompagner nos partenaires dans la durée, et qui oblige en même temps à être rentable.  »

Les investisseurs sont ensuite fidélisés et informés sur l’emploi de leur argent. Outre des lettres régulières présentant l’activité d’Oikocredit ainsi que les institutions de microfinance partenaires et des micro-entrepreneurs ayant bénéficié de plusieurs prêts, des study tours sont organisés chaque année pour permettre aux bénévoles de constater directement les effets des investissements (Sénégal cette année, Costa Rica en 2014) et des roadshows permettent à des partenaires de se présenter. Les dirigeants de Manduvira, une coopérative agricole paraguayenne, ont par exemple sillonné de nombreux pays l’année dernière (L’Agefi Hebdo du 22 novembre 2012).

Quant au processus de souscription, il prend la forme d’achat de « depository receipts  » ou certificats d’investissement, émis par la fondation Oikocredit qui investit toute la collecte dans la coopérative du même nom. Les investisseurs sont donc des membres indirects de la coopérative. Le dispositif est peu familier donc le développement commercial est lent, mais Oikocredit discute actuellement avec un partenaire bancaire pour monter un produit différent qui rendrait sa commercialisation plus simple. Et Gaël Marteau de conclure : « Notre challenge, c’est le marketing. »

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