Entretien avec... Patrick Artus, chef économiste de Natixis

« Le NSFR est un ratio absurde »

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

En quoi le ratio à un an (NSFR) dénature-t-il le rôle des banques ?

Nous sommes en droit de nous demander à quoi serviront les banques si elles doivent financer leurs emplois à long terme par de la ressource de long terme. Elles n’auront plus d’utilité. Or c’est exactement ce que prévoit le ratio de liquidité à un an qui doit s’appliquer à partir de 2018. C’est absurde. De tout temps, le rôle des banques a été de transformer de l’épargne liquide en financements longs de l’économie, de transformer la ressource courte en emplois longs. Et absolument pas d’adosser des financements à long terme à de la ressource longue.

Quelles conséquences pourraient avoir ce ratio sur le financement de l’économie ?

Pour respecter ce ratio, les banques de la zone euro vont devoir émettre des montants colossaux de titres longs. Les premières estimations portent sur un volume de 1.800 milliards d’euros. Les banques vont donc se trouver confronter à un net renchérissement de leurs coûts de refinancement qui se répercutera naturellement sur les taux d’intérêt des crédits accordés aux entreprises. Pour boucler leurs besoins de financement, il faudra aussi modifier les canaux d’épargne, c’est-à-dire par exemple amener les ménages à investir une partie de leur assurance-vie dans les émissions bancaires. Une autre conséquence pour les banques sera de s’engager dans une course aux dépôts à terme en concurrence frontale avec les fonds d’investissement. Du côté des entreprises, il est à craindre un mouvement de désintermédiation et donc de « marchéisation » de leurs financements, à savoir un recours plus important à la titrisation ou, pourquoi pas, à un financement par le shadow banking (hors bilan, NDLR). En contradiction totale avec les objectifs de rerégulation financière.

Existe-t-il une alternative au ratio de liquidité à un an ?

Il faut maintenir le principe de transformation de l’épargne courte en financements longs. Et à partir de ce principe, on pourrait mettre en place des mécanismes d’assurance de la ressource courte des banques. Enfin, il ne faut pas oublier que la hausse des fonds propres des banques est aussi un bon moyen d’éviter les crises de liquidité.

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