Une nouvelle page pour les banques françaises

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Après leur transformation, les groupes bancaires doivent gagner en rentabilité.

Enseignes bancaires dans une rue de Montpellier en 2012. L’activité de banque de détail des établissements français commence à enregistrer une baisse de ses revenus.

Cela ne doit plus faire de doute. La publication des résultats trimestriels a été l’occasion pour les patrons des banques françaises de souligner qu’ils pourront répondre aux demandes du Comité de Bâle (et leur traduction européenne avec la directive CRD4 - capital requirements) en matière de solvabilité. « Ils se disent confiants dans leur capacité à faire face aux enjeux d’un environnement économique dégradé en zone euro et des nouvelles exigences réglementaires », souligne KPMG dans son étude « La performance des groupes bancaires français au 30 septembre 2012 » (voir les graphiques). Les quatre établissements objets de cette étude - BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole et Société Générale -

ont ainsi amélioré en moyenne leur ratio de Core Tier one (CT1) de 1,2 % sur l’année et confirmé leur objectif de dépasser, sans mesure transitoire, le CT1 en normes Bâle III de 9 % en 2013. BNP Paribas, qui a atteint avec trois mois d’avance son objectif de solvabilité, a même estimé que celui-ci se serait élevé à 9,5 % au 30 septembre. Aucun autre groupe n’a publié de simulation sur la base des critères de CRD4. Jean-Paul Chifflet, directeur général de Crédit Agricole SA (CASA), a d’ailleurs rappelé que certains éléments réglementaires ne seraient pris en compte qu’entre 2014 et 2016, mais a réaffirmé « l’objectif d’un Core Tier one supérieur à 10 % fin 2013 pour le groupe, en intégrant son statut d’‘importance systémique globale’, les régulateurs observant Crédit Agricole dans son ensemble (CASA et les caisses régionales NDLR) ».

Toute levée de capital étant écartée, les banques françaises augmentent leurs ratios de fonds propres en engrangeant du résultat, en procédant à des cessions et en optimisant les portefeuilles de leurs banques de financement et d’investissement (BFI) ou les actifs gérés en extinction. Ainsi, leurs performances sont certes en recul, mais elles ont limité les dégâts malgré une conjoncture défavorable. Leur produit net bancaire (PNB) affiche une baisse de 5 % par rapport au troisième trimestre 2011, à 91,3 milliards d’euros, les résultats nets de -6 %, à 8,7 milliards d’euros, selon l’étude de KPMG, mais la répartition des activités montre aussi la résilience des métiers cœurs qui compense en termes de résultats les nombreux éléments non récurrents (lire l’entretien page 20).

Une étape clé

Les établissements français sont focalisés depuis plusieurs trimestres sur leur stratégie de transformation : recentrage sur les métiers cœurs, réduction des risques pondérés, gestion prudente de la liquidité, recherche d’efficacité opérationnelle… BNP Paribas a pris le sujet a bras le corps : son objectif d’une réduction de 45 milliards d’euros des actifs pondérés de sa BFI à fin 2012 est atteint. Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale, décrit « une étape clé » dans la réduction de son bilan : l’achèvement du programme de cession de crédits de SG CIB (16 milliards d’euros depuis fin juin 2011), la réduction du portefeuille géré en extinction de 5,4 milliards depuis fin juin 2012, les accords de vente de Geniki en Grèce et de TCW aux Etats-Unis, et la poursuite de la rationalisation des activités non cœurs. Jean-Paul Chifflet souligne pour sa part que le recentrage de son groupe a été « plus rapide qu’annoncé ». Quant au groupe BPCE, à la tête duquel François Pérol vient d’être reconduit, il annonce une baisse de 52 % de ses actifs pondérés depuis juin 2009, à 14,3 milliards d’euros. Finalement, « les encours pondérés affichent une baisse significative de 118 milliards d’euros sur les neuf mois, relève KPMG, reflétant la dynamique de transformation engagée par tous les établissements ».

Dans le même temps, l’activité de banque de détail, qui représente l’essentiel du PNB des groupes français, commence à enregistrer une baisse de ses revenus, avec une forte concurrence sur les comptes et dépôts à terme ou les comptes sur livrets. KPMG estime que les encours de dépôts bilanciels progressent en moyenne de 6,6 % en France, tandis que chaque marché est prié de trouver ses propres ressources pour réduire les financements intragroupes, comme les branches de crédit à la consommation. Le cabinet d’audit explique que « les banques ont continué à renforcer la structure de leurs bilans, en cherchant notamment à augmenter la part de leurs ressources stables ». Dans ce cadre, BNP Paribas a indiqué que celles-ci représentaient déjà 110 % des besoins de financement de son activité clientèle, Société Générale a de son côté annoncé une hausse de 45 milliards d’euros sur neuf mois de l'excédent de ses ressources stables sur ses emplois long terme. « D’autre part, il convient de noter que les établissements français ont continué de développer l’accès à des financements complémentaires, observe KPMG, comme l’illustrent notamment les financements de Crédit Agricole SA à travers ses réseaux de proximité et ses filiales spécialisées qui lui ont permis de lever au 30 septembre près de 12,5 milliards d’euros complémentaires. » Pour le cabinet, « la hausse du refinancement court terme, particulièrement

marquée au troisième trimestre, traduit un retour de la confiance du marché vis-à-vis des grands groupes bancaires français : tous communiquent sur la hausse de leurs réserves de liquidités. » Alors que Société Générale a annoncé que ses actifs liquides disponibles représentaient 100 % de ses dettes à court terme, BNP Paribas, CASA et BPCE ont quant à eux chiffré leurs réserves de liquidité et d’actifs disponibles respectivement à hauteur de 239 milliards, 201 milliards et 150 milliards d’euros, représentant ainsi 114 % des ressources de trésorerie à court terme pour BNP Paribas, 151 % de l’endettement court terme total de CASA et 128 % de l’encours de refinancement court terme de BPCE. Par ailleurs, tous les groupes bancaires ont annoncé avoir réalisé à la date de publication de leurs résultats leur programme de financement à moyen et long terme de 2012, les émissions ayant même dépassé le montant initialement prévu afin de tirer parti des occasions sur le marché.

Coefficients d’exploitation dégradés

En ligne avec leurs objectifs, les groupes français doivent maintenant retrouver des leviers de rentabilité. En dehors de Société Générale, les autres groupes enregistrent une dégradation de leur coefficient d’exploitation : celui-ci s’établit en moyenne à 68,1 % au 30 septembre 2012 (contre 63,3 % sur la même période en 2011). Pour BNP Paribas (+7,1 %), cela traduit une progression des charges dans les réseaux internationaux avec des ouvertures d’agences dans le bassin méditerranéen ou l’augmentation des forces commerciales et l’ouverture d’une sixième agence dédiée à la banque privée rattachée à BancWest aux Etats-Unis. Le cas de CASA et BPCE est différent. « Malgré une bonne maîtrise des charges observée depuis quelques trimestres, le coefficient d’exploitation augmente de 9,1 % pour le premier et de 4,3 % pour le second, le recul des charges n’ayant pas permis de compenser celui des revenus », précise l’étude du cabinet d’audit. Natixis (groupe BPCE) a d’ailleurs engagé un nouveau programme d’efficacité opérationnelle qui prévoit une réduction de ses charges de plus de 300 millions d’euros d’ici à fin 2014 (lire page 21). De fait, le contexte n'est pas favorable. Pourtant, les banques doivent passer à un nouveau chapitre de leur histoire. BNP Paribas et BPCE vont le dévoiler l'an prochain, avec de nouveaux plans stratégiques.

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