L'homme clé - Jacques Richier, PDG d’Allianz France

« Nous voulons faire des entreprises une place forte de la compagnie »

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Depuis la rentrée, Jacques Richier fait porter la bonne parole aux 11.800 collaborateurs d’Allianz France. Il s’agit que chacun connaisse les enjeux de son nouveau plan stratégique 2012-2015, baptisé « Réussir notre croissance ». « En ce qui me concerne, j’ai fait trois réunions, dont celle avec les 600 ‘top managers’ », explique le PDG, confortablement assis dans la salle de réception situé au 7e

étage du siège de la rue de Richelieu à Paris.

Depuis son arrivée à l’été 2008 comme directeur général - il est devenu PDG le 1erjanvier 2010 à la suite du départ de Jean-Philippe Thierry -, Jacques Richier, 56 ans, a déjà piloté de profondes transformations : mise en place d’un nouveau modèle opérationnel, passage de la marque AGF à Allianz, fermeture de 4 sites sur 14, reconversion de 2.000 salariés et repositionnement des réseaux commerciaux et des agents généraux. « Ce plan de transformation nous a finalement aidés à être plus forts dans la crise que nous vivons actuellement, estime cet ingénieur de formation, qui a commencé sa carrière comme chercheur en biophysique à l’université de Berkeley (Californie), puis l’a poursuivie dans l’industrie pétrolière. Comme tous les assureurs, nous subissons la baisse des marchés financiers et la crise des dettes souveraines. Toutefois, avoir travaillé en amont sur la préservation de notre solvabilité - nous avons divisé par deux notre exposition aux actions entre 2008 et 2011 - nous permet d’êtres plus solides. » Les résultats à fin septembre en témoignent : son résultat opérationnel a progressé de 14 % à 620 millions d’euros, et son ratio combiné en assurance-dommages ressort à 96,1 % contre 102,9 % un an plus tôt, selon les chiffres publiés par le groupe Allianz.

Réductions de coûts

La mue d’Allianz France est toutefois loin d’être achevée. « On sait vivre avec la crise, mais nous devons poursuivre notre transformation », confirme-t-il. Transformer, c’est justement ce qui motive celui qui est tombé dans l’assurance par hasard en intégrant, en 1985, la compagnie Azur, un MBA de HEC en poche. L’homme est rompu à ce délicat exercice. Directeur général puis président de Swiss Life France de 2000 à 2008, il a déjà modernisé cette compagnie et changé son positionnement en l’orientant vers le marché de l’assurance-vie haut de gamme, avec le concept « d’assureur gestion privée ». Un savoir-faire qu’il applique désormais au sein d’Allianz France, sans toutefois vouloir révolutionner l’entreprise. « Nous allons travailler à la simplification de notre organisation pour ne pas être considérés comme une institution mais comme une société de services d’assurance et améliorer la proximité avec les clients », annonce-t-il.

Jacques Richier doit s’attaquer à un premier chantier de taille : la refonte de la gestion des sinistres. « Nous voulons baisser les coûts moyens et les coûts d’activités tout en améliorant la qualité de service, expose-t-il. Il s’agit pour nous d’un élément de compétitivité technique et marketing. 800 personnes travaillent sur la gestion des sinistres et elles sont toutes mobilisées sur ce projet qui vise à réaliser 100 millions d’euros d’économies par an d’ici à 2015. » Des économies, l’assureur entend également en dégager en poursuivant ses efforts en matière de réductions d’effectifs. « Les départs à la retraite ou les départs naturels seront remplacés partiellement, dit-il, refusant de dévoiler le nombre de postes concernés. Selon les fonctions et les types de postes, cela peut aller de un pour un à un pour quatre. C’est un enjeu en termes de relation client et de compétitivité. » Selon les syndicats, sur la période 2012-2015, 2.700 postes seraient ainsi concernés dont 1.200 pour les salariés administratifs et 1.500 pour les salariés commerciaux.

La simplification de l’entreprise doit également passer par une remise à plat des processus et, surtout, par la rénovation en profondeur de sa gamme de produits. « Nous voulons diviser par deux le nombre de produits que nous distribuons car nous avons une multitude d’offres en fonction des canaux de distribution, avec parfois des chevauchements », explique Jacques Richier. Autant de projets qui vont nécessiter de travailler en profondeur sur l’architecture informatique de la compagnie. « Notre informatique est issue de la fusion AGF, Athéna et Allianz, basée sur un modèle d’organisation par réseaux, souligne-t-il. Or nous avons changé de modèle et l’informatique doit être en cohérence avec notre nouvelle architecture organisationnelle. Nous commencerons cette refonte informatique par le volet gestion des sinistres. »

Renforcer le canal internet

Au-delà de la restructuration, Jacques Richier compte surtout accélérer la croissance de la compagnie. A cet égard, ses pistes de développement s’inscrivent en droite ligne du précédent plan. « Il faut être présent sur les particuliers pour consolider nos positions et nous devons surtout l’être sur les gisements de croissance que représentent les entreprises », résume-t-il, refusant cependant de révéler le moindre objectif chiffré. De fait, l’assureur a fait du marché des entreprises sa priorité, après plusieurs années consacrées au nettoyage de son portefeuille. « Nous voulons faire des entreprises une place forte de la compagnie, indique Jacques Richier. Nous estimons avoir l’expertise et la légitimité tant en dommages - où nous avons 9 % de parts de marché - qu’en assurance collective retraite où nous sommes numéro deux avec 17 % de parts de marché, qu’en santé et prévoyance où nous avons deux atouts : le marché français et les expatriés. Sur ces marchés, nous voyons une croissance de 5 % à 6 % par an. »

S’il reste plus discret sur ses objectifs, le patron d’Allianz France se montre tout aussi offensif en épargne et en assurance-vie. Sa feuille de route est très claire sur ce segment. « Nous voulons continuer de déplacer les flux du grand public vers les clients patrimoniaux, précise-t-il. Les forces commerciales doivent valoriser leurs compétences à la conquête des clients patrimoniaux, dans la logique de notre programme Allianz First. » Une offre dédiée aux professionnels et chefs d’entreprise dont la société réalise plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires, et aux particuliers dont les avoirs financiers dépassent 250.000 euros.

Ses ambitions sont toutefois plus mesurées auprès du grand public. L’heure n’est définitivement plus à la conquête mais à la fidélisation. « Nous ne voulons plus perdre de parts de marché en assurances automobile et habitation, prévient Jacques Richier. En revanche, en santé, nous gagnons des contrats. Sur ces produits, nous visons globalement la stabilité de notre activité, voire une légère croissance. » D’ores et déjà, la compagnie a visiblement réussi à enrayer la chute de ses parts de marché en assurance-dommages, un phénomène observé au cours des dernières années. « En auto, à la fin de l’année, nous ne serons pas loin de l’équilibre en termes de contrats, anticipe Jacques Richier. En habitation, nous travaillons à la refonte de notre produit pour retrouver de la compétitivité. Ce produit, prévu pour 2012, sera une offre modulaire et pourra être souscrit en ligne à l’instar de notre offre santé Allianz Composio. » De fait, Jacques Richier entend accélérer la montée en puissance de souscriptions en ligne, souhaitant « digitaliser » son entreprise. Un virage déjà entrepris avec le développement du site Allianz.fr, le lancement d’eAllianz, une offre d’assurance auto disponible sur le comparateur Assurland.com, et de la filiale 100 % Web AllSecure dédiée à l’assurance-dommages. En début d’année, Jacques Richier ne cachait d’ailleurs pas ses ambitions, se fixant un « objectif de 10 % à 15 % d’affaires nouvelles en assurance auto à horizon 2015 ». Une manière de poursuivre le rajeunissement de cette vieille maison de l’assurance française.

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