L’homme clé, Thierry Derez, président-directeur général de Covéa

« Nous allons travailler à la création d’une direction santé commune »

le 27/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Thierry Derez aborde l’année 2011 avec ambition. Le PDG de Covéa, société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam) qui fédère GMF, Maaf et MMA, déborde de projets pour élargir le périmètre de sa compagnie. Depuis plusieurs semaines, il est ainsi engagé dans des discussions avec l’institution de prévoyance Apgis (340 millions d’euros de cotisations fin 2009) en vue d’un rapprochement. « Nous avons ouvert des négociations exclusives qui doivent permettre d’aboutir à l’adhésion d’Apgis au sein de Covéa, annonce-t-il. Nous pensons pouvoir présenter un projet définitif fin février ou début mars. » L’opération ne devrait pas changer le profil de Covéa, numéro un français en assurance dommages avec 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 10 millions de sociétaires et clients. Elle lui permettrait toutefois d’ajouter une nouvelle corde à son arc. « C’est une bonne manière de regarder les sujets de la retraite et de la prévoyance, explique Thierry Derez. Il existe une vraie complémentarité avec les activités de Maaf. L’Agpis a un vrai savoir-faire en santé collective et Maaf peut apporter la puissance de son réseau pour les contrats de l’Apgis à destination des professionnels et des petites et moyennes entreprises. » Il s’agirait alors de la deuxième acquisition de Covéa en l’espace de quelques semaines. Début janvier, le groupe mutualiste a en effet déboursé 500.000 euros pour s’emparer du courtier en crédit immobilier Broker France afin de le rapprocher d’Empruntis, courtier en ligne dont il a pris le contrôle en 2008.

Autant d’opérations qui doivent permettre de parfaire la construction d’un groupe dont Thierry Derez, 53 ans, a été l’un des artisans avec Jean-Claude Seys, ancien président de Maaf et MMA et son prédécesseur à la tête de Covéa. Rien pourtant ne destinait cet ancien avocat, tombé dans l’assurance « par hasard », à une telle carrière. « Je ne serais peut-être pas dans l’assurance si je n’avais pas été à mon bureau un samedi de novembre 1993 », se souvient-il. A cette époque, Christian Sastre, alors PDG du groupe Azur, le contacte pour travailler sur quelques dossiers, puis sur le rapprochement entre Azur et GMF. Deux ans plus tard, en 1995, quand le même Christian Sastre l’appelle pour rejoindre GMF en qualité de directeur général adjoint, il n’hésite pas une seconde. Le début d’une ascension fulgurante. En 2001, il devient PDG de GMF avant de succéder à Christian Sastre au poste de PDG du groupe Azur-GMF en 2003. C’est sous son impulsion qu’en 2005 la compagnie rejoindra alors Covéa, créée deux ans plus tôt par Maaf et MMA. Progressivement, il succède alors à Jean-Claude Seys à la tête de Maaf (2005) puis de MMA (2007), avant de devenir seul maître à bord du navire Covéa en juin 2008.

Expansion géographique

Si la France reste son principal terrain de jeu, Thierry Derez a également plusieurs fers au feu au-delà de ses frontières. Pour l’heure, l’international demeure modeste dans l’activité du groupe, pesant entre 4 % et 5 % de son chiffre d’affaires. Covéa a déjà posé quelques jalons à l’étranger, étant présent au Luxembourg, au Canada, en Espagne (MMA et Maaf sont actionnaires de la compagnie Caser) et au Royaume-Uni avec MMA Insurance et le courtier Swinton, filiale de MMA depuis 2001. C’est d’ailleurs en Grande-Bretagne que le mutualiste pourrait prochainement renforcer ses positions, étant seul en lice pour la reprise de l’assureur automobile britannique Provident Insurance, filiale du groupe de services financiers GMAC, pour 70 millions de livres (82 millions d’euros). « Nous sommes en phase de finalisation de l’accord et nous espérons boucler le dossier courant février, indique Thierry Derez. L’activité de Provident Insurance est parfaitement complémentaire de celle que nous avons déjà et elle vient même combler un vide chez MMA Insurance dont la gestion des sinistres est déléguée, ce qui n’est pas souhaitable. Or, Provident a un très bon savoir-faire et de bonnes équipes sur la gestion des sinistres en assurance automobile. » L’assureur mutualiste pourrait ne pas s’arrêter en si bon chemin, puisqu’il s’est également porté candidat à la reprise de Banca Popolare di Milano Vita, la filiale d’assurance-vie de la banque italienne.

Performances de bonne facture

Thierry Derez réussira-t-il mieux que lors de ses précédentes tentatives ? A l’été 2008, Covéa avait déjà essayé de se donner une envergure européenne avec le projet d’adhésion de la mutuelle belge Ethias. Une initiative qui avait finalement échoué du fait de la crise financière, Ethias étant tombé dans le giron de l’Etat belge en raison de graves difficultés financières.

Rechercher des relais de croissance à l’étranger répond aux contraintes auxquelles doit faire face Covéa sur le marché français, où ses marges de manœuvre sont réduites. « En France, dans bien des branches d’assurance dommages, nous sommes au plafond en termes de parts de marché, analyse Thierry Derez. Or, il n’est pas question de dénaturer Maaf, MMA ou GMF pour réaliser une acquisition. » En outre, cette volonté d’expansion géographique doit lui permettre d’anticiper les nouvelles règles du jeu imposées par la directive européenne Solvabilité II qui offrira « une prime à la diversification et à la dispersion des risques », reconnaît-il.

Pourtant, la croissance externe n’est pas une idée fixe pour Thierry Derez. Pragmatique, le dirigeant avoue avoir « une démarche opportuniste » et avancer « au gré des dossiers, sans se précipiter ». « La croissance externe n’a aucun caractère vital pour le groupe, ce n’est pas existentiel, ajoute-t-il. Si l’international reste à 5 % de notre chiffre d’affaires, j’aurais sans doute des petits regrets. Mais l’essentiel est la bonne santé de Covéa. » A cet égard, Thierry Derez peut afficher une certaine satisfaction. Malgré un contexte économique difficile, son groupe a réalisé des performances de bonne facture en 2010. « D’un point de vue commercial, l’année est tout à fait convenable, souligne-il. Nous enregistrons 150.000 véhicules assurés supplémentaires et un gain de 200.000 nouveaux clients. Nous avons également connu de belles performances en assurance-vie (collecte de plus de 4,4 milliards d’euros, en hausse de 10 %, NDLR). Globalement, notre chiffre d’affaires a progressé de 4 % toutes branches confondues. » Il faudra toutefois attendre le printemps, et la publication des comptes détaillés, pour savoir si Covéa aura réussi à redresser une rentabilité en berne depuis deux ans. Ses bénéfices ont en effet chuté de 759 millions d’euros en 2007 à 245 millions d’euros en 2009, plombés par la recrudescence de la sinistralité. Or, l’exercice 2010 n’a pas été clément pour les assureurs français. « L’année écoulée a été marquée par de lourds événements climatiques, dont le coût est de 180 millions d’euros pour Covéa, et par l’alourdissement des ponctions fiscales avec l’‘exit tax’ (taxe de 10 % sur la réserve de capitalisation des compagnies, NDLR) qui coûtera 200 millions d’euros pour un groupe comme le nôtre, précise Thierry Derez. C’est un cocktail dont les ingrédients sont indigestes. »

Dans ce contexte difficile, le dirigeant va poursuivre ce qui fait la force de Covéa : la mise en commun de moyens. Après avoir mutualisé la réassurance, la gestion des sinistres (Covéa AIS) et la gestion d’actifs (Covéa Finance), il entend désormais s’attaquer à l’assurance santé. « Nous allons travailler à la création d’une direction santé commune aux trois enseignes, annonce-t-il. La décision va être prise dans les prochaines semaines pour une mise en œuvre courant 2011. » L’idée est simple : bénéficier des effets de taille pour améliorer l’efficacité du groupe. Un modèle qui fait de plus en plus d’adeptes sur le marché français, à l’instar du rapprochement entrepris par Macif, Maif et Matmut au sein de la Sgam Sferen ou, plus récemment, de celui de cinq assureurs dommages dans la réparation automobile (L’Agefi Hebdo du 13 janvier 2011). « Cela conforte nos choix, estime-t-il. La ligne de conduite de ces maisons paraît être de faire pièce à la position de Covéa. » Un groupe qui, s’il concrétise ses projets en cours, pourrait avoir encore une belle longueur d’avance sur ses concurrents. n

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