L’homme clé : Jérôme Grivet, directeur général de Crédit Agricole Assurances

« Notre résultat net doit progresser de 20 % à horizon 2014 »

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Jérôme Griver, directeur général de Crédit Agricole Assurances. Photo: Pierre Chiquelin

Jérôme Grivet sort du silence. Très discret depuis son arrivée le 1erdécembre à la tête de Crédit Agricole Assurances, en remplacement de Bernard Michel parti à la retraite, il enchaîne ce matin-là ses deux premiers rendez-vous individuels avec la presse. « J’ai l’habitude d’enchaîner les réunions, c’est un peu mon métier », dit-il, souriant, assis dans la salle de réunion attenante à son bureau avec vue imprenable sur Paris, à deux pas de la gare Montparnasse. Cependant, depuis qu’il a troqué sa casquette de banquier pour celle d’assureur, celui qui fut directeur général délégué de Crédit Agricole CIB (ex-Calyon) en pleine crise financière goûte à des journées bien moins agitées. « Dans ma vie antérieure, très liée à l’actualité, on ne savait pas toujours le matin quels allaient être les sujets de la journée », ironise Jérôme Grivet, 49 ans, également directeur général de Predica, filiale d’assurance de personnes de Crédit Agricole Assurances.

Depuis son intronisation, cet inspecteur des finances, ancien conseiller aux affaires européennes du Premier ministre Alain Juppé (1995-1997), n’a pas chômé. Novice dans l’assurance, son principal défi a été de se faire accepter par ses équipes. « Je suis arrivé dans une très bonne ambiance et j’ai trouvé des équipes bien organisées, très efficaces, qui ont été accueillantes et bienveillantes à l’égard du nouveau », s’amuse-t-il. Auparavant, il avait dû obtenir l’adoubement des caisses régionales, actionnaires majoritaires de Crédit Agricole SA (CASA), qui génèrent entre 80 % et 85 % du produit net bancaire (PNB) de Crédit Agricole Assurances. « Je rencontre les dirigeants des caisses régionales et du réseau LCL le plus fréquemment possible pour être à leur écoute, reconnaît-il, le regard fixé sur son interlocuteur. Ils vous renvoient des informations essentielles sur les besoins des clients mais également sur la distribution de nos produits. C’est donc très important d’être à leur contact. »

Cap sur l’offre dépendance

L’homme sait de quoi il parle. Membre du comité exécutif de CASA depuis 2004, Jérôme Grivet est un fin connaisseur du groupe. Mieux, ses treize années d’expérience dans le secteur bancaire lui ont été très utiles pour bien appréhender les enjeux de l’assurance. « Ayant travaillé dans les activités de banque de détail du Crédit Lyonnais, je suis familier des problématiques de distribution et d’animation des réseaux, explique cet énarque, diplômé de l’Essec et de l’Institut d’études politiques de Paris. De mon expérience chez Calyon, j’apporte ma compréhension des marchés financiers et des grandes problématiques macroéconomiques qui sont bien utiles pour comprendre l’assurance, en particulier l’assurance-vie. Et mon intérêt pour l’assurance ne cesse de s’intensifier. »

Il en aura bien besoin au regard des objectifs assignés à la compagnie d’assurances par sa maison mère dans le cadre du plan stratégique « Engagement 2014 ». Deuxième métier du groupe avec 30 milliards d’euros de primes en 2010, « l’assurance doit jouer un rôle d’accélérateur de la croissance », indique le directeur général. Sa feuille de route est claire : faire croître son PNB de 7 % à 9 % en moyenne par an et atteindre un résultat net part du groupe supérieur à 1,2 milliard d’euros d’ici à 2014, contre 995 millions d’euros en 2010. « Des objectifs ambitieux, reconnaît Jérôme Grivet. Dans le cadre de ce plan, notre résultat net doit progresser de 20 % à horizon 2014. Si on se contente de ce qu’il y a dans la cocotte, pour parler familièrement, on n’y arrivera pas. Il faut donc mettre en œuvre toute une série d’actions pour continuer à investir dans de nouvelles poches de croissance. » Celles-ci ont été clairement identifiées. Sa première priorité est d’accélérer le développement des activités de prévoyance, santé et retraite « à l’heure du désengagement des pouvoirs publics sur les régimes obligatoires », selon Jérôme Grivet. Avec une ambition : devenir l’acteur incontournable dans ces marchés. La route est encore longue. Avec 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2010, la santé et la prévoyance représentent entre 3 % et 5 % des revenus globaux de la compagnie. « Dans ces domaines, il y a des champs de développement intéressants pour nous, estime-t-il. Les produits existent déjà mais on pense que les besoins vont se développer. Il faut donc inventer de nouvelles offres combinant différents produits. » Il n’en dira pas plus. « On y travaille », précise-t-il sobrement, reconnaissant toutefois « être assez avancé sur l’offre dépendance dont le lancement est prévu début 2012 ».

Diversification

Se développer sur de nouveaux marchés constitue une bonne manière de réduire sa dépendance à l’assurance-vie, qui représente plus de 75 % des revenus de Crédit Agricole Assurances. « Sur nos 30 milliards d’euros de primes en 2010, la ‘non vie’ au sens large représente 17 % des primes encaissées, souligne-t-il, les mains en perpétuelle agitation comme pour appuyer son discours. L’idée n’est pas d’atteindre un équilibre à 50-50, car notre histoire a démarré avec l’assurance-vie et l’épargne. Mais nous avons la volonté d’augmenter les volumes sur tout ce qui n’est pas de l’épargne. » Outre la nécessité d’équilibrer ses sources de revenus, cette diversification est bienvenue alors que la directive Solvabilité II « donne un avantage aux groupes diversifiés », relève Jérôme Grivet.

Pour atteindre cet objectif, la compagnie entend à la fois « aider le développement des réseaux en étant un levier de conquête d’une clientèle nouvelle, ce qui nous pousse à imaginer de nouvelles offres », et « améliorer le taux d’équipement de nos clients en assurance », énumère le directeur général. Ce dernier enjeu est de taille car malgré le maillage géographique du groupe, « une proportion importante de clients bancaires détient des contrats d’assurance-vie à l’extérieur du groupe et c’est encore plus vrai en assurance dommages où le taux de détention est encore modeste, avoue Jérôme Grivet. Cet objectif de taux d’équipement doit donc être décliné produit par produit. Il ne s’agit pas de se fixer des objectifs quantitatifs. Ce doit d’abord être une démarche, un réflexe. » Le message a visiblement été entendu en ce début d’année. Au premier trimestre, ce sont les activités non vie en France qui ont dynamisé les performances commerciales de la compagnie, le chiffre d’affaires progressant de 26 % en automobile et de 25 % en habitation. « Nous avons bien résisté en épargne, mais ce sont les produits prévoyance et IARD qui ont connu une forte progression, rapporte-t-il. Nous sommes bien dans le schéma que nous avons en tête. »

Un schéma qu’il serait de bon ton de continuer à développer également au-delà des frontières. Fin 2010, les activités internationales représentaient seulement 16 % du chiffre d’affaires de Crédit Agricole Assurances. Las, à l’instar de tous les bancassureurs, la compagnie n’a pas les coudées franches pour s’ouvrir à de nouveaux terrains de jeu. « Nous n’avons pas de développement autonome, reconnaît-il, sans dévoiler le moindre objectif. Notre vocation est d’accompagner les réseaux bancaires à l’étranger mais également les filiales de services financiers spécialisés, présentes dans une quinzaine de pays en Europe. »

La compagnie ne s’interdit pas non plus de procéder à quelques acquisitions, à l’image du rachat en décembre 2010 d’Axeria Vie et April Patrimoine, rebaptisés Spirica et LifeSide Patrimoine début mai. L’assureur admet cependant ne pas avoir de politique délibérée en la matière. « Nous avons une approche opportuniste », affirme Jérôme Grivet, justifiant cette opération par la volonté de « comprendre les motivations, les leviers et les produits qui structurent les 38 % du marché de l’assurance-vie qui ne sont pas dans la bancassurance afin d’améliorer le service aux clients. » Des clients qui devraient faire l’objet d’une cour effrénée afin que la banque verte concrétise son ambition d’être un « leader de la banque universelle de proximité ».

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