La nomination d’Antony Jenkins ouvre une nouvelle ère pour Barclays

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Le nouveau directeur général de la banque britannique est très attendu sur ses nouvelles orientations en matière de banque d’investissement.

La nomination d’Antony Jenkins à la tête de Barclays le 30 août dernier a eu le mérite de combler un vide à la tête de l’établissement financier après le départ de Bob Diamond en juillet dernier, balayé par le scandale du taux interbancaire Libor. Sur le fond, le choix de ce professionnel a constitué une demi-surprise, son nom ayant été évoqué à maintes reprises.

Rationnel et réconfortant, selon les analystes, le choix d’Antony Jenkins, jusqu’alors en charge de la banque de détail et commerciale de Barclays et membre du comité exécutif depuis novembre 2009, marque une vraie rupture avec son prédécesseur, pur produit de la banque d’investissement. A la différence d’un Bob Diamond arrogant, cet amateur de musique de 51 ans a accepté une rémunération plus basse que son prédécesseur afin de ne pas heurter une opinion publique en délicatesse avec le monde de la finance : il percevra ainsi un salaire annuel de 1,1 million de livres (1,26 million d’euros) et aura droit à un bonus maximal de 2,75 millions de livres, ainsi qu'à un plan d'intéressement long terme d'un maximum de 4,4 millions.

A titre de comparaison, la rémunération globale de Bob Diamond s’était élevée l’an dernier à 16 millions de livres. Les analystes s’attendent aussi à un nouveau style de management : à la différence d’une supervision unique sous les ères successives de John Varley et Bob Diamond, Antony Jenkins devrait au contraire assurer une direction bicéphale concertée avec David Walker, le nouveau président du groupe qui prendra ses fonctions en novembre prochain. A son avantage aussi, une parfaite connaissance de l’entreprise : ce professionnel est entré chez Barclays comme stagiaire en 1983 et à l’exception de quelques années passées au sein de Citigroup, il y a réalisé la quasi-totalité de sa carrière. Son tableau de chasse est éloquent : les deux divisions qu’il supervisait jusqu’à présent, Barclaycard et les opérations de banque de détail et commercial au Royaume-Uni, sont les deux seules divisions à avoir atteint jusqu’à présent les objectifs de rentabilité fixés par l’équipe dirigeante précédente.

Son pedigree devrait donc permettre à Antony Jenkins d’entamer avec sérénité la transformation de la culture de Barclays. D’ores et déjà, le dirigeant s’est donné pour mission de restaurer la respectabilité de Barclays, éclaboussé par une série de scandales au cours des derniers mois. Du scandale des assurances emprunteurs (PPI) en passant par la vente d’instruments de couverture douteux à des petites et moyennes entreprises au Libor : tout y est passé. L’intronisation à effet immédiat d’Antony Jenkins s’est même accompagnée de la révélation d’un tout nouveau scandale, le Serious Fraud Office (SFO) ayant ouvert une enquête pénale sur les conditions de renflouement de la banque auprès d’un fonds souverain du Qatar en 2008.

Révolution en douceur

Sur sa stratégie à venir, le professionnel est resté en revanche beaucoup plus retenu, se contentant d’annoncer une révision à la baisse des objectifs de rendement de son prédécesseur, lesquels visent actuellement un rendement compris entre 13 % et 15 %. « Je vais m’engager à réaliser un rendement supérieur au coût des capitaux propres, lequel correspond actuellement à 11 % ou 11,5 % », a-t-il ainsi indiqué dans les colonnes du Financial Times. Une feuille de route, détaillant la stratégie du groupe sur les trois à cinq prochaines années, sera annoncée au cours du premier trimestre 2013. Si le modèle de la banque universelle devrait rester intact, les analystes questionnent en revanche le rééquilibrage attendu de la branche d’investissement, qui représente toujours la moitié des bénéfices imposables du groupe, au profit de la banque de détail et commerciale, contributrice d’environ un tiers des profits. « Nous pensons que Bâle III et les conditions de revenus de l’industrie rendent un retrait d’allocation du capital de la banque d’investissement inévitable, relève Jason Napier, analyste chez Deutsche Bank. Mais nous pensons que ce mouvement sera beaucoup plus progressif que révolutionnaire au sein de Barclays. » Avec Antony Jenkins à sa tête, Barclays pourrait donc entamer une véritable révolution en douceur.

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