Le néerlandais ING opère sa mue dans la douleur

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Mis au régime sec par la Commission européenne, le bancassureur se débat avec son plan de restructuration. De grosses opérations de cession patinent.

ING a toujours du mal à rugir. Après avoir englouti 10 milliards d’euros de fonds publics en 2008 au plus fort de la crise financière, l’enseigne au lion peine à mettre en œuvre la cure d’amaigrissement drastique imposée par la Commission européenne en échange de son sauvetage. Dans le cadre de ce programme de cessions visant à réduire sa taille de bilan de 45 %, le bancassureur néerlandais s’est notamment engagé à se séparer, d’ici à fin 2013, de son portefeuille d’assurances pour se recentrer à 100 % sur la banque. « Le marché se méfie d’ING, remarque Dirk Peeters, analyste chez KBC Securities à Bruxelles. Beaucoup d’incertitudes entourent encore le groupe. »

Après des cessions majeures (pôle d’assurance latino-américain, ING Direct USA, activités de leasing et d’immobilier), d’importantes opérations de désinvestissement, notamment en Europe, sont pour leur part au point mort. « Le processus de vente des activités d’assurance et de gestion d’actifs en Asie, un marché porteur, pourrait aller vite. Mais le désengagement du pôle assurance européen et l’introduction en Bourse des assurances aux Etats-Unis s’annoncent plus compliqués. ING n’a d’ailleurs toujours pas précisé quelle option il privilégiait en Europe (cotation ou vente, NDLR), souligne Dirk Peeters. En outre, le groupe n’est pas à l’abri de mauvaises surprises aux Etats-Unis où il a déjà dû passer une charge de 1,1 milliard d’euros sur son portefeuille d’assurance au quatrième trimestre. »

Se libérer des aides publiques

De son pôle d’assurance en Asie, mis en vente en début d’année après avoir renoncé à une introduction en Bourse, ING espère retirer jusqu’à 7 milliards de dollars. MetLife, AIA Group, Prudential Financial, KB Financial Group et la société Financière Manulife seraient intéressés, le coréen Kyobo Life et l’italien Generali également. ING chercherait à vendre en bloc, plutôt que par appartements. Ses activités en Chine et en Inde pourraient toutefois ne pas en faire partie, selon Bloomberg. La direction voudrait aussi se défaire de sa gestion d’actifs en Asie dès ce mois d’avril, ce qui permettrait au groupe de récupérer entre 500 millions et 1 milliard de dollars supplémentaires. Ces ventes sont cruciales pour ING car elles doivent lui permettre de se libérer du carcan des aides publiques.

Signe du retard dans le plan de désinvestissement, Jan Hommen, son PDG, a indiqué lors des résultats annuels en février que le groupe n’était pas sûr de pouvoir rembourser d’ici à mai les 3 milliards d’euros encore dus à l’Etat néerlandais - ce qu’il avait pourtant annoncé par le passé. Une autre incertitude porte sur ce qu’il restera à l’actionnaire après la vente des activités d’assurance nette des remboursements d’Etat. Cette année déjà, les petits porteurs sont priés de se serrer la ceinture. Malgré un bénéfice net plus que doublé pour 2011, à 5,8 milliards d’euros grâce à des plus-values des cessions, ING ne versera pas de dividende. La chute de 6 % des revenus bancaires et la crainte d’une nouvelle dégradation de la conjoncture après une charge de 980 millions d’euros sur la Grèce en 2011 incitent à l’extrême prudence. D’autant que la filiale de banque en ligne ING Direct a elle aussi souffert l’an dernier avec des profits en net repli.

Victoire juridique contre Bruxelles

Pour autant, le groupe ne désarme pas, notamment dans le bras de fer qui l’oppose à la Commission européenne. Début mars, ING a d’ailleurs gagné une première manche juridique. Le tribunal de première instance des communautés européennes a en effet reconnu que la réduction de la prime de remboursement accordée par La Haye en contrepartie d’un paiement anticipé ne constituait pas une aide d’Etat supplémentaire. En s’acquittant avant échéance de la moitié de sa dette, le groupe avait obtenu une remise de 2 milliards d’euros. Ce jugement favorable à ING n’a pas d’impact financier dans l’immédiat, mais pourrait lui permettre de renégocier le plan de restructuration et peut-être de conserver la Westland Utrecht Hypotheek Bank (prêts immobiliers), très rentable, mais dont les besoins de refinancement sont colossaux. Le bancassureur a déjà introduit deux requêtes supplémentaires devant le juge européen. L’une vise à annuler une série de mesures de restructuration jugées trop sévères. L’autre doit lui permettre de revenir sur le gel des tarifs imposés par Bruxelles.

Outre les exigences européennes, et le contexte économique peu porteur, ING doit aussi faire face à un environnement prudentiel plus restrictif. A l’image de ses principaux concurrents, le groupe défend le modèle de banque universelle. « Les autorités des Pays-Bas ont fait le choix du ‘ring fencing’, c’est-à-dire l’isolation des activités de banque de détail de celles de banque d’affaires (spéculatives) assez tôt dans la crise, mais le lobby bancaire retarde la mise en œuvre de ces règles », explique Ivan van de Cloot, économiste en chef du think-tank indépendant Itinera Institute, basé à Bruxelles. Comme en Grande-Bretagne, la nouvelle législation bancaire néerlandaise issue de la crise pousse à mobiliser plus de fonds propres pour les activités risquées, mais elle n’opère pas une véritable séparation des activités qui demeurent ainsi au sein d’une même entité légale. La porosité entre celles de marché et celles non risquées reste donc de mise. Mais déjà de nouveaux acteurs prennent place aux Pays-Bas (lire l’encadré). ING et ses concurrents traditionnels en banque de détail devront compter avec eux.

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