Les mutuelles de santé accélèrent leurs alliances à marche forcée

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

La multiplication des regroupements vise tout autant à répondre à des enjeux de compétitivité qu’à anticiper la mise en œuvre de la directive Solvabilité II.

Le secteur des mutuelles de santé est à l’aube d’un vaste mouvement de consolidation. Selon une étude du cabinet Sia Conseil, leur nombre devrait être réduit de moitié au cours des quatre prochaines années. « A horizon 2015, il ne devrait plus subsister que 250 mutuelles », prédit Thomas Rocafull, directeur associé au pôle services financiers de Sia Conseil. Le phénomène n’est pas nouveau. Année après année, le nombre de ces organismes relevant du livre II du Code de la Mutualité fond comme neige au soleil. Selon l’Autorité de contrôle prudentiel, on en dénombrait 719 fin 2010, contre 844 un an plus tôt et, surtout, 1.300 en 2005. « Depuis six ans, le nombre de mutuelles décroît à un rythme annuel moyen supérieur à 10 % », précise Thomas Rocafull.

Pressions concurrentielles

Cette tendance de fond à la concentration s’est encore accentuée depuis le début de l’année, comme l’illustre la fusion, en février, de Mutuelle de France-Sud et Mutuelles Santé Plus, baptisée Mutuelle de France Plus. Plus récemment, le 11 juillet, l’union mutualiste Adréa a entériné la fusion des huit mutuelles qui le composent depuis douze ans pour former un ensemble unique, baptisé Adréa Mutuelle, qui revendique le titre de troisième groupe français en santé avec plus de 700 millions d’euros de revenus. Sans aller jusqu’à la fusion, certains acteurs ont privilégié la voie des regroupements à l’image de l’union Harmonie Mutuelles (1,9 milliard d’euros de cotisation) ou d’Istya (3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires), créée en mai dernier et rassemblant cinq mutuelles de la fonction publique dont la MGEN. « Une dizaine de pôles se sont déjà constitués et pèsent aujourd’hui plus du tiers du marché de la santé », indique Thomas Rocafull.

Ces rapprochements visent en premier lieu à répondre à des enjeux concurrentiels de plus en plus forts. Porté par un taux de croissance de 20 % sur cinq ans selon Sia Conseil, le marché de la santé attise en effet la convoitise de tous les acteurs de l’assurance, notamment les assureurs traditionnels et les bancassureurs. Ces derniers, grâce à leur puissance de feu commerciale, ne cessent de gagner du terrain, même si les mutuelles de santé détiennent encore plus de 50 % de parts de marché. « Les mutuelles du livre II ont perdu 5 points de part de marché en dix ans », note cependant Thomas Rocafull. Pour des organismes qui, pour la plupart, sont de petite ou moyenne taille, la quête d’une taille critique s’avère donc, dans un tel contexte, indispensable pour lutter à armes égales. Or « l’assurance santé requiert de plus en plus de capitaux pour communiquer, vendre et développer les services », observe Thomas Rocafull. Rien d’étonnant donc à ce que certaines mutuelles se rapprochent d’assureurs traditionnels, à l’image de la SMIP qui a intégré le groupe Macif, de Smatis qui a noué un partenariat avec Axa afin de renforcer ses positions en assurances collectives ou, encore de La Mutuelle Générale qui travaille à la constitution d’une coentreprise avec La Banque Postale.

Besoin de fonds propres

 

En outre, les mutuelles de santé anticipent d’ores et déjà l’entrée en vigueur au 1erjanvier 2013 de la directive européenne Solvabilité II qui, en relevant les exigences en fonds propres, devrait avoir un impact considérable sur ces acteurs. En 2010, la Mutualité Française, instance représentative du secteur, estimait que la directive imposerait à ses membres un surcoût en capital de 2,7 milliards d’euros. « Etant très spécialisées, les mutuelles ne pourront pas profiter autant que les compagnies des facteurs de diversification des risques, estime en outre Thomas Rocafull. Pour exercer la même activité sur leur marché, elles auront besoin de davantage de fonds propres qu’un assureur généraliste. Enfin, le coût humain et technique de la mise en place de Solvabilité II est hors de portée des plus petites mutuelles. » Autant d’éléments qui plaident donc en faveur d’une concentration à marche forcée du secteur.

A lire aussi