Moyens de paiement

Un monde en pleine effervescence

le 01/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Encore peu visibles, les nouveaux outils de paiement pénètrent les usages des consommateurs et des marchands.

Un monde en pleine effervescence

Un bouillonnement créatif ! Le marché des paiements est en pleine effervescence et donne naissance presque chaque semaine à un dispositif permettant aux consommateurs de payer différemment et aux commerçants d’offrir de nouveaux services. A l’origine de ces innovations, des start-up mais aussi des entreprises plus mûres qui souhaitent offrir un complément de service à leurs clients, et même des banques désireuses de rester dans la course. Apparaissent toutes sortes de portefeuilles électroniques et autres dispositifs web ou mobiles, mais aussi de nombreuses nouveautés autour des cartes.

Difficile de s'imposer

Pour Christian Jain, président de Monext, « l’enjeu pour les nouveaux moyens de paiement réside dans la solidité de leur modèle économique. Les nouveaux entrants n’ont pas les mêmes moyens selon que ce sont de petites entreprises innovantes ou des sociétés qui se sont développées sur d’autres services avant de proposer le paiement comme complément de gamme ». Force est de constater que les établissements de paiement ont bien du mal à développer leur activité et que les modèles économiques sont toujours à l’épreuve.

Dans les activités d’acceptation et d’encaissement, s’imposer demeure très difficile. Afone Paiements a démarré la commercialisation de son offre d’encaissement il y a neuf mois et traité 30 millions d’euros et 1,5 million de transactions. Un niveau inférieur à ce qui était espéré mais les commerçants intéressés par cette offre à prix réduit ont du mal à franchir le pas, notamment en raison des pressions exercées par les banques. Rentabiliweb est aussi en retard dans la vente de Be2Bill, sa plate-forme d’acceptation de paiements en ligne dédiée aux e-marchands, mais maintient son objectif de traiter pour un milliard d’euros de transactions en 2013. Mieux, déjà membre du Groupement Cartes Bancaires, l’entreprise a désormais pour ambition de devenir un établissement de crédit pour accélérer sa progression. Plus modeste, Slimpay, le spécialiste du prélèvement Sepa* (SDD), affiche déjà une cinquantaine de clients et réalise 10 millions d’euros et 60.000 prélèvements chaque mois. Il a su développer un savoir-faire qui lui donne de l’avance sur ce marché et discute avec certaines banques qui pourraient distribuer son offre.

Les quelques entreprises qui ont créé leur établissement de paiement afin d’offrir à leurs clients un service plus complet poursuivent un développement raisonnable, tels FDI, qui gère le credit management pour le compte de ses clients entreprises exportatrices pour la plupart, ou ADP qui réalise les fiches de paie et calcule les cotisations sociales de ses PME clientes.

Connexion et enrichissement

Quant aux jeunes pousses innovantes, elles doivent montrer beaucoup de ténacité pour émerger. Aqoba, spécialiste des cartes à valeur ajoutée, lance régulièrement de nouveaux programmes comme Ameliste (carte Mastercard de liste de mariage), le dernier en date. Buyster, créé il y a un an par trois opérateurs de téléphonie (Orange, SFR et Bouygues Telecom)et par Atos, affiche désormais 350 marchands partenaires et monte en puissance auprès du grand public grâce à la communication de ses actionnaires, mais aussi à l’aide de campagnes publicitaires en partenariat avec des e-commerçants qui offrent un bon d’achat si l’internaute paie avec Buyster. Cards Off, qui sécurise le paiement en ligne, espère se développer grâce à la Galerie Idéale, une galerie marchande virtuelle, mais l’articulation entre les deux est-elle si évidente ?

En dehors des établissements de paiement agréés par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), de nouveaux moyens de paiement voient le jour en s’appuyant sur des acteurs comme Tunz, un émetteur de monnaie électronique belge récemment racheté par Ogone. Parmi ses utilisateurs, Limonetik avance pas à pas, permettant aux e-commerçants d’accepter des moyens de paiement privatifs (cartes, points de fidélité, cagnottes…) sans avoir à les intégrer complètement dans leurs sites. Un travail de connexion et d’enrichissement qui accélère et facilite le développement des moyens de paiement alternatifs. Les étudiants parisiens ont vu apparaître Skimm, un dispositif de paiement mobile par QR Code, accepté surtout en restauration rapide autour des universités, et dont le business model devrait évoluer vers la fourniture aux commerçants de services marketing fidélisants. Lemonway s’est lancé en juin comme solution de paiement totalement gratuite, y compris pour les commerçants, et compte 4.500 utilisateurs pour 500 transactions hebdomadaires. Tout nouveau, PayGreen propose de constituer un compte de points de fidélité lors d’achats sur une vingtaine de sites marchands, ces points pouvant être dépensés sur des sites vendant spécifiquement des produits écologiques, un cash-back vert en quelque sorte… Les nouveautés foisonnent mais restent utilisées par de petits groupes de consommateurs et doivent encore se bâtir de vrais réseaux d’acceptation sans lesquels leurs modèles ne pourront pas être pérennisés.

Les banques, de leur côté, poursuivent le déploiement progressif du paiement NFC (near field communication, carte ou mobile sans contact) sans véritable engouement populaire. En parallèle, quelques-unes ont choisi de lancer leur propre solution de paiement en ligne ou de paiement mobile, essayant de copier Paypal, mais sans connaître le même succès. Kwixo, la solution du Crédit Agricole agréée au Luxembourg, compte 800 commerçants partenaires et 280.000 utilisateurs… En revanche, Pay2You du Crédit Mutuel Arkéa, positionné sur les transactions entre particuliers, a été fermé. BNP Paribas propose également sa propre application de transfert d’argent sur mobile et BPCE déploie S-Money (porte-monnaie électronique sur mobile) dans quatre villes de province, avant la généralisation nationale en janvier 2013. Ces diverses tentatives sont plutôt limitées ; l’acteur le plus en pointe reste Paypal, en passe de devenir un moyen de paiement majeur sur mobile grâce à son ergonomie. Toutefois, son succès ne doit pas brouiller la vision du futur marché des paiements : « Aucun moyen de paiement nouveau n'en a encore remplacé un autre, estime Jean-Philippe Habran, responsable du business development chez Mastercard. Nous cherchons à équiper ceux qui n’ont pas encore de moyens de paiement électronique et à en créer d'autres, adaptés aux usages actuels des consommateurs, notamment sur mobile. En outre, les commerçants multiplient les canaux de distribution si bien que la séparation entre réel et virtuel s’estompe, intégrant le paiement. Les banques ont un rôle important à jouer dans la convergence des deux. »

Nouveaux modes d'achat

En effet, de nombreuses enseignes proposent de nouveaux parcours clients et y intègrent parfois le paiement. La grande distribution a déployé le concept Drive un peu partout en France, ce qui fait converger points de vente et commerce en ligne. Elle mise également sur les services NFC et diffuse des terminaux de paiement compatibles. Casino, par exemple, a créé un magasin tout NFC à Paris et met en place des murs de commande NFC sous format papier ou virtuel. McDonald va généraliser GoMcDo, la commande à distance et le paiement en restaurant par QR Code ou Paypal. L’innovation concerne aussi la carte bancaire : Auchan, Leroy Merlin et d’autres commerçants testent ainsi le paiement biométrique à Villeneuve d’Ascq et à Angoulême. Le porteur n’a plus besoin de sortir sa carte, il pose son doigt sur un capteur qui vérifie que son empreinte ou son réseau veineux correspondent bien aux données stockées sur la carte qui doit être située dans un rayon de 1,50 mètre. Le prépayé devrait aussi se développer, Moneo vient par exemple de lancer sa carte Moneo Resto, version dématérialisée des titres repas, qui s’ajoute à ses offres dédiées aux étudiants, aux collectivités locales et au monde sportif.

Nouvelles technologies, nouveaux usages, parcours clients transformés, services de fidélité plus attrayants… tous ces éléments influencent la façon dont les consommateurs perçoivent le paiement qui devra se faire plus fluide pour rester cohérent avec ces évolutions. Les banques ont donc intérêt à être parties prenantes de l’innovation et à proposer aux commerçants comme aux consommateurs de nouveaux dispositifs, quitte à s’allier entre elles ou avec d’autres acteurs, ce qu'elles font pour Sepamail.

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