DOSSIER Cash management

Mobilisation générale sur le Sepa

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Face au retard de nombre d'entreprises pour s'y préparer, banques et éditeurs multiplient les offres de services.

Mobilisation générale sur le Sepa

Les entreprises vont se retrouver en retard sur le Sepa*, et l’on dira évidemment que la faute en revient aux banques !

 », soupire un banquier. Virements et prélèvements devront, à partir du 1erfévrier 2014, s’effectuer selon les standards de l’Espace unique des paiements européens (Sepa) et les anciens processus ne seront plus acceptés. Or cette date butoir n’ayant été fixée qu’au printemps dernier, les sociétés, notamment petites et moyennes, commencent tout juste à s'y préparer et risquent d’être prises de court (L’Agefi Hebdo du 11 octobre). « Le délai de 14 mois restant avant la fin d’utilisation des virements et prélèvements nationaux constitue un véritable défi pour les entreprises puisque l’intégration d’un progiciel requiert généralement davantage de temps, sans compter les indisponibilités liées au gel informatique et 'closing' de fin d'année », indique Guillaume Petipas, responsable des offres cash managementchez Capgemini.

Résultat, banques et éditeurs s’emploient à proposer leur aide à leurs clients pour accélérer les chantiers. « Nous communiquons depuis plusieurs années sur le thème du Sepa mais depuis l’annonce des modalités de l’'end-date', nous pouvons le faire de façon plus précise et concrète, par exemple en organisant des événements dans notre réseau pour expliquer la migration et ce qu’elle implique pour l’entreprise, remarque Julien Niwinski, responsable ducash managementFrance chez BNP Paribas. Les grands groupes ont pleinement conscience de ce qui va se passer, ce qui n’était pas toujours le cas il y a un an. La date limite de bascule a généré une prise de conscience. Et le sujet Sepa se trouve désormais en haut de la pile des dossiers des trésoriers. En revanche, pour beaucoup d’entreprises plus petites, le sujet n’est pas mûr.»

Risque d'encombrement

Les banques tentent d’inciter les sociétés à anticiper les événements, en mettant l’accent sur le risque d’encombrement, à partir de la seconde moitié de 2013, des prestataires de services. « Nous avons écrit à toutes nos entreprises clientes pour les sensibiliser à la nécessité de se préparer, même quand leurs paiements sont uniquement nationaux, illustre Eric Flour, responsable marketing cash management chez Société Générale. Toute notre force de vente a été formée. Les travaux de passage au Sepa devront décoller début 2013 si l’on veut éviter un engorgement des banques à l’approche de la date limite. »

En parallèle, les banques étoffent leurs propres dispositifs car si elles sont dans l’ensemble capables de traiter les nouveaux paiements européens, toutes ne sont pas en mesure de le faire sur des volumes importants. « Certains établissements ont mené a minima leurs projets sur le virement en 2008 et le prélèvement en 2010, c’est-à-dire avec l’objectif de savoir recevoir et traiter les flux Sepa sans forcément pouvoir faire de même pour de forts volumes, observe Guillaume Petipas. A présent, ces établissements bancaires conduisent des projets pour, cette fois, assurer un objectif de performance, avec de forts volumes, d’ici à février 2014. »

Pour les entreprises, le passage au prélèvement Sepa concentre de fortes difficultés, contrairement au virement : c’est toute la gestion des mandats qu'elles doivent dorénavant assumer. Certaines offres des banques visent à les en décharger. « La migration vers le Sepa Direct Debit n’est pas simple mais nous aidons les entreprises en développant des outils pour gérer certaines activités à leur place : nous mettons par exemple à leur disposition des outils de gestion des mandats et de conversion de formats afin qu’elles puissent continuer à utiliser leurs formats de fichiers actuels, précise Julien Niwinski. En effet, dans le cas d’entreprises qui ont des volumes limités d’opérations, le retour sur investissement d’une telle migration n’est pas évident. » Ce type d’offre intéresse aussi les grandes entreprises, qui veulent disposer d’un horizon plus long pour organiser leur migration.

Offre d'externalisation

S’agissant de chantiers associant non seulement les trésoreries mais aussi les départements commerciaux et informatiques, les sociétés de services informatiques sont mises à contribution. «Nous avons mis au point une solution de gestion des mandats dénommée Sepa Solutions, en partenariat avec Atos Worldline, permettant aux entreprises de transformer en mode Sepa leurs prélèvements sans avoir à le faire par elles-mêmes, rapporte ainsi Isabelle Grenier, responsable produits de paiement chez Société Générale. Notre offre est modulable selon les besoins et l’état d’avancement des entreprises.» Dans la formule extensive, la banque se charge aussi bien de prévenir les clients qu’ils vont régler par prélèvement Sepa que de transformer les fichiers pour qu’ils soient aux normes nouvelles, restituant à l’entreprise toutes les informations pour ses rapprochements et le suivi des impayés. La banque peut se charger, au besoin, de l’archivage des mandats. « Nous proposons aussi la migration des prélèvements existants et leur remise aux différentes banques de nos clients entreprises », ajoute Isabelle Grenier. L’offre, qui concerne plutôt les sociétés ayant moins de 500 à 800 clients à prélever, vient d’être mise en œuvre sur un client pilote avec des opérations transfrontières.

L’offre d’externalisation peut aussi s’adresser aux banques, comme celle conçue par Capgemini, « Pay²SaaS », que les établissements financiers peuvent soumettre à leurs clients corporateen tant que prescripteur ou sous marque blanche. Cette solution permet de convertir les paiements nationaux en paiements Sepa et de gérer les mandats associés aux prélèvements sans que les systèmes des entreprises soient impactés. « L’adoption de ce service s’apparente à un mode 'plug & play', au travers duquel le branchement à la solution représente la seule étape de mise en place, avec, à la clé, des coûts et des délais optimisés,explique Guillaume Petipas. Les entreprises sont ainsi assurées de respecter la date de bascule obligatoire, sans dépense récurrente excessive puisque la facturation est proportionnelle aux volumes traités. »

De quoi intéresser certains des plus gros utilisateurs de prélèvements qui se retrouvent eux-mêmes en butte à des chantiers difficiles. « Les solutions en mode Saas ('Software as a Service', NDLR) sont étudiées de très près par les grands acteurs du prélèvement,confirme Alexandre Bousquenaud, consultant senior chez bfinance. » Les appels d’offres en vue d’externaliser la gestion des mandats se multiplient. « Les grandes entreprises les plus concernées par le prélèvement - avec entre 10 millions et 200 ou 300 millions de prélèvements par an - prennent leur temps pour adopter le standard européen, compte tenu des grands changements en interne que cela implique, remarque Alexandre Bousquenaud. Les adaptations sont prévues pour 2013 et certains groupes annoncent déjà qu’ils risquent de ne pas être prêts pour la date butoir. »

Retombées commerciales

Pour les inciter à accélérer le mouvement, les prestataires font miroiter l’avantage supplémentaire du prélèvement Sepa dans le cas d’une souscription dématérialisée : l’enjeu majeur est de reconduire la signature du mandat sur le même canal que celle du contrat, de façon à s’assurer un taux de transformation optimal, sans envoyer un mandat papier qui romprait un cycle de vente électronique. « Bien que l''e-mandat' défini par l’EPC (European Payment Council, NDLR) ne soit pas encore disponible, plusieurs solutions coexistent, comme l’envoi par SMS d’un OTP (One Time Password, NDLR) par le créancier à son débiteur, recopié par ce dernier sur le formulaire de souscription électronique, détaille Guillaume Petipas. La solution Pay²SaaS intègre une option de souscription multicanal, couvrant différents cycles de vente au travers d’une signature par SMS, téléphone ou tablette. »

Mais l’intérêt majeur de la nouvelle solution européenne - permettre à une société nationale de prélever ses clients sur toute la zone Sepa - semble rester encore hors de portée, d’autant que les pays ont le droit de conserver des versions nationales du prélèvement au-delà de 2014. Sans surprise, les acteurs gardent donc une logique locale. « Les prestataires formulent des offres nationales pour la plupart,relève Nathalie Bouvret, responsable cash managementchez bfinance. Les directions financières ne mènent pas le chantier Sepa au niveau européen pour l’instant. Le projet reste vécu comme une contrainte. De même, les entreprises n’ont pas encore négocié les prix des paiements à l’échelle européenne. »

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