Au milieu du gué

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour les banquiers, coincés entre le marteau des régulateurs et l’enclume de l’opinion publique, impulser une nouvelle pratique en matière de rémunérations n’a rien d’évident. A mesure que les règles édictées par le G20 entrent dans les faits, visant à les corréler aux risques pris et aux résultats produits sur la durée, la frustration des équipes qui en subissent les conséquences ne trouve pas encore sa contrepartie dans la levée du malentendu qui persiste entre les institutions financières et la société civile. L’amalgame demeurant la règle générale en matière financière, il suffit que le patron d’une grande banque anglaise soit gratifié d’un bonus mirobolant pour que l’opprobre rejaillisse sur toute la corporation. Hors des cercles initiés, celle-ci ne voit pas encore salués les efforts, pourtant très réels s’agissant des établissements français, consentis pour jouer sans subterfuge les nouvelles règles du jeu : modération des montants, limitation de la part en numéraire, généralisation des différés… L’enquête exclusive sur les bonus dans la finance, que publie L’Agefi Hebdo pour la cinquième année consécutive (lire notre Dossier pages 28 à 35), montre que la diffusion de la culture nouvelle est bien avancée dans notre pays. Il est vrai qu’au travers de contrats de plus en plus complexes, ce qui est perdu sur les bonus est bien souvent regagné sur les salaires fixes, et que certains chiffres ont encore de quoi faire rêver car la pénurie de talents sur certains postes clés rend leurs titulaires toujours fort recherchés. Transparence et méthodologies sont encore perfectibles mais les pratiques s’adaptent. Les rémunérations n’atteignent plus que dans de rares cas les disproportions monstrueuses de naguère avec le revenu du commun des mortels. La tendance à la modération, qui ne fera que se renforcer à mesure que les normes de Bâle III entreront en vigueur, est déjà perceptible.

En même temps, le constat que toutes les régions du monde ne sont pas logées à la même enseigne ne peut être contesté par personne. Les banques françaises, qui surveillent avec soin les pratiques étrangères, ne jouent plus dans la même cour que certaines de leurs rivales. Toutes les grandes banques soulignent surtout que l’Asie, la Chine en tête, a une forte tendance à considérer que les règles sont surtout bonnes pour les autres. L’Institut de finance internationale (IIF), qui les regroupe, relève que pour les trois quarts des professionnels interrogés, c’est l’absence de régulation homogène qui est le plus pénalisant, dans un contexte de concurrence toujours acharnée. Là encore, du temps sera nécessaire pour harmoniser les pratiques. Mais en remettant fermement les points sur les « i », politiques et régulateurs seraient bienvenus de hâter le mouvement et de rendre, aussi tôt que possible, tout son sens à la compétition financière.

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