Le Mikado de l’épargne

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

La guerre des dépôts aura-t-elle lieu en France ? « Non », répondent à l’unisson les spécialistes de l’économie bancaire. Espérons-le, car elle a produit des effets dévastateurs partout où elle s’est déchaînée. Espérons aussi que les responsables de la tutelle bancaire sauront trancher avec finesse les différents dossiers qui peuvent avoir une influence sur le sujet. Car il y a bien longtemps qu’autant de facteurs divers n’ont pas convergé pour changer la donne de la liquidité, non seulement pour les banques, mais pour l’ensemble du système financier.

Les normes de Bâle III constituent l’événement capital. Les nouveaux ratios de liquidité, notamment à un mois, vont obliger les banques à revoir leur gestion actif-passif et à stimuler la quête de dépôts. Même si le processus est étalé sur plusieurs années, elles tenteront sans doute de prendre sans délai la mesure des nouvelles règles de jeu. Il est clair que la Banque de France, comme elle l’a toujours fait, veillera à éviter que la concurrence accrue qui en résultera ne dégénère en affrontement ouvert entre établissements, à coup de taux de rémunération déraisonnables des dépôts, et à cantonner la bataille sur les comptes à terme.

Dans un tel contexte, le dossier du Livret A, en cours d’arbitrage entre le Parlement et Bercy, prend toute son importance. Il n’est pas certain que les banques aient vraiment gagné à la banalisation du Livret, et il serait paradoxal, pour ne pas dire pis, qu’elles en sortent finalement affaiblies pour cause de règles du jeu trop strictes. Même si elles savaient que celles-ci seraient revues à leur détriment, leurs arguments méritent d’être sérieusement écoutés. En tout état de cause, il apparaît déjà que c’est une hausse sensible du coût de la ressource qui se profile, qu’il aura un fort impact sur la rentabilité des banques et conduira à une hausse des tarifs à la clientèle.

De surcroît, le décor pourrait encore être affecté par la réflexion en cours sur la fiscalité du patrimoine qui paraît prendre une ampleur exceptionnelle. La situation pourrait être significativement changée si de nouveaux produits d’épargne, tournés vers l’industrie par exemple, étaient créés, ou si les curseurs fiscaux touchant tel ou tel produit financier devaient bouger. Il n’y a pas que les banques qui considèrent le sujet avec soin, mais aussi les assureurs et autres gestionnaires d’épargne, en concurrence avec elles dès lors que les Français arbitrent de plus en plus vite leurs avoirs entre assurance-vie, OPCVM et produits bancaires. Ce n’est jamais sans risque que les pouvoirs publics touchent au Mikado de l’épargne, car les conséquences sur ses flux sont difficiles à anticiper. Dans un contexte financier aussi instable, ce n’est pas sans inquiétudes que les professionnels attendent leurs choix.

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