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Le microcrédit personnel doit s’ajuster pour être plus efficace

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Après deux années de travail, une étude d’impact montre les bénéfices du microcrédit et donne des pistes d’amélioration.

Le microcrédit est-il efficace pour lutter contre la pauvreté ? En six ou sept ans, 47.000 microcrédits personnels garantis à 50 % par le Fonds de cohésion sociale ont été octroyés, avec pour objectif d’aider des personnes en situation de fragilité ou ne pouvant accéder à un crédit bancaire classique à réaliser prioritairement un projet d’insertion professionnelle. Une vingtaine de banques et une quarantaine d’associations y ont participé. Pour savoir si le dispositif a touché sa cible, un bilan approfondi fondé sur un suivi de 2.000 personnes sur deux ans a été réalisé à la demande de la Caisse des dépôts (CDC) par Georges Gloukoviezoff, spécialiste de l’inclusion bancaire, et par Nicolas Rebière, chercheur au Centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale (Comptrasec). Les résultats sont lisibles dans Microcrédit contre pauvreté - des prêts entre solidarité et marché (Les Editions de l’Atelier) qui sort le 24 octobre.

Près des trois quarts des emprunteurs ont utilisé le microcrédit pour financer un besoin de mobilité et dans une proportion à peu près identique, l’objectif était de favoriser ou de préserver l’insertion professionnelle de l’emprunteur. Ont également été financés des besoins liés au logement (23 %), des besoins professionnels du type outillage (11 %), des dettes préexistantes (7 %), des formations (4 %) ou des soins de santé (2 %). Les impacts sont finalement assez mitigés (voir le graphique) et l’étude donne de nombreuses pistes pour améliorer l’efficacité du microcrédit personnel garanti. Les recommandations des auteurs concernent toutes les étapes et tous les acteurs de la chaîne. Plusieurs d’entre elles s’appliquent aux banques.

D’abord, pour permettre à plus de personnes de bénéficier d’un microcrédit, les auteurs recommandent de multiplier les partenariats entre banques et réseaux accompagnants afin que les demandeurs aient plus de chances d’obtenir le prêt car les critères d’octroi varient d’un établissement à l’autre. De plus, dans la mesure où les microcrédits sont de petits montants, la garantie ne devrait pas être nécessaire pour y accéder, cette condition excluant de fait une partie des demandeurs. De même, le dispositif devrait encourager l’ouverture à des personnes fichées au FICP (Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) et au FCC (Fichier central des chèques) en développant un partenariat avec la Banque de France qui permettrait d’homogénéiser les décisions des commissions de surendettement. Car bien qu’éligibles au microcrédit, ces personnes sont souvent refusées. En outre, mieux vaudrait éviter les références aux besoins ou aux projets éligibles, qui dépendent avant tout de la situation des emprunteurs, et inclure les dettes bancaires et non bancaires dans le financement du projet si cela permet d’assainir leur situation budgétaire.

Aux banques de s’adapter

Au départ limité à 3.000 euros, le montant maximal du microcrédit a été porté à 5.000 euros, ce qui correspond mieux aux besoins des emprunteurs, notamment pour acheter un véhicule. Mais la durée de remboursement devrait pouvoir excéder trois ans car certains emprunteurs ont des budgets trop restreints pour rembourser dans ce délai. Quant aux taux d’intérêt, ils ne devraient pas dépasser ceux des prêts similaires octroyés à la clientèle traditionnelle.

Les impayés (45 % des cas) sont souvent dus au retard de versement du salaire ou des prestations sociales. L’étude propose donc de bien choisir la date de prélèvement pour éviter les incidents de paiement. Et les solutions proposées dans ce cas devraient exclure le report de mensualité au mois suivant, intenable sur le plan budgétaire, privilégier un diagnostic budgétaire, prévoir un moratoire ou la révision de la mensualité et limiter les frais bancaires en cas d’incidents. Enfin, faire jouer la garantie de manière préventive éviterait les difficultés de remboursement conduisant à des privations sévères dans les ménages concernés. Clairement, les banques doivent perdre leurs réflexes traditionnels si elles veulent faire du microcrédit un outil de lutte contre la pauvreté, et peut-être à terme un véritable marché. 

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