Dossier Microfinance

La microassurance cherche à sortir de sa confidentialité

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour accélérer son développement et séduire les 4 milliards de clients potentiels, elle doit relever le défi de la distribution.

Dans l’ombre du microcrédit, la microassurance cherche encore à s’imposer dans le paysage de la finance. Selon une étude de la banque britannique Lloyd’s, 135 millions de personnes dans le monde sont aujourd’hui couvertes par une offre dédiée. Soit à peine 5 % du marché potentiel, à savoir les populations dont le revenu journalier est inférieur ou égal à 4 dollars. Pourtant, dans un rapport publié fin 2010, Swiss Re estime que la microassurance pourrait couvrir jusqu’à 4 milliards d’individus pour un volume de primes de quelque 40 milliards de dollars. « Plus de 5 milliards de personnes vivent aujourd’hui avec des revenus irréguliers sans aucune forme de couverture de leurs revenus, de leurs frais de santé ou encore des conséquences d’un accident », évoque François-Xavier Hay, directeur des partenariats à la Macif (lire aussi l'entretien), qui a travaillé pendant huit ans en Inde pour développer des activités de microassurance mutualiste.

Repenser la distribution

Autant d’indicateurs de nature à nourrir l’optimisme des grands assureurs mondiaux. Présent depuis 2004 sur ce segment, Allianz compte à ce jour 4 millions de clients détenteurs d’un contrat de microassurance « avec une prime moyenne d’environ 5 euros par an, indique Marie-Cécile Lebard, directrice du développement durable chez Allianz France. En 2020, le groupe estime que la microassurance représentera 20 % de sa clientèle totale. » Au fil des années, l’offre s’est déjà enrichie. Initialement cantonnée à l’assurance emprunteur en couverture du microcrédit, la microassurance s’est depuis ouverte à de nouveaux domaines tels l’assurance récolte, la santé, voire l’assurance-vie.

Cependant, la distribution constitue le principal obstacle au développement de ce marché. « Tout l’enjeu est d’avoir accès à ces populations précaires et non bancarisés, explique Marie-Cécile Lebard. Nous devons revoir notre manière de travailler et repenser les canaux de distribution. » De fait, la microassurance échappe largement aux réseaux commerciaux traditionnels, faute de présence dans les zones rurales et de pauvreté où se situent les populations concernées. « Le développement se fait donc en partenariat avec des institutions de microfinance (IMF), des coopératives agricoles, des syndicats, des communautés locales ou religieuses, mais aussi par la téléphonie mobile », note François-Xavier Hay. Ainsi, Allianz s’est associé à PlaNet Guarantee pour lancer une offre d’assurance récolte au Mali et au Burkina Faso.

Travail de pédagogie

La microassurance n’est toutefois pas l’apanage des seuls pays émergents. Depuis quelques années, la France s’y est ainsi convertie. En 2006, plusieurs assureurs (April, AG2R La Mondiale, CNP Assurances, Matmut et La Banque Postale) ont donné naissance à la fondation Entrepreneurs de la Cité. L’année suivante, Axa, la Macif et l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) se sont associés pour commercialiser une offre commune. L’objectif est le même : proposer des garanties en responsabilité civile et en dommages à moindre coût aux créateurs d’entreprises à faible revenus (auto-entrepreneurs notamment).

Or force est de constater que les assureurs ne rencontrent qu’un succès d’estime. Entrepreneurs de la Cité affichent seulement 1.950 entrepreneurs microassurés sur toute la France. A la Macif, le portefeuille se limite à moins de 1.000 assurés. Quant à Axa, qui a développé sa propre offre au sein de ses réseaux commerciaux en parallèle du partenariat avec la Macif et l’Adie, « nous comptons environ 2.000 contrats en portefeuille, avance pour sa part Delphine Maisonneuve, en charge du marché des professionnels chez Axa France. Toutefois, le rythme d’activité est plus important dans nos réseaux, avec environ 100 contrats par mois ». Comme dans d’autres pays dans le monde, « il existe des résistances et un problème d’accès à ces populations qui ne poussent pas forcément les portes d’une agence », note Marie-Cécile Lebard, tout en précisant qu’Allianz n’est pas présent en France sur ce segment. « Notre cible de clientèle est constituée de particuliers qui sont peu familiers des risques liés à une activité professionnelle, confirme Delphine Maisonneuve. Nos agents généraux doivent donc faire preuve de beaucoup de pédagogie. » C’est à ce prix que la microassurance pourra peut-être sortir de sa confidentialité.

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