Une métamorphose plus longue et difficile qu'annoncé pour Mediobanca

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

La première banque d’affaires italienne abandonne son rôle de holding pour se recentrer sur son cœur de métier et sur la banque de détail.

Pendant plus d’un demi-siècle, Mediobanca a été à la fois la seule vraie banque d’affaires italienne, une holding de participations et un établissement de crédit. Avec le plan stratégique à horizon 2016 qu’elle vient de présenter, elle tourne la page. « Mediobanca est en phase de normalisation. Avec l’arrivée d’autres banques d’investissement en Italie, elle a été contrainte de se redimensionner et n’a plus la position dominante d’influence qu’elle avait auparavant. Un peu comme cela est arrivé à Lazard en France, analyse Giandomenico Piluso, professeur d’histoire de l’économie à l’Université de Sienne. Ce plan est cohérent avec l’évolution de la banque depuis dix ans. Amorcé dans les années 90, ce processus reste très lent mais est inéluctable. »

Se recentrer sur l’activité purement bancaire, en se désengageant des nombreuses entreprises cotées dans lesquelles elle détient des participations, est plutôt un choix contraint. Depuis 2008, ces dernières ont généré près de 1,5 milliard d’euros de dépréciations. « Ce n’est pas un business rentable, a reconnu sans ambages l’administrateur délégué Alberto Nagel face à la communauté financière. Les banques peuvent être des partenaires industriels seulement à court terme, ensuite elle doivent sortir. » Dans son nouveau plan, Mediobanca prévoit de céder d’ici à 2016 les 14,3 % qu’elle détient dans Rcs Mediagroup, les 11,6 % de Telco, les 4,5 % de Pirelli, tout en réduisant de 3 points sa part de 13,2 % dans Generali. Mais pour s’aligner sur la valeur actuelle du marché, elle va devoir procéder à des dépréciations pour 400 millions d’euros au cours de cet exercice, qui devrait se clore au 30 juin avec une perte annuelle de 200 millions d’euros.

Internationalisation

« Cette stratégie va permettre à Mediobanca de réduire son exposition au marché en atténuant la volatilité de ses résultats, tout en renforçant sa solvabilité par rapport aux exigences de Bâle 3, explique Marnik Hinnekens, de Tullett Prebon. Avec le produit de cession des participations, la banque va sans doute procéder à des rachats d’obligations, comme elle l’a fait par le passé, afin d’économiser des frais financiers, d’autant qu’il y a un encours important en 2014. » S’il souligne par ailleurs l’excellente qualité de ses actifs, avec un taux de créances douteuses de 2,8 % fin mars 2013 (contre 8,7 % en moyenne pour le secteur bancaire italien), l’analyste estime toutefois que Mediobanca aura du mal à appliquer son plan dans l’immédiat : « Son annonce a coïncidé avec un fort recul du marché actions. Le projet de cessions risque d’être repoussé d’au moins un an. »

La vente de ces titres devrait rapporter 1,5 milliard d’euros, qui seront réinvestis en capital humain, en compétences et en technologies, mais aussi dans l’internationalisation de Mediobanca qui, après la France, l’Espagne et l’Allemagne, souhaiterait pénétrer la Turquie, la Chine ou le Mexique. L’opération permettra d’éviter de solliciter les actionnaires, sans toucher par ailleurs à la solidité des fonds propres de la banque, avec un ratio Core tier one qui restera à 12 %. A côté de son activité historique de banque de financement et d’investissement (BFI), dont 45 % des revenus proviendront hors de l’Italie d’ici à 2016 contre 25 % aujourd’hui, Mediobanca souhaite renforcer la banque de détail à travers Che Banca!, la banque en ligne mixte créée il y a cinq ans (qui n’a pas encore atteint l’équilibre financier) et sa filiale de crédit à la consommation Compass. A cela devrait s’ajouter la gestion d’actifs avec le lancement de Mediobanca Alternative Asset Management (MAAM), projet qui n’a pas été inclus dans le plan stratégique.

La banque d’affaire prévoit ainsi une croissance annuelle de 10 % de son produit net bancaire d’ici à 2016 (voir le tableau). « Dans un contexte économique de crise, c’est irréaliste. C’est un plan trop ambitieux, notamment en BFI. Mediobanca s’attend implicitement de passer d’une perte de 200 millions en 2012 à un bénéfice net de 700 millions d’euros en 2016. D’après mes estimations, elle n’arrivera pas au-delà de 600 millions. Sans parler de l’augmentation significative des coûts qu’implique un tel plan, de l’embauche du personnel au développement à l’étranger. Des investissements, qui n’ont pas été quantifiés », fustige un analyste milanais, qui juge insuffisantes les cessions annoncées et la décision de Mediobanca de garder 10 % de Generali. « Le capital absorbé par les participations reste considérable », conclut-il. Celle qui a été depuis sa création en 1946 au centre du capitalisme transalpin ne fait pas aujourd’hui l’unanimité.

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