Marks & Spencer se dote d’une offre bancaire complète avec HSBC

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Le distributeur britannique va lancer des comptes courants et des prêts immobiliers dans les tout prochains mois en Angleterre.

Le sigle Mark & Spencer sur la page web du groupe. Photo: PHB/Agefi

La vieille dame de la distribution britannique a encore quelques tours dans son sac. Le secret du lancement de ses opérations bancaires a été précieusement gardé par Marks & Spencer (M&S) jusqu’à la date du lancement, le 8 juin dernier. « M&S, à l’image des autres acteurs de la distribution britannique - Tesco, Sainsbury et Co-Op -, tente de capitaliser sur le désamour qui persiste actuellement entre les clients britanniques et les banques », explique Keith Bowman, analyste actions auprès de Hargreaves Lansdowne. Saluée par les observateurs, l’initiative a de quoi séduire sur le papier : M&S a l’intention d’avoir 50 agences au sein de ses magasins au cours des deux prochaines années, en commençant en juillet par son vaisseau amiral de Marble Arch dans le centre de Londres.

500 emplois créés

Surfant sur la vague de la commodité, les horaires d’ouverture des agences correspondront à ceux des magasins, sept jours sur sept. Les clients auront aussi accès à des services de banque en ligne 24 heures sur 24, ainsi qu’à différents centres téléphoniques basés au Royaume-Uni. « A l’exception de Metro Bank, aucun autre établissement financier britannique n’offre jusqu’à présent cette flexibilité d’ouverture, qui se limite outre-Manche à cinq jours et demi par semaine », observe Daoud Fakhri, analyste chez Datamonitor. Au total, 500 emplois devraient être créés d’ici à fin 2013, dont 400 aux guichets des agences et 100 au siège de Chester. Le distributeur, qui opérera sous le nom de M&S Bank, a l’intention d’offrir des comptes courants d’ici à l’automne avant de se lancer dans les prêts immobiliers. « Cette initiative ne fait que jeter un discrédit supplémentaire sur le numéro un des supermarchés britanniques Tesco qui n’a cessé de repousser depuis 18 mois le lancement de prêts immobiliers et qui devrait finalement lancer ses comptes courants début 2013 », estime Daoud Fakhri.

De la carte bancaire au prêt à l’habitat

Le modus operandi de Tesco et de Marks & Spencer n’est pas le même : à la différence du premier, qui a racheté sa participation dans sa coentreprise avec RBS, M&S opère au sein d’une joint-venture - avec partage égal des profits - avec le géant bancaire HSBC depuis 2004. M&S Financial Services, qui offre des cartes de crédit, des prêts à la consommation, de l’assurance-dommages et des produits d’épargne à près de 3 millions de clients, a généré en 2011 des bénéfices imposables en hausse de 2 % à 76,32 millions de livres, tandis que ses niveaux de satisfaction clientèle avoisinent les 72 %.

L’offensive des distributeurs britanniques dans le secteur bancaire remonte à la fin des années 90 et n’a cessé de se sophistiquer au fil des années : si Sainsbury a annoncé récemment une nouvelle carte de crédit à taux réduits, Co-Op, qui fut longtemps en négociations exclusives avec Lloyds Banking Group pour le rachat de ses 632 agences, s’impose comme le groupe de distribution le plus établi outre-Manche dans les services financiers : « Sainsbury possède de longue date une division bancaire séparée qu’il souhaite développer plus largement afin de profiter des synergies entre ses différentes opérations », explique Gavin Rothwell, analyste auprès du cabinet d’études spécialisé dans la distribution alimentaire IGD. Aucun de ces acteurs n’est pourtant parvenu à égratigner la suprématie des poids lourds bancaires. Et l’offensive de M&S ne devrait guère changer la donne. Certes, le distributeur peut compter sur l’excellence de son service clientèle et sur sa capacité à associer ses clients à son programme de fidélité. Mais le nombre limité de ses agences rend improbable la rentabilité immédiate de cette initiative, selon les observateurs. D’autant que le renforcement de son accord avec HSBC n’est pas non plus sans risque. « HSBC a toujours été très sélectif dans le choix de ses clients et on peut effectivement se demander lequel des deux partenaires sera chargé de définir les critères de prêts », estime Daoud Fakhri. Autre bémol : celle de l’inadéquation possible entre l’offre de prêts immobiliers à venir et la nature de la clientèle de M&S, plutôt d’âge mur et sans réel besoin de ce type de prêts. « La crise économique pourrait aussi conduire le distributeur à faire face à des saisies immobilières ou encore des créances douteuses », ajoute Keith Bowman. Le passage au statut de simple distributeur à celui d’acteur bancaire pourrait donc se révéler un véritable casse-tête pour la vénérable vieille dame de la distribution britannique.

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