Le « malendettement », une situation encore difficile à détecter

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

L’accroissement du surendettement est loin d’être endigué et les professionnels du crédit cherchent des moyens d'action.

Le crédit renouvelable est en forte baisse en France : les ouvertures de comptes chutent ainsi de 15,5 % sur un an à fin avril 2012. Et la tendance est encore plus marquée pour les montants supérieurs à 3.000 euros, où la décrue atteint 40 %. En parallèle, les résiliations s’accélèrent, de sorte que le nombre de comptes de crédit renouvelable s’est réduit de 3 millions. En cause, la loi Lagarde mais aussi les effets de la crise économique qui pèsent lourdement sur la demande. Malgré cela, les dossiers de surendettement continuent de s’accumuler dans les bureaux de la Banque de France, dépassant les 232.000 en 2011, soit 23 % de plus que l’année précédente. Alors comment endiguer le phénomène ? Il n’existe aucun consensus concernant le fichier positif, alors que la France est l’un des derniers pays où ce type de base de données n’existe pas. Et ce n’est de toute façon pas un remède miracle, si l’on en croit les expériences étrangères.

Une réalité complexe

Le cabinet Athling, spécialiste du sujet grâce aux divers rapports qu’il a rendus au Comité consultatif du secteur financier, proposait récemment une table ronde pour mieux cerner le « malendettement », une notion apparue en 1997 lors de la création des Points Passerelle par le Crédit Agricole Nord Est. Pour l’heure, le « malendettement » ne repose sur aucune définition officielle mais plutôt sur des tentatives d’approcher une réalité multiple et complexe. Selon une étude réalisée par Athling, il peut résulter d’une accumulation de crédits, ou de crédits mal souscrits, ayant des durées trop courtes ou trop longues avec des échéances trop élevées, mais il peut aussi provenir d’une baisse de revenus (perte d’emploi, divorce, maladie…) ou d’une hausse des charges (études des enfants, naissance…). Pour Jean-Louis Kiehl, président de Cresus, association d’accompagnement des surendettés, « le ‘malendettement’ est l’antichambre du surendettement et commence lorsque le ménage perd la liberté d’arbitrer dans les dépenses nécessaires à la vie courante ». Un moment que les ménages n’identifient pas forcément tout de suite. Pour intervenir efficacement, encore faut-il pouvoir détecter le problème. Or à l’apparition des premiers impayés, il est souvent trop tard pour rétablir une situation saine. Mais paradoxalement, les personnes qui appellent à l’aide avant de ne plus pouvoir payer ne sont pas écoutées. Autrement dit, c’est l’impasse.

Une méthode ouverte à tous

La Banque Postale a mis en place le projet Reflex (Réagir Ensemble et Fédérer la Lutte contre l’Exclusion) qui vise à coordonner l’action de ses partenaires, Union des centres communaux d’action sociale et Cresus notamment, pour venir en aide aux personnes fragiles financièrement. Lancé en 2010, le dispositif a traité pour l’instant seulement 2.000 personnes. L’initiative de Cetelem montre des résultats intéressants. Lors d’un précédent événement organisé par Athling, Thierry Laborde, directeur général de BNP Paribas Personal Finance, annonçait avoir bâti un algorithme permettant de repérer les personnes ayant un crédit avant que leur situation ne devienne difficile et proposait à ses propres concurrents de partager sa méthode. Un an après, seule La Banque Postale a répondu présente, mais les résultats de ce travail pousseront peut-être d’autres établissements à prendre contact.

Testé durant deux ans avant d’être déployé en août 2012, le dispositif de traitement des personnes en difficulté repose sur leur identification grâce à un score maison. Elles sont alors contactées par une équipe dédiée, détachée des équipes commerciales. Selon leur situation réelle, une solution leur est proposée (report ou adaptation des mensualités, changement de date de prélèvement, rachat d’une ou plusieurs créances…) ainsi qu’un accompagnement et des conseils sur la gestion de leur budget, notamment par Cresus. Sur 8.000 entretiens ainsi réalisés depuis 2010, 4.000 clients étaient effectivement en difficulté et 2.800 d’entre eux ont accepté une solution proposée par Cetelem ou Cresus. Le prêteur exclut alors toute sollicitation commerciale durant la période de redressement. Satisfait de ce dispositif, Cetelem contacte désormais 20.000 clients chaque mois pour réaliser un bilan de situation et détecter les difficultés. Serait-ce cela, le crédit responsable ?

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