L'avis de... Dennis M. Kelleher, président de Better Markets*

« Le lobbying de Wall Street crée des failles dans la réglementation »

le 13/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi les réformes d’après-crise sont-elles retardées ?

La principale raison est le lobbying massif de Wall Street, qui dispose de ressources illimitées et de milliers d’avocats pour attaquer les agences de régulation et influencer leurs réglementations. Ces agences ne sont pas assez financées. Avant la crise, la CFTC (Commodity Futures Trading Commision) régulait le marché des futures, d’une valeur de 40.000 milliards de dollars. Aujourd’hui, elle est aussi responsable du marché des dérivés de gré à gré (over-the-counter, OTC), d’une valeur de plus de 300.000 milliards de dollars. Mais son budget n’a pas augmenté d’un centime ! Le trading de dérivés OTC est une activité très lucrative parce qu’elle n’est pas transparente. Aux Etats-Unis, les cinq plus grandes banques contrôlent 96 % du marché et dégagent des marges considérables.

Quels sont les reculs obtenus par Wall Street ?

Wall Street essaie de créer des failles dans la réglementation, comme l’exemption

de minimis.Quand la CFTC a proposé la définition d’un « swap dealer », cette exemption était de 100 millions de dollars. Dans la règle finale, elle est de 8 milliards de dollars. C’est une exemption de maximus! L’industrie essaie d’obtenir la même chose avec l’exemption des « block trades » pour éviter la transparence pré-négociation et l’exécution sur une plate-forme de négociation (swap execution facility). Better Markets est en train d’analyser un certain nombre de règles et de réfléchir à des actions en justice parce qu’elles ne mettent pas en œuvre la loi correctement.

Les banques sont-elles toujours « too big to fail » ?

Bâle 3, même avec les surcharges de capital pour les institutions systémiques, ne suffit pas. Si Bâle 3 avait été appliqué en 2008, la crise aurait quand même eu lieu, et les banques auraient quand même eu besoin d’être sauvées. Celles-ci devraient avoir un ratio de common equity d’au moins 20 % à 25 % de leurs actifs tangibles, et non de leurs actifs pondérés des risques, pour survivre à une crise similaire.

*Association sans but lucratif dédiée à la réforme du système financier.

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