Lloyds détient la clé du nouveau paysage bancaire britannique

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Malgré de nouveaux entrants, les réseaux restent très concentrés entre les mains des acteurs traditionnels, eux-mêmes en cours d’adaptation.

Rien ne va plus. Alors qu’on attendait de nouveaux acteurs de poids dans la banque de détail britannique, ce sont les principaux groupes en place qui ont annoncé avec leurs résultats trimestriels le redimensionnement de leurs réseaux. Pour faire face aux nouvelles obligations réglementaires et au manque à gagner consécutif à l’introduction prochaine de la réforme sur la distribution des produits financiers, la Retail Distribution Review, HSBC supprimera 2.000 emplois au Royaume-Uni. De son côté, Santander va fermer 56 agences afin de réduire les doublons consécutifs aux rachats d’Alliance & Leicester, de Bradford & Bingley et d’Abbey National. Au-delà de ces ajustements, la faiblesse de la croissance économique et les provisions pour couvrir les plaintes liées au scandale des assurances emprunteurs (PPI) n’ont toutefois pas dissuadé les grandes banques britanniques de poursuivre le rééquilibrage de leur bilan en faveur des réseaux dans leurs activités domestiques. « La perspective d’un contingentement entre activités de détail et d’investissement (‘ring-fencing’) pousse à un accroissement du poids de la banque de détail et commerciale dans les bilans », souligne un observateur du secteur. Une tendance qui ne devrait pas faciliter l’émergence de nouveaux entrants.

Co-op contre NBNK

Dans ce contexte, la vente des 632 agences du groupe bancaire partiellement nationalisé Lloyds Banking Group (LBG), exigée par la Commission européenne en compensation de l’aide de l’Etat britannique, est à nouveau relancée. Courant avril, le groupe bancaire a mis fin aux négociations exclusives le liant à la banque coopérative Co-op Bank, tout en réaffirmant qu’il restait leur acheteur potentiel préféré. « Les règles extrêmement drastiques imposées par la FSA (autorité des services financiers, NDLR) en matière de capital et de réorganisation des activités pourraient finir par coûter à Co-op énormément d’argent », relève Daoud Fakhri, analyste bancaire de Datamonitor. Du coup, la coquille d’investissement NBNK, créée il y a dix-huit mois par Lord Levene, a les coudées franches. La société, dont la première offre à hauteur de 1,5 milliard de livres (1,85 milliard d’euros) avait été refusée en décembre, aurait proposé cette fois une somme proche des 2 milliards en assurant qu’elle possédait une plate-forme technologique susceptible d’accueillir les agences de LBG d’ici à novembre 2013, date limite fixée par Bruxelles pour une cession d’actifs. Des rumeurs auraient également fait état de discussions entre NBNK et des Etats souverains du Moyen-Orient. Les analystes s’interrogent néanmoins sur la pertinence de ce mouvement : « Si Co-op finit par l’emporter, on pourra réellement assister à la naissance d’un nouvel entrant de taille dont le nombre d’agences dépassera les 1.000, explique Daoud Fakhri. En cas de succès de NBNK, la banque devra investir lourdement dans une nouvelle marque complètement inconnue du grand public et démarrer de rien, ce qui n’en fera pas un acteur financier de taille significative. » Mais l’hypothèse d’une introduction boursière de ces agences n’a pas non plus été écartée par la direction de LBG.

Modestes alternatives

Si les chances de voir un nouvel entrant fort s’amenuisent du côté de Lloyds, les autres prétendants n’ont pas davantage l’ambition de porter atteinte à la suprématie des acteurs établis conformément aux desiderata de la commission bancaire indépendante (ICB). Metro Bank, qui ne compte à ce jour que onze agences, vise l’ouverture de 200 points de vente outre-Manche d’ici à 2020. Même Virgin Money, qui souhaite porter à 150 le nombre d’agences héritées de Northern Rock, reste un acteur de petite taille. Enfin, le numéro un des supermarchés britannique Tesco, dont le lancement attendu dans le secteur des comptes courants avait été annoncé pour avril 2012, n’a cessé de reculer ses objectifs pour cause de perte de vitesse sur son marché domestique. Un temps désigné comme possible consolidateur des réseaux britanniques, National Australia Bank, au travers de ses marques Yorkshire Bank et Clydesdale Bank, a annoncé fin avril son intention de se retirer des opérations d’immobilier commercial, ce qui devrait se traduire par la suppression de 1.400 emplois. « Les initiatives du gouvernement britannique semblent se retourner contre elles, explique Keith Bowman, analyste actions chez Hargreaves Lansdowne. On ne peut pas à la fois demander un surcroît de concurrence dans ce secteur et imposer aux établissements financiers un durcissement des critères de capitaux. »

A lire aussi