L’Homme clé - Dominique Thormann, président-directeur général de RCI Banque

« Le livret d’épargne complète nos outils de refinancement »

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Dominique Thormann sort d’une semaine bien agitée. Coiffé de la double casquette de directeur financier du groupe Renault et de PDG de RCI Banque, cet homme discret a été sur tous les fronts : journée marathon le 16 février pour les résultats annuels du constructeur automobile puis, le lendemain, ceux de sa filiale de crédit. « J’ai une vie à peu près normale, s’amuse cependant Dominique Thormann, 57 ans dont 23 années au sein de la marque au losange. Les deux métiers sont finalement assez voisins, RCI Banque travaillant au service du financement du réseau de distribution du constructeur. Je suis surtout bien entouré, avec une équipe soudée. » La semaine écoulée était pourtant cruciale pour RCI Banque. Après un an de travaux avec son partenaire Crédit Mutuel Arkéa, la captive financière a en effet pris un nouveau virage en lançant « Zesto », son livret d’épargne. « Nous sommes les premiers en France », note Dominique Thormann avec une certaine fierté.

Vers une collecte de 500 millions

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Comme toutes les banques, RCI Banque doit se mettre au diapason de Bâle III qui impose un nouveau ratio de liquidité. « Or, sans dépôts, nous sommes pénalisés dans le calcul de ce ratio », précise-t-il. Cette course à l’épargne doit surtout lui permettre de réduire sa dépendance aux marchés financiers, principales sources de son refinancement via des émissions obligataires et des titrisations de créances. « Lors de la précédente crise financière, en 2008, nous avons été confrontés à la fermeture des marchés de capitaux, se souvient celui qui, au début de sa carrière, a passé dix ans comme analyste crédit à la Chase Manhattan Bank. Nos options étaient alors réduites pour nous refinancer. Au même moment, en Allemagne, où les captives des constructeurs ont toutes des banques, nous les avons vues activer de manière forte leurs offres d’épargne et de dépôts. Pourquoi ne pas faire la même chose chez nous ? Ce livret d’épargne complète nos outils de refinancement. »

Le franc succès rencontré par les captives bancaires outre-Rhin a en effet de quoi susciter l’appétit. Volkswagen Financial Services, qui a collecté 700 millions d’euros lors du lancement de son livret en 1995, affiche aujourd’hui 20,1 milliards d’euros de dépôts. Pour l’heure, Dominique Thormann se veut plus modeste. Après avoir engrangé 10 millions d’euros auprès des salariés du groupe depuis septembre, date du lancement de « Zesto » en interne, RCI Banque table sur 500 millions d’euros de collecte en 2012. « On ne sait pas comment le public va réagir à notre offre, nuance-t-il. Nous n’avons aucune prétention ni aucune vocation à devenir une banque de détail. Nous voulons être compétitifs et nous installer dans le temps. Nous avons des objectifs à trois ans et à cinq ans. Ce n’est qu’au terme de cette période que nous pourrons dresser un bilan. » Ce livret doit pourtant lui permettre de financer 10 % de ses encours d’ici à trois ans. Réservé aujourd’hui au seul marché français, il pourrait rapidement être proposé par d’autres filiales étrangères, certaines ayant déjà fait des appels du pied pour l’avoir dans leur arsenal.

De fait, l’international constitue un axe majeur de développement. Présente dans 38 pays, RCI Banque réalise déjà un tiers de son activité en dehors de l’Europe occidentale. Une expansion géographique que Dominique Thormann compte accélérer en 2012. En ligne de mire, la Russie. « Nous avons déjà un bureau de représentation et notre activité a commencé, indique-t-il. Nous avons bon espoir d’obtenir notre licence bancaire fin 2012. » Mais Dominique Thormann se tourne déjà vers de nouveaux horizons. « Nous allons prochainement lancer nos opérations en Turquie via une ‘joint-venture’ avec Oyak, le partenaire historique de Renault, avance-t-il. Nous regardons aussi l’Ukraine où les choses pourraient se concrétiser en 2013. Enfin, j’ai envoyé une mission en Inde, où Renault a une usine commune avec Nissan, pour étudier les possibilités. » Dominique Thormann n’est donc pas près de lever le pied.

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